Où était-il ?

« Appartenant à la génération des intellectuels juifs contraints d’émigrer lors de la montée  du nazisme, Siegfried Kracauer aura vécu sa vie dans un exil permanent tant du point de vue théorique que géographique. »

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« Les figures de l’exil ou, du moins, celles de l’étrangeté, de la non-appartenance apparaissent dans l’œuvre de Kracauer dès les années 1920. » En effet, pendant les années 30, Siegfried Kracauer semble s’être tenu à l’écart des polémiques politiques et symboliques qui agitent les exilés, et ne pas avoir participé à la grande mobilisation anti-fasciste, dont Paris est à l’époque l’épicentre.

Ceci peut paraître étonnant, puisque Kracauer s’était beaucoup exposé au monde sous la République de Weimar et avait suscité des réactions violentes.

Plusieurs raisons peuvent expliquées cette absence.

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Tout d’abord, le sociologue avait encore de la famille proche en Allemagne -comme sa mère ou sa tante- dont il ne voulait pas mettre la vie en danger. De plus, les autorités françaises demandaient expressément aux exilés de ne pas s’engager contre leur pays d’origine. A cette époque, Kracauer souhait s’intégrer en France. Par ailleurs, on peut penser qu’il n’a pas été beaucoup sollicité. Enfin, il dit avoir eu lui même l’impression de subir la vengeance des victimes qu’il avait autrefois offensées. Il est dit que Kracauer a considéré son exil comme définitive, qu’il s’est installé dans cet exil, et n’a pas envisagé le retour dans une « bonne » Allemagne. Toutes ces raisons politiques expliquent en partie la discrétion politique du critique Kracauer dans les années trente.

Mais si Kracauer s’est si bien installé dans l’exil, c’est finalement que cette situation faisait écho à sa pensée intellectuelle : en effet, « Kracauer était existentiellement un exilé avant de connaître matériellement la situation de l’exil ».

ND

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