Hashtags et republication : une société de l’écriture remise en question.

Vers une fin de la société de l’écriture ?

Dans la seconde moitié du XXème siècle, le sémiologue et théoricien structuraliste Roland Barthes statuera à plusieurs reprises à propos de son environnement contemporain qu’il est une société de l’écriture, bien plus que de l’image. Mais la multiplication, ou, pourrait on dire, l’actuelle omniprésence des écrans pourraient porter à penser que cette ère du texte est révolue.

Il serait facile de contredire cette théorie à la vue du rapport chiffré annuel sur l’usage du réseau social le plus utilisé dans le monde, Facebook. En effet, on peut y lire qu’en 2015, chaque jours,  »seulement » 350 millions de photos sont ajoutées, contre 4100 statuts par seconde (la plupart uniquement textuels), et 10 milliards de messages chaque jours : les chiffres expriment très clairement une suprématie du contenu écrit.

Cependant, l’étude du contenu qui se cache derrière ces chiffres montrent une autre facette de cette « société de l’écriture » que propose Barthes. Le texte, en particulier chez la nouvelle génération des utilisateurs d’Internet, est de plus en plus utilisé comme une image, et non comme un outil permettant le discernement ou une équivoque libératrice. Il y a, par le biais des réseaux sociaux, une évolution assez soudaine du langage, qui tend à se simplifier, et à tendre de plus en plus vers une illustration univoque des contenus partagés.

L’exemple le plus marquant de cette simplification du langage est l’apparition du hashtag en son sein : un nombre restreint de caractère pour lier un contenu à un thème connu, identifiable d’un seul coup d’œil. Plus besoin de lire le contenu pour savoir de quoi parle tel ou tel post, un pictogramme facilement identifiable, précédé d’un hashtag, permet d’identifier la plupart des subtilités d’un article ou d’une musique, du contenu à l’avis sur ce contenu.

Un hashtag, tout comme une image, n’est pas fait pour être lu mais pour être reconnu. Une image peut être lue, ou analysé, mais une fois cette étape effectuée, il s’agira alors de la reconnaître à chaque fois qu’elle sera croisée, comme un panneau de signalisation qu’il ne faut plus lire, mais apercevoir, pour réagir vite, par automatisme. Il en va de même pour le hashtag : une fois qu’il est assimilé, il n’a plus qu’a être reconnue, le cerveau n’a plus à réfléchir, il peut se reposer, car la lecture globale d’un article peut se faire sans même cliquer sur son lien, il s’agit avant tout de reconnaître des pictogrammes. Tout en étant fortement pratique, cette méthode de partage par usage de pictogrammes convenus est aussi la marque d’une infantilisation des utilisateurs des réseaux sociaux : les yeux peuvent survoler les mots, on doit apercevoir avant-tout, et accepter cette facilitation.

Il en va de même pour les divers utilisations puérilisés des statuts Facebook, les «aimes et je te donne un héro Disney» ne propose pas de contenu écrit directement, sinon un copier-coller. On pourra alors voir d’un seul coup d’œil de quoi il s’agit, une fois que le premier post à été aperçu. Il s’agit de texte, mais la redondance de ce contenu force nos yeux d’internautes fatigués à traiter ces posts comme des copies de copies de copies que l’on comprendrait en les apercevant simplement.

Ce phénomène de similarité du contenu est parfaitement visible lors d’événement tragique comme le très récent attentat à Paris : très vite, les textes sont devenus habituels à nos yeux, et le #PrayforParis a été assimilé comme un symbole de pensée, cette enchaînement de caractère est devenu synonyme de l’hommage. Plus besoin de lire un respect donné aux morts, il suffit d’en apercevoir le pictogramme pour comprendre l’idée : on témoigne sa tristesse par la voie express, plus besoin de se donner du mal à extirper un texte révélateur de son cœur.

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