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L’Industrie Cinématographique : Production Reproductive ?

 Depuis La sortie de l’usine Lumière à Lyon des frères Lumières à Autant en emporte le vent de Fleming, c’est-à-dire depuis le premier film jamais réalisé sorti en 1895 à celui de 1939 qui connut le plus gros succès de l’histoire du cinéma avec actuellement 3.3 milliards de dollars américains de recettes, nous remarquons qu’une évolution a pris forme dans l’industrie cinématographique.

En effet, comment comprendre que le cinéma, du cinématographe à la caméra, ait connu une telle évolution, qu’il soit passé du statut d’expérience technologique à celui d’industrie lourde mondialisée ?

Influencé par les théories classiques du Marxisme, Althusser, philosophe associé au structuralisme, se proposa, dans ses Idéologies et appareils idéologiques d’état, paru en 1970, à montrer entre autre comment la reproduction des conditions de production permet d’assurer une production future.

En effet, selon cette théorie classique marxiste, la production future à court terme n’est possible que si l’on réitère ses conditions de production. Il faut savoir, par exemple, remplacer ce qui s’épuise dans une entreprise ou ce qui s’use dans une production, car sinon cela pourrait nuire au futur processus de production.

En fait, sur le long terme, cette théorie s’applique de manière évolutive. C’est-à-dire que si l’on juge à un moment donné que de nouvelles conditions de production sont bonnes, et si on les reproduit alors, on peut changer le processus de production dans le temps. De cette manière, petit à petit, les entreprises s’adaptent, les industries grossissent, les conditions de production changent.

Cette théorie fournit des éléments de réponse afin de comprendre le processus évolutif que connut l’industrie du cinéma.

Au départ, les avancées techniques ont permis aux frères Lumières de créer ce qui est propre au cinéma, c’est-à-dire l’enregistrement vidéo. Puis petit à petit, alors que les technologies liées au cinéma étaient en pleine évolution, notamment par les travaux que mena Thomas Edison dans les années 1890, le cinéma a été utilisé à des fins commerciales, et c’est là qu’il se mit à évoluer.

En effet, il y eu d’abord des court-métrages de Dickson filmant des performances des gens du spectacle. Puis les premiers longs métrages sont apparus comme Le Mari de l’Indienne de DeMille, sorti en 1914. Ceux-ci étaient produits alors dans le berceau Hollywoodien par les premières grandes sociétés de production américaines comme La Fox Film Corporation ou la Goldwyn Picture Corporation. Enfin, le processus de conception d’un film s’est complexifié lorsque les studios eurent recours aux financements extérieurs (banques, particuliers) afin d’augmenter leur budget (décors, figurants, costumes).

Petit à petit, les conditions de productions des films vont changer : les producteurs vont s’adapter face aux attentes du public et changer leur manière de procéder afin de maximiser les bénéfices attendus.

Petit à petit, du cinéma expérimental aux grosses productions hollywoodiennes, un schéma va se mettre en forme dans le processus de création. Conception, pré-production, production, post-production, et enfin distribution : tel est l’ordre que les productions américaines mettront en place et respecteront afin de créer, produire, et faire projeter leurs films.

Ainsi comme l’écrit Althusser, les conditions de production de ces longs métrages sont reproduites dans le temps afin de pouvoir produire de nouveaux films.


Cette théorie marxiste permet donc de percevoir sous un nouveau jour le septième Art. Elle permet de montrer que la conception hollywoodienne d’un film est un véritable travail à la chaîne qui semble parfois se rapprocher d’un capitalisme dont les intérêts sont d’utiliser le matériel artistique à des fins productives.

 

Sources et références :

Lumière, L. (1895) Sortie de l’usine Lumière à Lyon. [Film] Lyon : Société Lumière.

Fleming, V. (1939) Autant en emporte le vent. [Film] Hollywood : Selznick International Pictures, Metro-Goldwyn-Mayer.

Althusser, L. (1970) Idéologies et Appareils Idéologiques D’Etat. [Article]. Publié dans La Pensée à Paris.

DeMille, C. (1914) Le Mari de l’Indienne. [Film] Hollywood : Jesse L. Lasky Feature Play Company.

Photographie : Charlie Chaplin tournant The Gold Rush.

Chaplin, C. (1925). The Gold Rush. [Film.] Etats-Unis : United Artists.

 

Une réflexion sur “ L’Industrie Cinématographique : Production Reproductive ? ”

  1. Bel et dense article. Hollywood n’a de cesse, depuis les années 20, de démontrer qu’elle n’est pas seulement une « usine à rêves » pour reprendre l’expression consacrée mais avant une machine idéologique. Alors que les studios cherchent avant tout à dissocier le divertissement du politique… comme si ces deux dimensions ne pouvaient pas s’imprégner l’une de l’autre.
    C’est un vaste sujet que des chercheurs comme Adorno ou Benjamin traiteront de manière approfondie .
    L’ouvrage de Anne-Marie Bidaud, Hollywood et le rêve américain, pourra vous éclairer sur le sujet.

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