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Banalisation d’une fatalité : la mort

Pierre Bourdieu, figure majeure française en sociologie a étudié plusieurs facettes des médias de masse et notamment de la télévision. Il dénonce par exemple la circulation de l’information ou le fast-thinking. Bourdieu explique ce dernier par une course contre le temps. Les journaux télévisés trient et choisissent des informations compréhensibles par tous pour ne pas avoir les développer par soucis de temps, de rendement, tout ceci bien sur dans la logique capitaliste du monde dans lequel nous vivons.

Bourdieu parle également de la banalisation que font les médias, en particulier dans l’information télévisuelle, mais c’est valable dans un grand nombre de domaines, tels que la mort…

La mort a toujours été une source de fascination et de peur. C’est une réalité, une fatalité qui nous échappe parfois, mais qui nous rattrape lorsque l’on est confronté à des obsèques.

Les médias de masse modifient notre perception de la mort : notre manière de la concevoir mais aussi de l’oublier.

Une violence qui dénature la mort

Dans le cinéma et la télévision, la mort est omniprésente.  Les spectateurs et téléspectateur sont en quête de scènes violentes, d’images dérangeantes et choquantes. C’est assez paradoxal, mais plus la mort est violente, plus elle est attrayante. Alors qu’une scène où une femme meurt d’un maladie dans les bras de son époux suscitera l’émotion, une autre scène où un homme se fait simplement tirer une balle dans la tête (remarquez mon utilisation de mot « simplement », qui illustre parfaitement le fait que je suis moi aussi victime de cette banalisation) sera bien moins gênant.

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Ce genre d’image se ballade sur les réseaux sociaux et dans les journaux télévisés, c’est…

Une bannalité

Dans certains jeux vidéos, la frontière entre l’imaginaire et la réalité est réduite si drastiquement avec l’avancée technologique que certains finissent par confondre les deux.  Donner la mort est un jeu qui procure du plaisir. Etre confronté à la mort est alors de l’ordre de l’irréel, on ne sait plus quel comportement adopter, quel sentiment privilégier.

Au cinéma, les massacres ne font ni chaud ni froid, avec des séries comme Games of Throne où la mort joue un rôle central et est omniprésente dans une violence rarement atteinte.

La presse et les journaux télévisés participent également à cette banalisation. Des morts atypiques ou exotiques (on va toujours chercher des histoires morbides ou qui sortent de l’ordinaire) sont choisies pour intriguer et « divertir ».  Certaines personnes l’admettent, ils ne sont intéressés que par la partie ‘Faits divers’ de l’actualité.

Aux infos, on entend tellement le nombre de morts qui parsèment le monde dans les conflits internationaux ou dans les accidents qu’elle nous devient indifférente. Prenons l’exemple des crashs aériens. Ils sont malheureusement assez fréquent (3/an environ), mais la façon de traiter l’info nous fait oublier l’horreur du drame. Exemple fictif: « Il y a eu un crash à…. 220 personnes se trouvaient à bord… les boites noires n’ont toujours pas été retrouvés.. les autorités …. ».

Il y aussi la relativité de la distance. Un fait divers (fictif) annonçant que 20 personnes ont été tuées dans un accident de métro parisien  fera bien plus d’écho médiatique qu’un accident dans une mine au Kenya tuant 300 personnes.

Les médias tendent à rendre la mort étrangère, lointaine. A travers des histoires de catastrophes spectaculaires, de morts étonnantes, on pénètre petit à petit dans la sphère du théâtral. La mort devient de l’ordre du spectacle, après tout nous vivons dans une société du spectacle comme le disait Guy Debord.

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Cette banalisation de la mort permet de l’oublier, en accord avec notre société fonctionnant sur le plaisir et le divertissement. Cependant, lorsqu’elle nous touche directement dans notre cercle privé, on se retrouve devant le mur de la réalité, dur à gravir, car on ne sait pas forcément comment réagir, et que les médias de masse nous compliquent bien la tâche…

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