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« Comprendre et ne pas juger »

Bourdieu, célèbre sociologue de la deuxième moitié du XXème siècle, s’intéresse au domaine de la télévision.  Selon lui, au lieu d’être au service de la démocratie, cette dernière s’inscrit dans la logique capitaliste. Elle est devenu un concept anti informatif dont le but est de faire toujours plus d’audimat.

Il la critique notamment pour censurer certaines informations en en imposant d’autres de manière massive et répétitive qui envahissent les journaux. Le fait de sur-traiter une information permet à la télévision d’en passer d’autres sous silence et d’exercer ainsi une certaine censure.

La télévision est présentée comme étant dépourvue de toute subtilité. Elle ne prend pas le temps, selon le sociologue, de faire des recherches, de s’intéresser plus profondément au sujet mais au contraire, s’empresse de divulguer ses informations qui seront de toute manière oubliée la semaine suivante. Une information retranscrite rapidement pour être vite ingurgitée.

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De 1975 à 1990, Bernard Pivot anime l’émission « Apostrophe » ou le critique retrouve des auteurs de littérature qu’il interview. Bien loin du zapping, et du fast thinking dénoncé par Bourdieu, Pivot prend le temps, en ne questionnant à chaque fois qu’un seul auteur, de dresser un portrait juste, authentique et complexe de la personne.

Je me souviens avoir été marquée par celle de Georges Simenon, (dont je n’avais à l’époque et aujourd’hui encore rien lu) réalisée en 1981. Ce visionnage fut, pour moi, très particulier et riche en émotion. Simenon, auteur de la célèbre série de Maigret, livrait une toute autre facette de sa personnalité. Pivot l’interview à l’occasion de la parution de ses « Mémoires Intimes » dans lesquelles « il dit tout ». Durant l’entretien, il parle bien sur entant qu’écrivain mais aussi entant que, mari, amant, père, et relate notamment la relation complexe qu’il entretenait avec sa fille. Marie Jo Simenon s’était suicidée en 1978 à l’age de 25 ans, laissant son père complètement anéantis.

imq0029L’écrivain aurait été aujourd’hui invité sur un plateau de télévision, je ne suis pas sur que le présentateur (en perpétuelle recherche d’audience) lui aurait prêter la même attention. Pivot, très respectueux, lui a laissé tout le temps nécessaire afin que l’écrivain ému trouve ses mots, il s’est avéré fin journaliste mais aussi psychologue.

Avant que l’interview ne commence, Pivot regarde la caméra et dit :

« Comprendre et ne pas juger, c’était aussi, en quelque sorte, la devise du commissaire Maigret. Hé bien, faisons comme eux, ne jugeons pas Georges Simenon, essayons de le comprendre. Écoutons le parler de ses enfants, de ses femmes, de ses livres, de lui-même. »

Viens ensuite une vidéo, accompagnée de musique au piano, ou Simenon fume la pipe et se promène dans son jardin. Cette image renvois quelque de mélancolique et donne encore plus de charisme et de mystère au personnage. On est frappé par la subtilité de leurs discours, la sensibilité et la sincérité qui s’en dégage. L’ écoute attentive de Bernard Pivot permet à Simenon de se confier.

Ici, rien n’est trop artificiel, ni surjoué ou donné en spectacle. Le présentateur et l’invité ne sont pas là uniquement pour être vu et séduire le spectateur mais dans le but d’un entretien en face à face.

Simenon disait : « Je préfère être critiqué même détesté pour ce que je suis vraiment, que d’être aimé ou admiré pour ce que je ne suis pas. »

 

 

 

Une réflexion sur “ « Comprendre et ne pas juger » ”

  1. Je ne sais pas si tu connais la bande dessinée Jack Palmer ? Le tome 4, intitulé « Les Disparus d’Apostrophe » tourne justement en dérision l’émission de Bernard Pivot en reprenant les « grands moments » que celle-ci a connu.

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