Tous les articles par Claire Bodin

Amatrice de films d'animation et de tout ce qui touche à la culture japonaise, j'aime boire du thé avec des spéculos le dimanche après midi. M'essayant au motion design je tente de compenser mon complexe du 1m'53 les bras levés.

« Ma conviction personnelle est que certains d’entre vous dans cette salle vivront mille ans. »

Ce ne sont pas les propos tenus par un illuminé mais par Laurent Alexandre, chirurgien, diplômé de Science Po, d’HEC et l’ENA lors de sa conférence intitulée, « Le recul de la mort – l’immortalité à brève échéance ? » au TEDx Paris en 2012. Considéré comme l’un des pionniers d’internet, il consacre la plupart de son travail sur le bouleversement opéré par le progrès de la science et des biotechnologies.

Cet impact des nouvelles technologies dans notre quotidien fut pressenti par Jacques Derrida, un philosophe français, ce dernier étudia les effets des télé – technologies et de leurs rôles dans la société moderne, sa réflexion s’étendit sur les enjeux des mutations sociales, politiques, économiques et psychologiques en passant par le développement des technologies numériques.

Aujourd’hui les avancées techniques en sciences soulèvent de nombreuses questions économiques et éthiques. Il est désormais possible de séquencer son génome à prix très dérisoire vous permettant de connaître des maladies susceptible de se développer dans votre organisme. Malgré l’apport majeur non contestable dans la qualité de prévention que chacun pourra vivre -en fonction d’un terrain à risque, on passe dorénavant d’une médecine de masse à une médecine personnalisée- il est pertinent de s’interroger sur le vécut émotionnel que peut vivre une personne se sachant incurable, vivant alors avec une épée de Damoclès au dessus de sa tête.

Ce scénario, à plus longue échelle nous amène à réfléchir sur les enjeux majeurs que va développer ces « prouesses », l’immortalité sera accordée au plus riche ? Processus de régulation/interdiction des naissances suite à l’accroissement démographique et au manque de place ? Comment gérer une vie sans une dead line? Qui permettait à l’homme de s’imposer des buts à accomplir et réussir en fonction d’une contrainte de temps. Ce que va engendrer cette avancée technique va nous amener à réfléchir sur l’idée que nous nous faisions de la vie et de sa symbolique.

Idéologie et Freudisme

Louis Althusser était un philosophe français du XXème siècle, appartenant au groupe du Parti communiste français, il suivait en parti la pensée marxiste, expliquant la lutte des classes et dénonçant l’exploitation de la classe ouvrière par la bourgeoisie et le système capitaliste. Il consacra une grande partie de son travail à l’appareil idéologique d’état et aux modes de productions.

L’idéologie serait d’abord crée grâce aux appareils répressifs d’Etat, ce qui correspondrait à toute institution ayant une portée arbitraire et punitive à chacun comme la police et les tribunaux, l’idéologie serait aussi dictée par les appareils idéologiques d’Etat qui eux, toucheraient à l’ordre de lieux d’émergence d’idée et de pensées comme la famille, l’école et la religion.

A l’heure actuelle, le modèle d’Althusser est plus que valable, l’idéologie est bien dépendante de ces éléments. Cette théorie nous montre bien que c’est l’environnement dans lequel évolue chaque personne et les conséquences face à ses actes qui vont induire une idéologie propre. L’idéologie pourrait être alors identifié comme le « sur moi » de Freud dans sa psychanalyse, résultat du « ça » intérieur -qui regroupe toute nos pulsions primaires et nos envies- avec le « moi » qui se définit comme le libre arbitre. Le travail d’adaptation et de maitrise de soi construit la morale de chaque personne, on pourrait penser que les paramètres extérieures aient autant d’importance sur la construction d’une idéologie et le conscient, les deux étant liés, elles expliqueraient des actes déraisonnés comme l’enroulement de jeunes dans la guerre pour le djihad.

Capter l’attention par l’image

Une des bases des différentes stratégies de communication est d’identifier ces trois éléments importants : la cible, le message délivré et sous quel support il sera transmis. L’étude du schéma de Roman Jakobson en communication permet de comprendre les différentes fonctions du langage permettant son application afin de réaliser une étude de marché pertinente. Il définit donc plusieurs fonctions :

  • la fonction poétique, elle délivre le message
  • la fonction expressive, elle est donnée au récepteur par l’émetteur, elle informe ce dernier sur ses opinions
  • la fonction conative, elle est utilisée par l’émetteur sur le récepteur, elle influence ce dernier
  • la fonction référentielle, elle s’occupe de ramener l’information dans son contexte
  • la fonction phatique, elle doit maintenir le contact entre émetteur et récepteur
  • la fonction méta-linguistique, elle permet de s’assurer que le message a bien été compris et qu’il est décodé.

Dans la publicité et la presse les différentes fonctions du langage ont une application directe. Par le biais d’une affiche par exemple le publiciste doit attirer l’attention du public par la fonction phatique puis convaincre ou informer par la fonction conative, il peut y remédier en utilisant la fonction référentielle qui utilisera des faits concrets ou la fonction expressive touchant la sphère de l’affect. Enfin le but étant le passage à l’action de la cible, il sera réalisé grâce à la fonction référentielle et conative.

Pour illustrer ces propos nous pouvons étudier une affiche utilisée pour la campagne de recrutement par l’armée de terre.

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Ici le but est de faire naitre une vocation ou de développer l’appel que peuvent ressentir des personnes face à la défense du territoire. La fonction référentielle rappelle le contexte de guerre, on voit des militaires en position de combat avec un hélicoptère en arrière plan. La deuxième partie de l’image pose seulement un texte écrit en blanc sur un fond au motif de camouflage. L’émetteur tente d’influencer le destinataire et de l’inclure dans son propos par l’utilisation de la première personne, cette affiche utilise aussi une part de l’affect en prônant des valeurs telles que le service pour les autres et la volonté de vaincre le mal. A travers ces images se transpose la symbolique du héros, laissant deviner la fonction expressive. Les jugements exprimés par ce texte traduisent la fonction qui est centrée sur l’émetteur. On retrouve donc ici facilement des fonctions conatives et expressives.

Les bienfaits de la publicité mensongère

Les applications de la rhétorique de l’image selon Barthes sont aujourd’hui nombreuses dans la publicité. Il différencie trois catégories de messages, le premier est le message dit linguistique, il s’agit du langage verbal, il peut être écrit ou oral. Il doit cependant répondre à une concision et des normes communes, son rôle étant purement descriptif. Le message dénoté quand à lui est le message littéral sans connotations, il est cependant rarement retrouvé dans la réalité, sa définition est donc purement théorique. Enfin le message connoté est le message qui renvoie à une symbolique, c’est l’ensemble des éléments de sens qui peuvent se rajouter au message littéral. C’est donc le système de signe qui va aider à interpréter l’image, le message nous renvoie donc l’image qu’on veut bien nous faire croire.

actimelDans des cas concrets comme la publicité il n’est pas rare de vendre la symbolique du produit avant le produit tel quel. On peut prendre par exemple des produits qui auraient des vertus soit disant amincissantes. On vent dès lors au consommateur l’image d’une personne complètement épanouie et s’acceptant avec un corps parfait. La publicité abuse donc du message connoté, puisque ce n’est plus le produit qui est décrit mais sa représentation, cependant  la frontière reste encore subtile. En revanche nous pouvons citer un cas moins nébuleux comme l’ancienne pub Actimel du groupe DANONE qui revendiquait des bienfaits prouvées par des études fictives, l’utilisation du message était frauduleuse afin de satisfaire le message connoté qui répondait à « la santé pour tous par l’alimentation », le but étant de vendre et faire des profits.
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Dans l’industrie agro-alimentaire et pharmaceutique ce qui se dit bon pour la santé joue une part très grande du marché. En restant relativement évasif sur le message linguistique les publicistes font l’apologie de leur produit souvent néfaste pour la santé, dans Cholestérol, mensonges et propagande du Dr Michel de Lorgeril, les statines sont dénoncées comme la plus grande machine à sous et escroquerie des groupes pharmaceutiques, le cholestérol y est traité comme une vraie chasse aux sorcières, permettant d’augmenter considérablement les bénéfices des entreprises en baissant son taux malgré ses méfaits sur la santé.

Le motion design ou l’art de simplifier la compréhension

Aujourd’hui encore pour de nombreuses personnes le digital provoque un sentiment anxiogène. Selon Axelle Lemaire durant l’intervention aux Assises nationales de la médiation numérique à Caen le 30 septembre dernier, il n’existe « Pas de numérique sans accompagnement », seulement à l’heure de cette nouvelle ère, le numérique se veut le plus limpide possible. Les photos, illustrations et les schémas ne sont pas simplement des artifices pour embellir des supports de communication, le visuel a bien son propre langage, il permet de compléter voir de remplacer les mots. Les stratégies de communication actuelles reposent donc sur des principes énoncés par Ferdinand de Saussure un éminent linguiste qui étudia la sémiologie où l’art de décrypter la vie des signes au sein de la vie sociale.

Le motion design est un outil de communication consistant à animer des éléments graphiques, il existe cependant différentes stratégies et différents signes d’approches pour le mettre en œuvre. Afin d’avoir une réponse pertinente à la demande, le style graphique devra s’orienter vers un style en adéquation avec le contexte et le public visé. Il pourra prendre un genre iconographique pour une apparence neutre, infographique pour une approche plus factuelle comme des chiffres et des statistiques, ils servent à informer la cible. Les pictogrammes quand à eux ont un style universel, ils sont utiles pour expliquer quelque chose enfin les illustrations animées sont davantage dédiées pour raconter une histoire, traitant l’ordre de l’affect et usant des techniques du storytelling, elles sont utiles pour décrire quelque chose.

Cette «communication par le social » sait s’adapter à son public, le problème de communication d’information se transforme en problème de linguistique puis en problème de sémiologie. Afin de se faire comprendre l’émetteur devra utiliser des signes adaptés à son auditoire. Par cette approche créative le numérique se veut plus ludique, les formes des visuels sont simples et les couleurs attractives captivant l’œil du destinataire.