Tous les articles par Elise Morsetti

Y-A-T-IL TOUJOURS UNE FONCTION POÉTIQUE DANS LA POÉSIE ?

     En lien avec mon article précédent traitant sur la langue comme signe du langage, il me semblait intéressant de parler ici des fonctions du langage selon Roman Jakobson. Lors de l’exposé mené en classe par trois de mes camarades, il a été mis en évidence sept fonctions du langage :

  • La fonction expressive : expression des sentiments du locuteur
  • La fonction conative : fonction relative au récepteur
  • La fonction pratique : mise en place et maintien de la communication
  • La fonction métalinguistique : le code lui-même est objet du message
  • La fonction référentielle : le message renvoie au monde extérieure
  • La fonction poétique : la forme du texte devient l’essentiel du message

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     J’ai décidé de porter cet article plus particulièrement sur la notion de la fonction poétique.

     Si cette fonction n’a rien avoir avec de la poésie, elle met en fait l’accent sur l’importance du texte dans une quelconque image, qu’elle soit publicitaire, informative, etc. Le texte prend le dessus sur le dessin, sur ce qui est montré, c’est lui qui annonce la couleur, sans lui plus rien n’a de sens. Le texte va jouer sur des assonances, des altérations qui vont capter l’attention de celui qui se confronte à l’image. N’importe quelle publicité se base finalement sur ce principe. C’est le rôle du publicitaire que de trouver un slogan qui marche, qui s’articule correctement pour qu’il soit simple et efficace. L’image ne devient alors que support du texte, qu’illustration pure et dure qui permettra à celui qui la regarde d’avoir le sentiment de regarder une structure harmonieuse.

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     Mais est-ce que parfois, plus loin que la publicité, que l’information transmise, la poésie elle-même en tant qu’art ne peut-elle pas

     C’est en primaire que nous apprenions à illustrer un poème. N’a-t-on jamais dessiné sur une double page de cahier d’enfant des feuilles rouges sur un poème de Maurice Carême ? ou un clocher au clair de lune en face de six quatrains de Musset ?

     C’est pourtant si simple et plaisant de se souvenir de la manière dont on tenait nos crayons de couleur. Nos dessins ne servaient pas à grand chose, peut-être favoriser l’éveil des enfants, le texte avait toujours le plus grande importance face au dessin.

     Cependant, eux exemple qui me paraissent intéressant me viennent en tête :

     En premier lieu je vais parler du poète du XIXème Aloysius Bertrand. Dans son court recueil de poèmes, Gaspard de la nuit, publié en 1842, l’un de ses poèmes les plus connu est « Scarbo ». Sa prose est illustrée par un dessin au fuseau représentant un petit gnome diabolique. Le dessin fait parti intégrante du poème, il lui donne de l’ampleur, une certaine efficacité, il permet au lecteur de se faire une image visuelle du personnage traité dans quatre des poèmes de l’écrivain. Cependant, cela ne fait pas de lui quelque chose qui va perturber tout l’art du texte, toute la réflexion qu’il y a derrière. Encore une fois, au même titre que les dessins d’enfants, ce n’est qu’une illustration appuyant un texte, texte qui, lui, manifeste chez le lecteur le plus grand intérêt.

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     Dans un second temps, il existe pourtant dans l’art de la poésie deux artistes qui ont revisité cette fonction poétique, favorisant l’importance du texte face à l’image. Il s’agit de Man Ray et d’Eluard, dans leur ouvrage à quatre mains.

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    L’illustration a été revisitée ; le texte illustre l’image. L’image est antérieure au texte, on peut alors se poser la question sur l’importance du texte ? Est-il moindre que celle de l’image, du dessin réalisée par Man Ray, illustré par Paul Eluard, artistes surréalistes ? On se rendra compte par la suite que malgré le fait que l’image ait été créée antérieurement au texte, les deux forment un tout complémentaire. Est-ce que c’est parce que c’est artistique qu’on ne peut pas définir leur fonction ? Ce qui est sûr, c’est qu’ici le texte ne fait pas objet de fonction poétique, l’image a aussi ce rôle, ce qui rend cette oeuvre des Mains Libres presque unique dans l’art du XXème siècle.

LA LANGUE COMME SIGNE DU LANGAGE


      On écrit, on parle, on s’exprime, on écoute, on comprend : on communique.

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     L’art de la langue fait parti de nous depuis notre naissance. On se forme avant même d’apprendre à marcher en écoutant les bruits ambiants, on grandit avec la voix de nos parents, on évolue en apprenant des mots, on les assimile en construisant nos premières phrases, en découvrant l’écriture.

     Si pour tous, apprendre à parler s’acquiert de la même manière, selon les cultures, les langues divergent, se transforment au fil du temps, évoluent, font l’objet d’apprentissage de manière à les maîtriser. C’est ce qui fait la complexité du langage, sa richesse même. Cet art a attiré Ferdinand de Saussure, linguiste du XXème siècle qui s’est intéressé à cette question de construction du langage, en particulier la langue comme signe du langage.

     Langue et langage s’opposent. Si cette notion n’est pas innée, elle est pourtant facile à comprendre. En effet, la langue regroupe une culture qui va se retrouver entre-elle, qui se comprend et communique. Tandis que le langage, lui, a une institution commune à un groupe. Si la communication peut s’établir entre tous, les langues divergent et donc éloignent certaines cultures entre elles. Le langage est un système de signes qui a pour fonction de transmettre un message. Cette distinction peut être comprise lorsque la notion de signe et de signal est éclaircie.

     Les animaux communiquent sous forme de signaux. Leur instinct va leur permettre de se comprendre entre eux pour transmettre des informations, mais ces informations seront limitées.

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     Le signe, lui, est une intention volontaire, c’est un signal intentionnel. Prenons l’exemple de la langue des signes française (LSF) ; la personne sourd ou muet, à travers des signes va communiquer, va vouloir se faire comprendre. Il est dans l’incapacité de parler, et à travers un autre intermédiaire il va pouvoir discuter, dialoguer avec un autre sujet que lui même.

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     C’est entre autre ce qui fait la richesse du langage. La langue est un signe du langage. Grâce à la langue, qu’elle soit verbale ou gestuelle, grâce aux signes intentionnels, les hommes parlent entre eux, communiquent et ainsi se transmettent des informations.