Tous les articles par Emma Chapuy

Fin de stage !

Me voici, 5 jours après la fin de mon stage. J’ai terminé le court-métrage qui m’avait été commandé au début du mois, et j’ai surtout appris beaucoup de choses : j’ai eu l’occasion de participer à des tournages et donc d’aider pendant toutes les étapes de réalisation d’une vidéo, de la préparation du tournage à la post-production.

J’ai été heureuse de pouvoir participer et aider l’entreprise qui m’accueillait, mais j’ai trouvé que la position de stagiaire (surtout en première année) était très compliquée à gérer : faire savoir que l’on est prêt à aider, toujours disponible, sans jamais être encombrante ni gêner le déroulement des opérations surtout sur un tournage.

Au final, je ne regrette qu’une seule chose, et c’est ce que m’ont dit mes maitres de stage : ne pas avoir eu un stage plus long qui m’aurait permis de mieux m’implanter dans l’entreprise. J’ai trouvé que la période d’adaptation dans l’entreprise était longue et qu’une fois que mes maitres de stages ont pris conscience de mes compétences et de mes lacunes, il me restait peu de temps pour y travailler. Cependant, j’ai tout de même énormément compris sur le fonctionnement technique et commercial des productions audiovisuelles, et ai eu l’occasion de rencontrer des personnes de professions très diverses, ce qui m’a permis d’avoir une vision plus juste et plus vaste du métier auquel j’aspire.

 

 

 

 

Je vous laisse avec le court métrage réalisé pendant ce mois de stage, et je vous souhaite de bonnes vacances !

Ma première semaine de stage

Depuis une semaine, je suis en stage à la redfactory, entreprise de production et création vidéo institutionnelles de trois personnes.s. Elle se compose de deux associés, Bryan et Max, et d’un employé, Guillaume, leur responsable commercial.
Mon maitre de stage, Bryan m’a demandé de travailler sur deux fronts. Puisque je ne connaissais pas le logiciel After Effect, il m’a demandé de reproduire certaines de leur créations les plus simples. Ce travail a pour but de m’aider dans ma seconde mission : réaliser un film court sur le sujet de mon choix. Ce travail me permet d’appréhender l’ensemble d’un projet : de la conception et validation par une équipe jusqu’à la réalisation et la post-production. J’ai donc du pour l’instant, dans le cadre de ce projet, écrire un scénario, un découpage technique et réaliser une animation pour le titre de ma vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=KAbpEP9chb8

Egocentrisme et nihilisme

Dans son ouvrage Simulacres et simulation, Jean Baudrillard propose une réflexion sur le réel. Selon lui, le réel ne serait plus perceptible, il aurait été remplacé par un univers de signes dont les référents sont absents, qui auraient perdu toute valeur.

Cette hypothèse a été notamment exploitée par la trilogie Matrix, où les Frères Wachowski interprètent ces signes dont parle Baudrillard, comme les signes perçus par les sens. En effet, ils partent du principe que nous expérimentons le monde via un ensemble sensations, par des signes que nous interprétons. Il serait donc légitime de se questionner sur la confiance que nous avons en nos sens, en la dimension organique de l’existence.

Il me semble cependant que cette interprétation des écrits de Baudrillard est instinctive et primaire, et il est a mon avis plus intéressant de s’interroger sur les signes que nous choisissons de transmettre plutôt que sur ceux que nous percevons. Afin d’introduire mon propos, je prendrais pour exemple (trivial) la mode vestimentaire : je ne choisi pas un vêtement parce qu’il me plait, mais parce qu’il me semble être la convergence de signes que j’ai perçu, qui m’a été transmis par différents médias et que je me propose de transmettre à mon tour.

On peut alors penser que l’ensemble de signes que chaque individu renvoie n’est que la copie de ceux qu’il a déjà perçu. SI l’individu n’est perçu que via cet ensemble de signes, il devient alors un personnage creux, un personnage de simulacre, fait d’une réalité fragmentée qui ne lui appartient pas.

Il est alors intéressant de se pencher sur la pensée de Stiegler qui introduit le terme de télécratie (le règne de la télévision) en l’opposant fondamentalement à la démocratie. On comprend mieux la problématique posée par l’avènement de la télévision et de la publicité. La décomposition des désirs en pulsion par les médias de masse nous pousse à la consommation de signes qui ne sont destinés à être copiés. Le réel enjeux de la télécratie ne me semble pas être la mort de la démocratie, mais la mort de l’individu qui est réduit à une somme de signes dépourvus de sens.

On peut penser que ce schéma n’est applicable qu’à la perception des individus entre eux, mais peut-on la considérer pour la perception que l’on a de nous-même ?

Selon Walter Benjamin, la reproductibilité des oeuvres d’arts conduit à la perte de leur aura. Il me semble que la perte de cette aura peut également être appliquée à la pensée, et que les idées subissent le même sort que les biens de consommation. Paradoxalement, a mesure que les idées perdent leur aura, les penseurs gagnent en popularité, en renommée. Ainsi, il me semble que nous nous approprions la pensée de quelqu’un parce l’aura de cette personne nous est parvenue, parce qu’il existe une mythologie autour de la pensée. Ainsi, la vie intérieure est elle aussi polluée par le simulacre, si bien qu’il nous est impossible de distinguer l’original de la copie. C’est la multitude et la complexité des signes que l’on s’approprie qui rend cette distinction presque impossible. L’individu n’est plus fait que de fragments de copies qui remplacent la singularité.

Le nihilisme de la pensée de Baudrillard me parait donc profondément narcissique et vertigineuse : se regarder en permanence afin de contempler un ensemble de signes dépourvus de sens, le vide qui cache le vide.

 

 

 

 

 

 

 

 

IMG_0245

Cinéma et bovarysme

cef0ad46f0984adb57de80ac6784d2bc

Durant mon projet de recherche au premier semestre, j’ai effectué un compte-rendu de lecture de l’ouvrage Le déclin du mensonge d’Oscar Wilde. La thèse dévellopée dans par Lipovetsky dans L’écran global rejoint celle de Wilde : ‘’La nature copie l’art’’. Ici, l’art dont on parle est le cinéma, le monde copierait le cinéma.

Il me semble que Lipovetsky, lorsqu’il affirme cette thèse, ne sert qu’un réchauffé de la thèse de Wilde, bien plus pertinente au regard de la periode où il écrit. En effet, en affirmant que  »La nature copie l’art », Wilde va au delà de la jolie formule. Il s’interroge sur la place du sublime, sur celle de l’artiste et sur la manière de transmettre une parole.  Lipovetsky semble au contraire se contenter d’une jolie formule et n’interroge pas sur la manière dont le cinéma porte une parole, il ne fait que lister les points sur lesquels l’homme serait influencé par le cinéma. Mais l’homme n’est pas le monde, et si il était question de prouver qu’il est possible d’influencer l’humain par le biais de l’art, je doute que seul le cinéma ait ce pouvoir. Il suffit de lire Mme Bovary pour s’en convaincre.

 

Diffusion carthartique

001099297_prevstill

Selon Bourdieu, les médias télévisés recréent une réalité fictive en focalisant leur discours sur des événement précis, en reprenant les memes informations pendant plusieurs jours, occultant par ce procédé tous les autres événements qui pourraient arriver pendant ce temps.

Il me semble cependant que le règne de la télévision touche à sa fin. La génération qui a grandi avec internet la méprise et ne la regarde pas. Cependant, un phénomène similaire à celui qui est mis en place à la télévision s’observe sur les réseaux sociaux. Prenons twitter pour exemple. La présence des grands groupes de médias sur ces réseaux sociaux fausse l’indépendance du réseau : les informations importantes sont les mêmes qu’à la télévision (il suffit de regarder les grands titres du 20h et de les comparer avec les toptweets du jour pour s’en rendre compte).

Peut-on alors encore penser que la population veut entendre parler de la réalité telle qu’elle est ? Ne peut-on pas considérer le journal de 20h comme un rendez-vous cathartique quotidien ?

Le public des médias d’information de masse ne chercherait donc pas à s’informer sur le monde tel qu’il est, mais à assister à un spectacle qui exacerberait la souffrance du monde afin de rendre plus supportable la souffrance individuelle. Ces médias seraient alors bien un outil de manipulation de l’humain, ils permettraient de garder les masses sous contrôles en les divertissant afin de leur faire accepter le malheur euphorique dont parlait Herbert Marcuse.

NE TRAVAILLEZ JAMAIS

debord1

Dans la société du spectacle décrite par Guy Debord, la société capitaliste mettrait en place un système aliénant pour la nature humaine.  Debord rejoint ici Marcuse dans le sens où il soutient que le capitalisme crée de faux besoins basés sur l’apparence, et où la satisfaction desquels justifieraient de considérer l’Homme en tant que simple consommateur.

Le point le plus flagrant serait la marchandisation de la culture. Ainsi, la puissance de l’art diminuerait à mesure qu’augmenterait sa valeur marchande. Il acquerrait ainsi une légitimité basée sur sa valeur au sein d’un système établi, et plus une légitimité historique et culturelle. La contestation doit alors passer par une réappropriation et un détournement de cette culture, elle pourra ainsi retrouver un sens qui lui est propre, et qui n’est plus relié à la sa valeur économique.

 

Une histoire psychologique du cinéma allemand

das-cabinet-des-dr-caligari-standfoto-1920-quelle-deutsches-filminstitut-dif-frankfurt-am-main-1600x900_article_landscape_gt_1200_grid

 

Dans De Caligari à Hitler,  Siegfried Kracauer analyse le cinéma expressionniste, et tente d’y déceler tous les symptômes qui prédisaient la montée du nazisme et les horreurs de la seconde guerre mondiale.

Kracauer y décortique (entre autres) Le Cabinet du docteur Caligari et Metropolis, tentant parfois de faire plier les oeuvres analysées à la vision qu’il en a.

Cependant, le mouvement expressionniste ne peut pas être arraché à son contexte historique, surtout en Allemagne. Un mouvement artistique véhiculant un malêtre de cette violence ne peut qu’être le symptôme du malêtre de tout un peuple, d’une époque.

Ainsi, il me semble que l’expressionnisme allemand est bien la voix d’une nation, portée par les artistes et ne peut donc qu’avoir été annonciateur des évènements des années 30 et 40 en Allemagne et dans le reste de l’Europe.

 

 

 

 

 

 

Et un petit cadeau du soir :

Capture d’écran 2015-03-27 à 21.28.11

L’homme euphorique dans son malheur

phedre-cabanel

 

Dans son ouvrage L’homme unidimensionnel, Herbert Marcuse interprète la société capitaliste (la « société industrielle avancée ») comme une société totalitaire, dans le sens ou elle absorbe toutes formes d’opposition et ne laisse rien en dehors d’elle. Cette absorption créerait une société unidimensionnelle parce qu’elle ne permettrait pas à l’homme d’accéder à une existence autre que celle qu’on lui propose.
Marcuse donne pour exemple la large distribution des ouvrages classiques, qui certes permet leur accessibilité au plus grand nombre, mais leur ferait perdre leur singularité et leur force d’opposition.
Il est alors intéressant de s’intéresser à la réinterprétation de certains ouvrages classiques. J’ai choisi de prendre pour exemple L’amour de Phèdre de Sarah Kane. Dans cette pièce, Hippolyte est mis en scène comme un enfant gâté qui passe ses journées devant la télévision et n’a plus d’intérêt pour sa propre existence. On pourrait voir ici une critique des médias de masse et de la société industrielle avancée décrite par Marcuse. Cependant, il me semble que Sarah Kane nous invite à voir plus loin : ce malaise vient du personnage, pas de la télévision. Il est inhérent à la nature humaine, et le personnage d’Hippolyte qu’elle met en scène n’est pas différent de celui de Racine.
Il me semble que lorsque Marcuse qualifie d’ »euphorique dans son malheur » l’homme contemporain, il accuse la société industrielle avancée d’un comportement inhérent à la nature humaine. Il ne ferait que réitérer les tentatives de tous les artistes et auteurs avant lui : trouver une cause « aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair » (acte III scène 1,Hamlet, Shakespeare).

Il me semblerait plus juste d’accuser cette société de fournir une distraction qui lui permettrait d’être seulement d’être euphorique.

La légitimité de la singularité

les-temps-modernes-5

Charlie Chaplin, dans Les Temps modernes, livre une interprétation qui va à l’encontre de la pensée de Walter Benjamin dans son ouvrage L’oeuvre d’art a l’heure de sa reproductibilité technique. En effet, en jouant et réalisant son film, il court-circuite « l’intervention d’un comité de spécialistes » dans son jeu d’acteur. Il contrôle la production de son film a plusieurs niveaux, il est conscient en tant qu’acteur des contraintes techniques reliées à la mise en scène, et il peut, en tant que réalisateur, penser la mise en scène en lien intime avec le jeu d’acteur. Cette maitrise lui permet placer l’humain au coeur de son oeuvre : la réalisation est mise au service du jeu d’acteur et surtout du personnage. Chaplin peut alors livrer une interprétation tout en maitrise et en distance, interprétation proche de celle d’un acteur de théâtre. L’oeuvre est certes reproductible, mais elle conserve son aura parce que l’acteur n’y est pas un accessoire.

Ainsi, Chaplin met la technique au service de son propos : ne pas nier la reproductibilité, l’industrialisation, mais en redonnant une légitimité à la singularité.