Tous les articles par Emma Chapuy

Le court métrage, nouvelle forme de nouvelle ?

Dans une interview donné sur Radio Nova, Abd Al Malik, membre du Jury pour l’édition 2015 du festival de Clermont-Ferrand, défend le court-métrage en le distinguant de la forme  »d’essai » avant de passer au long. Certaines formes, certains propos n’auraient en effet leur place que dans un court métrage. Le long métrage serait comparable au roman, et le court métrage à la nouvelle. Si la nouvelle n’est plus un sous genre de la littérature depuis longtemps, le court-métrage ne devrait plus être considéré comme un sous genre du cinéma.

Qu’est ce qu’on remarqué au ClermontFF15 ?

Le festival de Clermont a mis à l’honneur cette année le film d’animation, avec au moins un court d’animation par séance. Dans l’ensemble, j’ai préféré les films d’animations aux films en prise de vue réelles. J’ai trouvé que les réalisateurs faisaient preuve d’une créativité et d’une liberté raffraichissante.

J’ai également remarqué que le ton de la plupart des films étaient sombres, que les courts métrages véhiculaient une vision du monde désabusée et pessimiste.

 

 

 

Le top 3 d’Emma

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Coup de coeur : Sieben Mal am Tag Beklagen wir unser Los und Nachts Stehen wir auf, um Nicht zu traumen, de Susann Maria Hempel

Susann Maria Hempel crée un univers onirique pour raconter une réalité douloureuse, elle nous transporte dans un monde étrange où les objets s’animent d’eux mêmes et réagissent au récit qui nous est conté.

 

 

tehran_geles-arash_nassiri-2014-g-tt-width-1778-height-1000-bgcolor-FFFFFF 1 : Tehran-geles, de Arash Nassiri

Survolant les villes de Téhéran et de Los Angeles, ce court nous interroge sur la place du moyen orient dans nos société, sans nous imposer une vision du réalisateur.

https://vimeo.com/100315857

 

 

L4-1-FokNaboDistorio-720x4902 : Fok Nabo Distorio,  de Francesco Rosso

Ce court d’animation nous propose une lecture du morceau « Liivaterade Raamat” de Liis Viira. Il nous transporte dans un voyage onirique et laisse notre imaginaire dériver.

 

 

 

 

 

HILLBROW-2 3 : Hillbrow, de Nicolas Boone

En suivant des personnages dans de longs plans séquences, Nicolas Boone porte un regard juste et tendre sur Johanesburg. Il dresse un portait de la violence et de la misère qui habite la ville.

Clermont, le bilan

 

J’aimerais pouvoir vous décrire mon expérience du festival de Clermont-Ferrand, mais à vrai dire, je n’ai vu ni mes camarades, ni la lumière du jour pendant tout notre séjour. J’étais bien trop occupée à courir d’une séance à l’autre, la peur au ventre…

« Et si je manquais cette séance ? »

Après bien des séances manquées, des déceptions, des épiphanies et une centaine de coups de cœurs, c’est avec regret que j’ai pris la route du retour.

Je vous donne rendez-vous demain pour vous faire part de mes coups de cœurs (pas de panique, je vous ai fait une petite sélection sympathique)

Portez vous bien !

Mon projet de documentaire sonore

Je souhaite rencontrer un professeur de lettres dans un lycée privé, afin qu’il me parle de ses élèves, de leur rapport à la langue et à la littérature. Je compte orienter mes questions afin qu’il me renseigne sur les modifications de langage qu’il a remarqué chez ces élèves, et en particulier leur lien avec les nouvelles technologies. En parallèle, je souhaite me rendre dans une classe de collège en zone d’éducation prioritaire afin d’enregistrer un cours de français. Le montage sonore mettra en parallèle l’interview et l’enregistrement de ce cours afin de mettre en lien des différences et les similitudes que l’on peut remarquer dans le rapport à la langue d’élèves venant de milieux sociaux très différents.

Du langage, du corps, du camembert et des paresseux

J’ai beaucoup écrit ici sur le langage dans les nouveaux médias, sans évoquer les plateformes de partage de vidéos. Il me tenait plus a cœur de parler des formes écrites du langage dans les nouveaux médias, parce que c’est à cet endroit qu’on l’abime.

Mais dans le cadre de mes recherches, j’ai rencontré le travail d’Ina Mihalache, alias Solange. Solange me parle. Elle parvient à dire et à faire. Faire des vidéos pour dire quelque chose, nous parler du langage, du corps, du camembert et des paresseux.

 

 

 

 

Cadeau du soir :

 

Ce projet m’a permis de

  1.  Réapprendre la grammaire et l’orthographe
  2.  Appuyer ma recherche sur le dialogue (avec soi ou avec autrui)
  3.  Parler du langage
  4.  Tourner mon attention vers le théâtre, plus seulement en tant que spectateur, mais via la lecture d’écrits théoriques
  5.  Rédiger à nouveau
  6.  M’amuser dans le cadre d’une consigne imposée
  7.  Envisager les nouveaux médias comme un sujet de réflexion et plus seulement comme un outil
  8.  Redécouvrir des auteurs que j’aime et admire
  9.  Découvrir des auteurs que j’aime et admire
  10.  Utiliser mon amour pour la littérature dans le cadre de mes études
  11.  Réfléchir sur le langage
  12.  Confronter ma réflexion avec celle d’autrui
  13.  Me nourrir de la pensée d’autrui
  14.  Douter de la qualité de mon travail
  15.  Rencontrer la pensée et les intérêt de mes camarades de classe
  16.  Tenter de transmettre une pensée

 

(sans ordre logique ni chronologique)

 

La parole comme présence à soi et au monde

Leçon inaugurale prononcée par Olivier Py le 4 décembre 2009 au TNP de Villeurbanne à l’occasion du séminaire national « Enseigner le théâtre au collège et au lycée aujourd’hui » retranscrit dans Cultivez votre tempête, Olivier Py (2012)

 

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Ce serait une tâche bien longue  de résumer ce texte tant il est dense et aborde des sujets différents. Cependant, il est guidé par une seule et même prescription, le retour au réel, qui est présenté comme remède au mal de notre siècle : l’addiction au virtuel.
Pour Olivier Py, ce retour au réel passe par un retour à la parole.

« La parole comme présence à soi et au monde »

Cet essai fut pour moi une aide précieuse. Non seulement dans le cadre de mon projet de recherche, mais également d’un point de vue personnel. Il m’a permis de distancier mon approche de la parole dans les nouveaux médias, d’ouvrir mes recherches et ma réflexion à un cadre  plus large.
La modification de notre rapport à la langue ne semble plus être à la seule charge des nouveaux médias.
La virtualité des nouvelles technologies modifie notre façon de vivre et notre rapport au monde,  à la réalité.  Économiquement par la finance, socialement par les réseaux sociaux, dans l’imaginaire par la télévision.

L’humanité s’évanouit dans une virtualité qui lui fait croire en son existence alors qu’elle s’endort sur elle-même, elle vit la virtualité comme substitut au réel et n’en a pas conscience.

Olivier Py rappelle la distinction entre la fiction et le virtuel. La fiction permet aux hommes de s’inscrire dans le réel, elle dévoile celui-ci par la métaphore. La fiction mêlée à la Parole permet à l’homme de révéler ce que réel n’arrive pas à montrer de lui-même. La pensée du réel permet à l’homme de retrouver une présence à soi, une présence au monde.

Il me semble que nous traversons une crise qui est plus existentielle qu’économique. Il est donc normal que notre rapport au langage s’en trouve modifié.

Comment peut-on parler de la réalité quand on se sait plus comment la vivre ?

Olivier Py dit : «Je pense que la lecture à voix haute et et la prise de parole sont plus difficiles que le théâtre. Au théâtre, on n’a pas besoin d’avoir une voix, le personnage vous la prête. On n’a pas besoin d’une parole, le poète vous la donne. On n’a pas besoin d’avoir un corps, le personnage vous rencontre. »

Alors oui, il faut aller au théâtre, il faut lire, il faut s’approprier la langue à nouveau. Mais ces activités sont vaines si elles ne s’accompagnent pas d’une réflexion sur le monde. Elles doivent être le point de départ d’un cheminement intérieur et individuel qui nous donnera une une voix, une parole, un corps.

Nous devons réapprendre à penser afin de réapprendre à vivre.

 

 

 

Le petit cadeau du soir bis :

Faut vous dire, monsieur, que chez ces gens là, on ne cause pas.

La musique électronique est, selon moi, l’un des signes les plus criants du malaise de la société par rapport au langage (et plus particulièrement de la jeunesse).

Le jeu d’acteur de Jacques Brel sur scène traduit selon moi une confiance en l’humain, en la parole, en l’existence. Sa voix est portée par son corps entier, crée par lui et soutenue par lui. C’est l’engagement de ce corps, c’est cette voix qui est porteur de vérité et d’émotion.

La musique électronique marque selon moi l’effacement du corps et de l’être créateur.

Plus de paroles.

Plus de Parole. L’interprète est caché, son corps effacé. On ne raconte plus d’histoire. Le pouvoir évocateur des mots semble désuet.  On se tourne, à présent, vers une musique répétitive, machinale, souvent violente. Cathartique  et métaphorique.

L’imaginaire partagé d’un public face à la narration se transforme aujourd’hui en voyage intérieur individuel et individualiste. Ce qui, pourtant, semble être à contre courant des valeurs du mouvement techno des années 1990. Rassemblements massifs d’humains en mal d’existence, perdus dans l’après après-guerre, se retrouvant pour partager des sensations communautaires. 1989 : La chute du Mur et la démocratisation de l’ecstasy donne l’espoir d’un nouveau monde, plus beau.

Nous ne retrouvons pas les restes de leurs espoirs dans le mouvement électronique contemporain.
Il nous faut des interprètes, nous avons besoin de corps.
Retrouvons notre Parole.

 

 

 

 

Petit cadeau du soir :

Se réapproprier le langage

PAR LA LECTURE

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– Le livre représente le support physique des mots, ils ne sont plus compressés et vidés de leur substance, il sont fait de matière physique. Lorsque le livre est refermé, on les mots sont toujours présents, lorsqu’on éteint un écran, les mots disparaissent.

– Sur tweeter, avec le hashtag, il est possible de cliquer sur le mot, de connaitre son sens précis, son utilisation dans la phrase, il est possible d’accéder immédiatement à des représentations picturales, les mots ne nous évoquent rien, leur sens nous est imposé. Mais le langage possède une puissance évocatrice. Lorsqu’on rencontre un mot inconnu dans un livre, on peut utiliser ses sonorités, ce qu’il évoque, pour lui inventer un sens qui nous appartient.

– Dans un tweet, le format est si court que l’on peut retenir (et retweeter) la phrase entière. Lorsque l’on lit un livre, il est nécessaire d’être attentif et de se réapproprier le discours. Sur un livre de 300 pages, on ne peut pas tout retenir, ce n’est même pas nécessaire : les mots créent des images mentales, des ambiances, des émotions qui s’impriment en nous.

 

PAR LE THÉÂTRE

AU MOINS J AURAIS LAISSE UN BEAU CADAVRE -

 

– Le théâtre est le lieu du rassemblement. La représentation impose un cadre spatiotemporel strict : celui de l’ici et maintenant, contrairement à celui des nouveaux médias qui a volé en éclat : plus d’ici, plus de maintenant.

– Si le langage possède un support physique grâce au livre, il prend chair au théâtre. La parole  nait au croisement du corps et de l’esprit. L’acteur nous transmet le texte via son corps, utilise son énergie, sa chair afin de nous faire parvenir le texte. Il n’est plus question ici de pixels s’allument et s’éteignent mais d’humains qui se présentent sur scène pour délivrer une parole.

– La scène est le lieu du symbole : les objets, les images et surtout le langage prennent un sens nouveaux lorsqu’ils y sont placés. Ici, en plus de la puissance évocatrice des mots dont je parlais plus haut, il faut compter avec leur valeur hautement symbolique.

 

 

En lisant, en allant au théâtre, il est possible d’entretenir un rapport intime avec sa langue, de mieux la manier, d’en comprendre les subtilités mais aussi de mieux l’utiliser.

Nous nous imprégnons de ce qui nous entoure.

Si nous choisissons de nous entourer d’un monde où la langue est riche, où elle porte une parole, alors nous serons à même d’utiliser cette langue afin de transmettre une parole à notre tour.

 

 

 

Et le cadeau du soir :