Tous les articles par Jean-Etienne Pelluet

Pourquoi Jeppetto ? Parce qu'il donne vie à l'inanimé. Parce qu'il tire les ficelles. Et parce que mes initiales sont dedans. Je suis étudiant en communication et création numérique depuis cette année. Avant cela, j'ai surtout parcouru des sentiers battus, mais ça n'a pas bien fonctionné. J'y ai beaucoup appris, mais j'ai décidé de partir de mon côté, plus tranquillement. Ma créativité s'exprime selon moi le mieux dans l'écriture. Ce blog est l'occasion de me forcer à écrire, ce qui n'est toujours pas une habitude quotidienne pour moi. La littérature et le cinéma sont mes deux principaux centres d'intérêt artistiques, mais j'aime bien d'autres choses.

La culture est une dépravée

Adorno et Horkheimer ont écrit Dialectique de la raison, texte édité en 1944. C’est un ouvrage qui vise à déconstruire toutes les valeurs sur lesquelles les sociétés occidentales se sont construites depuis la Révolution Française, ou plutôt à démontrer que leur application est défaillante. Ils faisaient partie de l’école de Francfort, école de pensée allemande qui a visé à élaborer la théorie critique des media.

Dans leur texte fondateur issu de Dialectique de la raison, « La production industrielle des biens culturels », ils décrivent la dépravation de la culture.

Selon le dictionnaire, dépravé signifie : dénaturé, pervers, indigne, ingrat, corrompu, immoral, vicieux, cynique, malhonnête, malsain, obscène, dissolu, licencieux, inconvenant, scandaleux, débauché, libertin, dévergondé, mauvais, gâté, altéré, vicié, perverti, impudique.

Si vous souhaitez vérifier la dépravation de la culture, vous pouvez allumer votre téléviseur à 18h sur D8. Cyril Hanouna y anime Touche pas à mon poste, une émission à laquelle beaucoup des qualificatifs cités au-dessus.

Je ne cherche pas ici à faire de leçon de morale, il m’arrive moi-même de regarder. Cette émission est un divertissement qui peut nous prendre au piège en quelque sorte, mais cela n’empêche pas de poser un regard critique sur celle-ci.

Pop culture et culture de masse

De nos jours, la culture est diffusée largement et parfois  mondialement. Il serait alors aisé de tout mettre dans le même sac et de qualifier la culture de culture de masse, et de s’en tenir à cela. Or, il faut distinguer pop culture et culture de masse.

La culture de masse est définie par 6 critères :

1 – industrialisation de biens et produits culturels
2 – diffusion massive
3 – accessibilité
4 – diversification
5 – divertissement
6 -consommation de ces produits qui repose sur un acte volontaire

Edgar Morin, né en 1921, est un sociologue et philosophe français,et il a édicté un autre critère. Selon lui la culture de masse est définie par le fait qu’elle est en partie déterminée par le public qu’elle cible. Dans le cas de l’art, celui-ci ne serait plus une émanation d’une individualité qui s’offrirait au public, mais plutôt un produit qu’un individu-entreprise conçoit en fonction de celui-ci.

La pop culture serait plutôt une culture créé de manière libérée et autonome, et qui s’avèrerait d’assez bonne qualité et assez universelle pour devenir un phénomène massif. L’exemple typique serait les Beatles.

L’exemple de Star Wars VII est criant pour moi. On peut le classer dans la culture de masse. En effet, on sent dans la réalisation de J. J. Abrams que tout a été fait en fonction de l’attente du public, et sous le pression de celui-ci. En résulte un film policé, très attendu, qui reprend la totalité des arcs narratifs de l’épisode IV et les épuise, ainsi qu’un fan service un peu grossier.

Debord : pour changer

Guy Debord était un artiste et un penseur qui vécut de 1931 à 1994. Il a mené une existence comme Albert Camus la concevait : par la lutte et la révolte. L’un de ses mots d’ordre était : « Ne travaillez jamais ! ».

Il est le fondateur de l’Internationale Situationniste, une organisation révolutionnaire qui souhaitait purement et simplement annihiler la société capitaliste issue de l’après-seconde guerre mondiale. Il l’appelle la Société du spectacle, l’un de ses livres clés. Sa rébellion n’était pas gratuite, il espérait pouvoir enclencher un changement.

L’un des piliers du situationnisme est la réappropriation de l’espace public. Les situationnistes la prônaient par le graffiti notamment, ou les performances artistiques.

L’héritage de Guy Debord se fait encore sentir aujourd’hui : la réappropriation de l’espace public, c’est l’un des termes qu’utilisent le plus les partisans de la Nuit Debout. L’enjeu est là : dans une société de plus en plus dépolitisé et où les citoyens n’ont pas l’impression de s’exprimer véritablement dans les urnes, occuper l’espace public comme Guy Debord aurait pu le faire peut apparaître comme une alternative.

Ici et maintenant !

Le monde de l’art est passé dans une autre dimension avec l’ère de la reproductibilité technique. La photographie est l’un des medium  les plus représentatifs de cette reproductibilité : elle permet de reproduire le regard indéfiniment. Nous pouvons grâce à elle potentiellement tout voir, toute les parcelles du globe nous sont accessibles, mais aussi et surtout toutes les œuvres d’art. La photographie en elle-même est un art reproductible, mais elle permet aussi de reproduire les autres arts.

Walter Benjamin en tirera les conséquences dans L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. Après avoir développé le concept d’aura dans Petite histoire de la photographie, il y introduit la notion d' »hic et nunc« . Cette locution latine veut dire « ici et maintenant ».  Le hic et nunc est ce qui est à l’origine de l’aura. A la base, une œuvre d’art est unique et visible en un seul lieu. Selon Benjamin c’est ce qui la rendait sacrée.

A l’ère de la photographie, du cinéma, et de nos jours d’internet, qui rend accessible un nombre d’images quasi infini depuis un simple smartphone, tout ce qui sacralisait l’art est parti à vau-l’eau. Une œuvre ne serait plus sacré, et, en extrapolant tout pourrait devenir œuvre d’art. Le pop art explorera cette problématique.

Mais cette vision me semble limitée. On retrouve de la sacralité dans certaines œuvres aujourd’hui. Le cinéma par exemple, recrée une forme de messe. Le film est disponible durant quelques semaines, parfois une seule pour des films rares. Surtout, il est diffusé à certaines heures. Nous sommes obligés de nous y rendre en même temps que le reste des spectateurs. Surtout, nous communions avec l’assemblée en étant tous présents au même moment devant l’écran, ici et maintenant. Il y a donc une forme de sacralité dans le fait de se rendre dans les salles noires.

La salle de cinéma, une nouvelle église ?

Une autre forme d’hic et nunc actuelle se retrouve avec les séries TV. Nous en avons peu conscience en Europe car la plupart des séries que nous regardons proviennent des Etats-Unis. Leur diffusion en prime-time a donc lieu à des heures très tardives en Europe, et nous regardons souvent les épisodes en différé. Mais aux Etats-Unis, la diffusion du nouvel épisode d’une série peut être un événement. C’est le cas pour Game of Thrones par exemple. On a là aussi une forme d’hic et nunc de par la volonté de découvrir l’épisode dès sa sortie, et de vivre le moment où l’intrigue va se dérouler au même moment que tout le monde,dans une forme de communion. L’épisode est en général un des sujets les plus commentés sur twitter dans le même temps. Enfin, il y a même des bars qui proposent des soirées Game of Thrones le soir de la diffusion de l’épisode ; on se rassemble alors comme au cinéma, ou comme pour regarder un match de football, tous au même endroit, au même moment.

Cachez ces penseurs que je ne saurais voir.

Le semestre qui vient de s’écouler fut marqué par un cours à l’intitulé mystérieux : nous devions y étudier les « modèles théoriques de la communication de masse ».

Marshall McLuhan, le canadien

Je repars de ce cours avec la découverte d’une grosse dizaine de penseurs dont je n’avais jamais entendu parler. Benjamin, McLuhan, Kracauer, Adorno, Marcuse (dont j’ai acheté et prévu de lire L’homme unidimensionnel), Baudrillard ou Lipovestsky me reviennent en tête au moment d’écrire ce billet.

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L’hyperréel, plus vrai que nature.

Au cours du XXème siècle, de nombreux philosophes ont tenté d’analyser la société de consommation alors en gestation. Parmi eux, Jean Baudrillard était l’un des plus radicaux. Toujours en rupture, il refusera par exemple de passer le concours de l’Ecole Normale Supérieure, pour lequel il s’était préparé, pour aller s’établir en tant agriculteur puis  maçon dans le sud de la France. Radical, il le fut dans toute son œuvre qui allait chercher dans le fond des choses jusqu’à l’épuisement du sens de celles-ci. C’est pourquoi il précisait que sa pensée visait à créer des modèles qu’il ne considérait pas comme vrais mais comme intéressants. Il y a donc une certaine provocation dans ses propos et ses concepts.

Il en est ainsi dans sa description d’une forme d’épuisement de sens de la Société du spectacle, selon le mot de Guy Debord, dans laquelle nous vivons. Baudrillard estimait que nous pouvions l’interpréter comme une hyperréalité. L’hyperréel, c’est un réel factice qui n’existe que par les signes et est donc vide de sens et d’essence.

Si Baudrillard estimait à l’époque que cette interprétation n’était qu’une provocation censée nous pousser à la réflexion, peut-être changerait-il d’avis de nos jours. En effet, nous avons, dans les dernières années écoulées, fait la connaissance de la réalité virtuelle. Elle apparait comme un synonyme du concept d’hyperréel. La réalité virtuelle désigne une technologie informatique qui reproduit un environnement virtuel à 360 degrés autour de l’utilisateur d’un casque spécialement conçu pour cette utilisation.

Comment cette technologie peut-elle être utilisée ?

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Le meilleur de Clermont, IMHO.

Si vous avez bien suivi, vous savez que ma classe revient du festival International de court-métrage de Clermont-Ferrand.

C’est donc l’occasion pour nous d’affirmer nos goûts et de vous faire découvrir des réalisateurs talentueux que nous avons eu le privilège de connaitre durant le festival.

Voilà donc une sélection de trois films que j’ai particulièrement appréciés. L’ordre ne signifie rien.

 

Jamais comme la première fois de Jonas Odell, Suède, 2005

Ce documentaire d’animation (!) propose d’illustrer, avec quatre identités visuelles très différentes, quatre témoignages de première fois (oui, nous parlons ici de sexe).

Quatre personnages, quatre histoires marquantes, car tour à tour touchantes, effrayantes, ou simplement belles. Visuellement, le film est extrêmement réussi grâce à l’équipe d’animation composée de dix personnes. Le tout traite d’un thème forcément universel.

Il est visible sur Vimeo.

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Se faire un film – compte-rendu du Clermont Film Fest

Du 8 au 10 février notre classe de bachelor communication et création numérique a pu se rendre au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand.

C’était pour moi une première expérience dans un festival de cinéma, et je n’ai pas été déçu.

Cela a d’abord été l’occasion de passer trois journées à regarder des films, ce que l’on a rarement l’occasion de faire, et encore moins dans le cadre des cours. En moyenne, j’ai passé entre quatre et six heures dans les différents amphithéâtres et salle de cinéma mises à disposition du festival. Il y avait donc d’abord un plaisir cinématographique à y aller, et les sélections  comportaient en général au moins deux films que j’ai aimés. Rares sont les films que j’ai eu du mal à supporter -c’est l’avantage du court-métrage, qui excède rarement la demi-heure.

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