Archives pour la catégorie promo 2015-2016

Structurer un discours pour mieux insuffler ses idées

Je vais proposer dans ce billet l’analyse d’un discours à la lumière des six fonctions du langage de Roman Jakobson.

J’ai choisi le discours de Xavier Dolan lors de la remise du Prix du Jury du Festival de Cannes 2014, qu’il a remporté ex-aequo avec Jean-Luc Godard, pour Mommy.

Affiche Mommy

Voici le lien du discours.

Celui-ci commence à partir de la première minute.

Voici le découpage en fonctions linguistiques que j’ai réalisé :

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De Saussure et l’accent du ghetto

            Ferdinand De Saussure, fondateur suisse de la linguistique, et l’un des instigateur du structuralisme, définira trois concepts clés pour analyser notre manière de communiquer, du plus universel au plus individuel, et du plus nécessaire au plus contingent.

  • Le langage : c’est la fonction innée et universelle de l’Homme qui lui permet de communiquer. Le langage préexiste à toute forme de communication.
  • La langue : c’est l’émanation du langage propre à une communauté, la manière dont le langage va se manifester concrètement dans un large groupe d’individus. C’est un ensemble de règles qui s’acquiert, qui fait partie d’une culture.
  • La parole : c’est la manifestation individuelle de la langue, la manière dont une personne l’utilise. Selon cette définition, toutes les paroles sont donc uniques.

Pour des explications plus détaillées et illustrées d’exemples, cette vidéo d’une chaîne YouTube dédiée à la linguistique (!) peut vous aider.

Le but de ce billet sera d’analyser l’émergence de nouveaux argots dans les banlieues des villes américaines, à l’aide des trois concepts saussuriens déjà mentionnés.

Aux Etats-Unis, la manière de parler des jeunes de banlieue (souvent surnommés ghettos, un mot lourd de sens en Europe) est souvent nommée dans les média le “ghetto accent”, ou pire, le “black accent” (qui est alors une simplification dangereuse et clivante). Si vous souhaitez voir ce que peut donner cet « accent », vous pouvez regarder le série The Wire (Sur Ecoute en français). Voici un extrait qui illustre bien la manière dont ces jeunes utilisent l’anglais. Pas facile à comprendre pour un francophone !

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La langue dicte-t-elle le type d’humour d’un individu ?

Il est admis qu’il existe aujourd’hui entre 3000 et 7000 langues différentes. Cet écart s’explique par la difficulté qu’il y a à définir des frontières précises entre les langues, notamment au niveau des nombreux dialectes présents en ce monde.

Chacune de ces langues influent, selon moi, sur la façon de penser, étant donné que la façon de s’exprimer est différente d’une langue à l’autre. La question est maintenant de savoir qui de la langue ou de la culture (façon de pensée) est à l’origine de l’autre.

Ferdinand de Saussure, linguiste Russe, est reconnu comme étant le fondateur de la linguistique moderne sur des bases sémiologiques (étude de la langue et des signes).

Le but ultime de Saussure est de proposer une théorie cohérente du langage. Celle-ci doit être à même de saisir son objet avec la plus grande rigueur, et netteté, tout en distinguant phénomène linguistique et phénomène connexe. Cela amène Saussure à distinguer le langage des langues. C’est cette interaction entre les langues naturelles que je souhaite aborder, le langage en découlant pouvant être interprété de manière différente.calvin-langage2

Après deux années passées à étudier en Belgique en région flamande, je suis frappé par la difficulté, voir l’impossibilité, de m’exprimer de la même manière qu’en français. La traduction littérale d’une phrase d’une langue à l’autre induit une compréhension différente voir altérée par l’interlocuteur.

Les jeux de mots en français font souvent usage des syllabes, bien définie étant de racines latines voir grecques. Les langues germaniques, en revanche, sont moins propices aux jeux de mots. L’humour est d’avantage tourné vers le comique de situation. Dans une perspective sociolinguistique, de grands comiques flamand tel que Philippe Goebels, emploient un humour radicalement différent de ce qui se fait en France. Ce qui porte à rire seront plus sa manière de s’exprimer, lente et d’origine nasale, ainsi que ce dont il parlera.

Il se permet d’aborder des sujets indécents avec indifférence, la neutralité de sa voix ne permettant pas de distinguer s’il est sérieux, ou non ; l’instar de la langue française, elle-même monotone. L’humour de cet artiste serait sans doute mal compris ou interprété en France.

Le français est une langue pointilleuse, qui demande beaucoup de rigueur et d’efforts, ce qui explique son importance au siège de l’ONU. Le flamand en revanche, est une langue facilement abordable mais donc moins modulable. Par exemple, la description d’un coucher de soleil en français prendra une page pour quelques lignes en flamand.

Quelque part, le fond exprimé dans une langue est facilement traduisible par un dictionnaire, tandis que la forme, elle, sera quasiment impossible à retranscrire. Il est donc important de s’appuyer sur la culture, elle-même « dictionnaire » de cette forme.

Une fonction du langage de Jakobson par l’exemple.

Une fonction du langage de Jakobson par l’exemple.

Regardez cette vidéo avant de lire l’article  https://www.youtube.com/watch?v=YVwbxp1FyiE

Prenons les vidéos de Norman fait des vidéos. Les expressions que relève Norman sont des exemples illustratifs. Par exemple, il met en lumière la fonction phatique du langage qui est un moyen dans la vie de tous les jours de prolonger une conversation, même si on n’a rien à dire. Peu importe le contenu, l’essentiel c’est d’occuper le canal de communication, ne pas laisser de vide qui interromprait la conversation.

Ce que Norman illustre par le « tu dis des phrases mais t’a toujours rien dit ( 0 idées )« . Peu importe ce qu’on dit, l’essentiel c’est de prolonger la conversation. Ainsi Norman s’énerve sur les personnes qui utilisent les formules toutes faites comme « va savoir« , « c’est la vie« .

Ces formules sont vides de sens. Mais elles ont le mérite de prolonger une relation. D’autant plus précieuse, dans les rapports entre les personnes justement plus agées, et plus jeunes. Car ces formules sont universelles, et peuvent parler à tous, y compris les jeunes.

Cette fonction est commune, et ne renvoie pas forcément à l’art de la poésie. Mais plutôt à l’usage des mots qui « sonnent bien », et qui fait qu’on choisit plutôt un mot qu’un autre.

Illustration drôle par Norman : Lorsqu’on commente un film de cinéma, on dira : « oui c’était pas mal mais la fin était un peu longué« . Le terme de longueur ici semble normal, à propos. Le bon mot qui sonne bien. A la différence de ce terme, dans un autre contexte : un criminel qui sort de prison ne dira pas : « Je sors de taule, 20 ans, c’est un peu longué.

Zahia, une naïade en eaux troubles

 N.B. : Ce texte se veut une analyse du scandale Zahia à la manière dont Roland Barthes abordait les objets culturels dans ses Mythologies.

Quand Zahia apparait pour la première fois, c’est sous les traits de l’innocence. Guidé par des cils interminables, le spectateur du scandale découvre alors des yeux de biche, trop grands pour son petit visage, lui-même trop juvénile pour un corps trop féminin, comme fabriqué pour le désir. Or, la jeune fille est à peine majeure au moment où l’on découvre que de célèbres footballeurs auraient fait appel à ses services. Pire, elle aurait eu 16 ans à l’époque des faits.

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La sécurité routière et les fonctions du langage de Jakobson

J’ai choisi dans cet article dédié à Roman Jakobson de vous présenter les fonctions du langages appliquées à la prévention routière. Tout comme la publicité, la prévention utilisent ces fonctions, et, bien qu’elles soient toutes utilisées pour prévenir des dangers de la route, chacune a un rôle bien défini. Continuer la lecture de La sécurité routière et les fonctions du langage de Jakobson

La langue comme système

La langue comme système

Il existe environ 6000 langues dans le monde, chaque année entre 10 et 20 disparaissent. Une langue est un système de signes linguistiques, vocaux, graphiques ou gestuels, qui permet la communication entre les individus.

De quoi dépend le sens, la valeur, de nos mots quand nous parlons ?  Dans la langue, il n’existe que des différences, l’idée de matière phonique importe moins que les mots qui l’entourent. Le sens d’un mot dépend de l’ensemble du champs lexical auquel il appartient. Par exemple,  un mot peut être modifié sans que l’on touche à son sens ni son son, mais seulement en modifiant le terme voisin.

Les synonymes « aimer ou apprécier » n’existe que l’un à côté de l’autre. Apprécier s’enrichira de tout le contenu de aimer tant que aimer n’existera pas. Même, allons plus loin : chien désignera le loup tant que le mot loup n’existera pas. Le mot, donc, dépend du système.  Il n’y a pas de signe isolé.

Le mot veau en français, s’oppose à poulain éléphanteau, girafon ect, mais en anglais, il n’y a pas de mot spécifique pour désigner les petits de chaque espèce. La signification du mot calf est donc plus riche en anglais que celle que sa traduction française veau.

Si on ajoute des mots à une langue, on diminue d’autant la signification des autres.

 

Pourquoi Internet Explose ?

Internet est le média contemporain qui explose.

   Que ce soit les réseaux-sociaux, les plateformes de diffusion de vidéos, d’images, de musiques, ou les sites web, les créations de données numériques augmentent de manière exponentielle.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon un article tiré du blog du modérateur paru le 5 Janvier 2015, le temps global passé sur internet a été multiplié par 56 depuis 2000. En fait, chaque seconde, il existe 8 nouveaux utilisateurs, et chaque jour, 822 240 nouveaux sites internet sont mis en ligne.

Mais alors, que penser de tels flots d’informations ? Comment se fait-il que ce média connaisse une telle effervescence ?

Certes, les nouveaux moyens mis à dispositions afin de capter le réseau internet (les installations Wi-Fi, la 4G), et afin de l’utiliser (téléphones, tablettes, consoles de jeux) permettent une plus grande utilisation d’internet. C’est une approche matérielle qui permet de répondre à ce questionnement. Mais ne peut-on pas y répondre par le biais d’une étude sociale, d’un examen basé sur des comportements humains ?

Ferdinand De Saussure, reconnu comme le fondateur du structuralisme dans la linguistique, a opposé, dans l’un de ses concepts, la langue au langage, En effet, dans son Cours de linguistique générale, publié en 1916, il explique que la langue correspond à l’abstrait, à des règles de conventions employées dans nos systèmes oraux et écrits, alors qu’en revanche, le langage, correspond à un phénomène individuel, à un acte de langage qui permet d’interagir avec d’autres individus.

Selon lui, la langue est le support complexe qui permet l’utilisation du langage, de la parole. Ainsi sans la langue, il n’y aurait pas de langage, car lorsque l’on parle, on utilise des lois et des règles propres à celle-ci.

Mais quand-est-il d’internet ? Comment relier les observations de De Saussure à notre situation contemporaine ?

En fait, peut-être qu’internet connait son essor car ses utilisateurs connaissent mal sa langue mais pratique bien son langage…

En effet, cette métaphore est révélatrice : si la langue correspond au support informatique, très complexe, que seuls les informaticiens connaissent, et si le langage correspond aux échanges que connaissent les utilisateurs du web, alors nous comprenons qu’à l’échelle d’un individu, le langage peut ainsi être employé sans la connaissance de la langue.

De nos jours, les utilisateurs d’internet sont très peu nombreux à comprendre le langage de programmation d’internet, à assimiler le fonctionnement de ses plateformes virtuelles. En revanche, ils sont très nombreux à être implantés dans des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat) et sur des plateformes du web (Youtube, Dailymotion, Viméo, Deezer), à s’envoyer des quantités d’informations numériques.

En conséquence, Internet connait donc un tel essor grâce à sa facilité d’utilisation, grâce à son côté pratique : se doute-on lorsque que l’on publie une vidéo sur Youtube, que des tas de commandes numériques s’activent dans un système complexe basé autour d’une simple adresse IP ?

Cela dépasse l’entendement, même celui des informaticiens qualifiés, tant internet est un média novateur qui, par sa densité, semble dépasser le champ de vision de l’homme.

 

Sources et références :

De Saussure, F. (1916). Cours de linguistique générale. [Essai]. Paris : Payot.

(2015). Chiffres Internet – 2015. Dans Blog du Modérateur. Consulté le 12/11/2015 sur http://www.blogdumoderateur.com/chiffres-internet/

Photographie : La Matrice de Matrix.

Wachowsky, L. Wachowsky, A. (1999). Matrix. [Film]. Etats-Unis : Warner Bros, Village Roadshow Pictures, Silver Pictures.