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The Boss

Dans le cours de modèles théorique de communication de masse nous avons pu voir de nombreux auteurs. Il était intéressant de mettre en lien les théories des auteurs avec des phénomènes actuels. La plupart des auteurs partagent une certaine révulsion envers le capitalisme et la société actuelle. Leurs idées peuvent être proches  et parfois un peu difficiles à distinguer les unes des autres.

L’auteur qui m’a le plus marqué est Roland Barthes notamment avec La Chambre claire. J’ai trouvé sa réflexion très pertinente, notamment avec le terme de punctum. Si la photographie vous intéresse je ne peux que vous le recommander.

Sur ce, bonnes vacances!

Walter déterre la photographie

La photographie permet de prendre des clichés d’un moment figé et ainsi de capter presque à l’identique la réalité. D’abord utilisée à des fins sociales pour remplacer le portrait dans la peinture, elle deviendra ensuite une forme d’art à part entière mais aussi un moyen de communication de masse très privilégié.

Pourquoi la photographie serait-elle diffusée en masse ? Quels sont ces avantages ?

La question tombe sous le sens. Elle permet simplement de retranscrire la réalité et illustre donc visuellement directement des scènes importantes politiques ou sociales par exemple dont la masse, le peuple dans son hétérogénéité s’intéresse.

C’est l’un des sujets auquel s’intéresse Walter Benjamin dans Petite Histoire de la Photographie. Il s’interroge sur la réception de la photographie par rapport au public. L’auteur avant-gardiste philosophe et historien de l’art visualise l’importance que tiendra la photographie dans la société.

Dans un passage de son livre, à partir d’un cliché de la vie de tous les jours d’une jeune femme, il montre l’intérêt que prend la vie qui se cache derrière le moment figé éteint.

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« Mais la photographie nous confronte à quelque chose de nouveau et de singulier : dans cette marchande de poisson de Newhaven, qui baisse les yeux au sol avec une pudeur si nonchalante, si séduisante, il reste quelque chose qui ne se réduit pas au témoignage de l’art de Hill, quelque chose qu’on ne soumettra pas au silence, qui réclame insolemment le nom de celle qui a vécu là, mais aussi de celle qui est encore vraiment là et ne se laissera jamais complètement absorber dans l’“art. »  – Walter Benjamin

La photographie capture un instant présent net car instantané (avec la bonne vitesse d’obturation), seulement la vision qu’on en a est flou car on n’a pas réellement vécu la scène de la photographie. Il faut avoir la curiosité d’imaginer, de contextualiser la photographie pour qu’elle prenne son sens, c’est tout son intérêt et c’est ce qui en fait d’elle un médium très subtil. Une photographie touche ceux qui se lie à elle , ceux qui eux-même la touchent des yeux et de l’âme.

« Le spectateur ressent le besoin irrésistible de chercher dans une telle image la plus petite étincelle de hasard, d’ici et maintenant, grâce à quoi la réalité a pour ainsi dire brûlé de part en part le caractère d’image – le besoin de trouver l’endroit invisible où, dans l’apparence de cette minute depuis longtemps écoulée, niche aujourd’hui encore l’avenir, et si éloquemment que, regardant en arrière, nous pouvons le découvrir. » – Walter Benjamin

La photographie peut ainsi être utilisée par sa subtilité pour faire passer des messages. Et dès lors qu’elle sera industrialisée et rendu accessible au début du XXème siècle, c’est l’usage qui se fera d’elle, en tant que vecteur de diffusion d’idées et d’informations.

La photographie sera employée en pleine effervescence d’actualités amis aussi en tant qu’archive historique.

« Ce que la photographie reproduit à l’infini n’a lieu qu’une fois » – Roland Barthes

Le rapport au réel passé ; cette envie de montrer le passé véritable ; cela se retrouve dans le néo-réalisme italien au cinéma. Même si les scènes sont issues de la fiction, elles sont tournées dans l’idée de présenter le passé en état, d’adopté une position nouvelle réaliste entre scénario, réalité et documentaire.

Cela s’illustre merveilleusement bien dans cette scène de Stromboli de Rossellini où l’on assiste à une pêche au thon qui n’a pas grand intérêt par rapport à la trame de l’histoire mais qui retranscrit les usages et mœurs de l’époque en tant que trace historique.

https://www.youtube.com/watch?v=9897YVabeI8

On peut finalement se questionner sur le rapport du beau, de l’art et de l’utile, de l’information transmise au sein des photographies. Serait-ce plutôt le beau ou l’utile qui permit à la photographie d’être utilisée en tant que support dans la culture de masse ?

 

Sources et références :

Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Benjamin

Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9or%C3%A9alisme_(cin%C3%A9ma)

Benjamin, W. (1931). Petite Histoire de la Photographie. Die literarische Welt

Rossellini, R. (1950). Stromboli. Italie : Berit Film, RKO.

Frustration de l’indécision

Comme à votre fidèle habitude, l’ennui vous ronge en ce dimanche après midi, lorsque soudain le téléphone sonne… Votre meilleur ami vous propose une excellente idée permettant de briser cette pauvre vie monotone mélancolique ! Aller visiter le centre Pompidou; quel plaisir de pouvoir enfin découvrir des artistes connus, reconnus et farfelus, pour la première fois, de manière concrète et non dénaturée par l’amas de pixels de votre écran couvert de traces de doigts. A votre arrivée, l’architecture excentrique du centre vous invite à arpenter ses entrailles, que d’œuvres à découvrir ! Vous voilà confronté à cet ensemble d’œuvres qui vous interpellent et vous questionnent. Le mystérieux message de chaque création vous pousse à la réflexion. Tous ces messages vous abordent, mais que signifient-ils ? Soudain, une œuvre vous bouscule, quel toupet ce mamelon, vous vous apprêtez à le toucher (quel sans gêne vous êtes) quand vous apparait le sigle « prière de toucher » – Marcel Duchamp

Que faire face à cette description provocatrice, l’éthique du musée m’interdit tout contact mais le créateur de… cette chose m’y autorise. Est-ce une manière de me pousser à avoir des problèmes si je m’en approche ?

Roland Barthes, sémiologue français et critique littéraire, fut un des principaux animateurs concernant la sémiologie et le structuralisme. Il aborde non seulement le signifié/signifiant mais également le connoté/dénoté. Le connoté serait dans ce cas le sigle et le dénoté serait la représentation que l’on a de ce message et donc le processus intellectuel mis en place par l’Homme à la compréhension du message. C’est sur ce procédé que s’appuie l’œuvre de Marcel Duchamps, la frustration de l’incompréhension. Selon Barthes et ses travaux sur le structuralisme, cacher, masquer, interdire quelque pousse l’Homme à faire l’inverse, sans doute dans le but d’assouvir sa curiosité. Duchamp repense ici l’interdiction de toucher l’œuvre inhérente à tout musée.

 

 

Etre récompensé suffit-il pour devenir un artiste?

 

Afficher l'image d'origineBarthes est un critique littéraire et sémiologue français reconnu en France et à travers le monde. Il était activement impliqué dans le structuralisme et la sémiotique en France.

Barthes pensait que si un auteur était “consacré”, tous ses écrits devenaient automatiquement oeuvre, y compris les correspondances, croquis, brouillons ect… . Être consacré signifie que l’auteur à reçu un prix.

Le prix nobel de littérature par exemple récompense chaque année depuis 1901 un écrivain ayant rendu un grand service à l’humanité.

Pensez vous que chaque travail, croquis ou étude qu’un écrivain consacré peut devenir une oeuvre si il a été consacré?  Je pense que l’essai pour le quelle il a été récompensé est une oeuvre mais je doute que chaque croquis qu’il ai pu faire auparavant en soit aussi. Je ne pense pas qu’il suffit d’être récompensé une fois pour que tout ce que l’on fait soit une oeuvre. Il faudrait de nouveau prouver ses compétences et dans différents domaines.

Derrida face à Barthes

Jacques Derrida est un philosophe post-structuraliste français qui a entre autre été professeur à l’ENS ( Ecole Normale Supérieure). Il est également très connu aux Etats-Unis principalement pour sa théorie sur la décontraction mais également pour ses thèses sur la différance ou encore sur la phénoménologie. La déconstruction vise en effet à disséquer le texte pour trouver son sens caché, ce qui lui permet d’être intéressant en fin de compte.

Un texte n’est un texte que s’il cache au premier regard, au premier venu, la loi de sa composition et la règle de son jeu. Un texte reste d’ailleurs toujours imperceptible. »

Cette théorie a été de nombreuses fois remise en cause mais elle reste l’oeuvre centrale de Derrida. Déconstruire ce n’est pas détruit, au contraire, c’est analyser pour trouver l’essence même du texte.

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Le Mythe de Barthes

Roland Barthes se retournerait-il dans sa tombe en sachant que ses Mythologies connaissent toujours une certaine popularité ?

Est-il au courant qu’en essayant de déconstruire les plus grands mythes franchouillards il a réussi à imposer le sien ?

Roland Barthes, grand penseur du structuralisme et ayant beaucoup travaillé dans la sémiotique, c’est-à-dire dans l’étude des signes et de leur signification, écrit ses Mythologies dans l’objectif de démonter l’imagerie de la France des années 1950.

Paru en 1957, en un recueil d’une cinquantaine de petits essais, il s’attèle à la tâche de déceler les clichés éternels propres à la mystification mais en profite aussi pour les critiquer et pour critiquer ses auteurs.

Que ce soit le développement des franges romaines dans les péplums ou la dénaturalisation de la femme dans les strip-teases, il se montre acerbe dans ses réflexions et particulièrement chatouilleux.

Mais se douterait-il qu’après 58 ans de publication certains de ses mythes sont toujours popularisés et d’actualité, qu’on la presque plus oublié lui, le penseur sémiologue, qu’on s’est souvenu du critique intellectuel taquin ?

Finalement, le serpent s’est peut-être mangé la queue.

Peut-être faudrait-il que Barthes sorte de sa tombe afin qu’il puisse démystifier le seul mythe qui l’a dépassé dans son oeuvre : le sien.

 

Sources et références :

Barthes, R. (1957). Mythologies. [Essai]. Paris : Editions du Seuil.

Photographie : Barthes au travail.

« REVENIR À DES CIVILISATION ANALPHABÈTES ? »

     Nous vivons selon Roland Barthes dans une société de l’écriture.

     Elle est partout, tout autour de nous. L’écriture rassemble principalement le texte, l’art d’écrire, l’art de s’exprimer, mais de nos jours, il arrive de nous questionner sur la place de l’image. Et si elle remplaçait le texte ? Et si nous entrions de nouveau dans une ère de civilisations analphabètes ?

     Si ce terme parait dur, s’il est puissant et peut faire peur, il est pourtant compréhensible.

     Le texte peut sembler essentiel, dans tout ce qui nous entoure. Nous vivons dans une société de consommation, de publicité, de commerce, de communication où le message linguistique est essentiel, où faire passer l’information correctement anime la plupart des personnes de la planète.

     Il est légitime de se poser la question si le texte est important, si l’image ne se suffit pas à elle-même, ou le texte à l’inverse ? Il est parfois simpliste de se dire que que l’image apporte du sens au texte, mais est-ce que le texte peut apporter du sens à l’image ?

     Il existe une liaison forte entre le texte et l’image, on le découvre de plus en plus au fur et à mesure des années. Un texte peut être lu seul sans l’aide d’illustrations, mais cette pratique est plus courante quand il s’agit de l’art de l’écriture. Mais qu’en est-il des journaux, des publicités ? Il me semble important que dans ce genre de circonstances de transmissions de l’information une image illustre un titre, un slogan. Si elle n’est pas indispensable, elle sert beaucoup. Elle illustre, parfois l’image en dit plus que le titre, elle rajoute de la matière.

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     Mais elle ne doit pas totalement laisser de côté le texte. Ce dernier ne doit pas être négligé. Il fait toute la richesse de la langue, si l’image montre quelque chose qu’elle veut montrer, le texte comportera plus de nuances, il sera plus riche, plus audacieux.

     L’image ne peut pas se suffire à elle même tandis que le texte le peu, mais les deux sont complémentaires et on leur part de responsabilité.

     Si l’image existait seule, plus rien n’aurait autant d’intérêt, d’où l’expression de « civilisation analphabète ». La préhistoire regorge de trésor, de dessins permettant aux archéologues, aux historiens de proposer des hypothèses sur ce que c’était, il y a une part de mystère. Et même si le texte peut ne pas tout dire, les détails sont plus facilement retranscrits et analysables.

Tous des génies ? Barthes et le descriptif.

Sur la quatrième de couverture du roman 99 francs écrit par Frédéric Beigbeder, on peut lire qu’il a été calculé que « […] entre sa naissance et l’âge de 18 ans, toute personne était exposée en moyenne à 350 000 publicités. ». La facilité avec laquelle ces affiches, ces spots télés, ces annonces radios, sont comprises pourrait porter à croire que nos esprits sont vifs et alertes : qui pourrait interpréter et s’expliquer le message de centaines de publicités vues, entendues, perçues chaque jour ? Comment l’homme fait-il pour saisir l’entière exactitude d’autant d’information, d’une masse si conséquente de contenu imposé ?

Serions nous alors des génies ? Une génération programmée génétiquement pour accepter l’hyper-média, l’instantanéité de la connaissance ?

Et si, en fait, tout ce contenu était plus facile ? Cette facilité que l’on retrouve derrière le terme ami sur Facebook, l’absence de surface des accroches tel que « Enjoy Coca-Cola », ou « Fraîcheur de vivre, Hollywood Chewing-Gum »… Si toute information est prémâchée, parée à l’instantanée, alors il ne subsiste aucun génie, seulement l’automatisme.

Barthes appelle cette description très premier degré et univoque le descriptif. Et ce dernier, observé d’un œil lointain, pourrait bien être anxiogène tant il pense à notre place.

Le mythe au quotidien selon Roland Barthes

La couverture de Paris Match, la DS citroën, le catch, la publicité, le tourisme : notre vie quotidienne se nourrit de mythes.
Roland Barthes a joliment illustré les pages de nos tranches de vie, du quotidien, dans l’ouvrage « Mythologies ».citroen-ds-7773-1-P

Ce qui intéresse Roland Barthes, ce sont toujours les signes, et jamais la nature.
Ces signes que nous voyons dans notre réalité : de l’indice ( une trace de pas dans la neige ), l’icône ( la représentation ressemblante d’un objet ), le symbole.
De cette description de la réalité, dans la système des signes, Roland Barthes en formalise un niveau supérieur, celui du mythe.
Qui est une représentation des représentations de notre monde.
Roland Barthes s’emploie à prendre toutes les nouveautés, les moeurs de son époque, dans les années 1950.

Ses analyses de notre monde moderne ( ancré dans la mode, la publicité, la télévision .. ) sont jouissives, et se lisent, chapitre par chapitre comme une nouvelle histoire de notre monde de signes. Et de mythe.
Car derrière ses exemples, Roland Barthes formalise ensuite la notion de mythe.

« nous voguons sans cesse entre l’objet et sa démystification, impuissants à rendre sa totalité : car si nous pénétrons l’objet nous le libérons mais nous le détruisons ; et si nous lui laissons son poids, nous le respectons, mais nous le restituons encore mystifié ».

La selfieaddiction ou la perte de personnalité

Elu mot de l’année en 2013, selfie (ou égoportrait au Québec) est le fait de se prendre sois même en photo généralement avec son portable. Cette pratique a explosé depuis cette année là et des millions de selfies sont postés chaque jour sur des réseaux sociaux tels qu’Instagram, Snapchat, Facebook …Plus souvent utilisé par les jeunes, il fait l’objet de nombreuses critiques et s’est révélé plus meurtrier en 2015 que les requins.

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Roland Barthes (1915-1980), un sémiologue français, a, dans son livre La Chambre claire, fait une critique du portrait. Il évoque le fait que: lorsqu’on se sait pris en photo, notre image est faussée puisque nous posons. Le portrait n’est donc réaliste que lorsqu’il est pris furtivement, sans que la personne ne s’en rend compte. S’il avait connu le selfie, il l’aurait alors critiqué car nous sommes en effet conscient d’être pris en photo car nous en sommes à l’origine.  Le selfie est donc un lieu ou nous pouvons nous transformer à notre guise, nous mettre en scène et devenir qui l’on veut. Si cela peut être amusant cela peut aussi provoqué un certain mal être chez d’autres. En effet, surtout pour les jeunes filles, les photos parfaites des autres sur les réseaux sociaux sont facteurs de dévalorisation. Ces photos posées, figées, à un moment ou la personne semble sans défaut sont la plupart du temps peu ou pas représentatives.

Essena O’Neill se coupe des réseaux sociaux

Récemment, une jeune Australienne qui était une star sur Instagram (500 000 followers) a fermé ses comptes et a révélé les dessous de son compte. En plus d’être payée par des marques pour porter des vêtements qu’elle n’appréciait pas forcément, elle devait faire des dizaines de photos pour apparaitre comme elle l’entendait. Cela s’appuie bien les propos de Barthes, le fait que le portrait est une mise en scène où nous n’existons plus vraiment, nous inventons une nouvelle personne. Certaines personnes tombent dans l’excès et ont alors besoin d’exister à travers ces faux semblants, ces mises en scènes qui au contact du monde réel disparaissent et laissent un vide chez elles.  On retrouve dans le selfie ce en quoi Barthes nous mettait en garde : nous ne sommes plus nous mais l’image que les autres attendent de nousles selfies privent de la vie