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Les Temps Modernes

Le 24 septembre 1936, le réalisateur et acteur burlesque bien connu pour son rôle de Charlot, sort le film Les Temps Modernes, une grosse critique de la société moderne et de l’industrialisation.

Dans la scène d’exposition de ce film, Charlie Chaplin  joue le rôle d’un ouvrier d’une grande usine de production. On voit les autres ouvriers qui travaille de façon mécanique, Chaplin dénonce ici la déshumanisation et l’exploitation ouvrière par les grands patrons. On peut penser à la scène des boulons ou Charlot se retrouve subitement et machinalement à visser tout ce qu’il voit.

Ce film est une grosse critique de la société industrielle de l’entre deux guerres. En effet, Chaplin présente une société dominante industrielle composé du patronat et des hommes riches tandis que le peuple, les individus de cette société subissent l’influence et l’aliénation. Dans son film le travail est représenté comme aliénant.
On peut retrouver les idées d’Herbert Marcuse.
En effet le philosophe allemand va définir la société du travail comme aliénante en reprenant les pensées de Freud, Platon et Aristote. Pour exercer une domination sur une civilisation ou une société, il faut qu’elle soit réprimandée.

Cependant Marcuse va élaborer un postulat nouveau.  La notion de productivité est abandonnée car elle parait inhumaine (il faut une satisfaction intégrale des besoins  qui pousse l’Homme à avancer).
Dans son film visionnaire Chaplin satire le travail à la chaîne et les conditions de vie de la majorité de la population occidentale pendant la Grande dépression.

La légitimité de la singularité

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Charlie Chaplin, dans Les Temps modernes, livre une interprétation qui va à l’encontre de la pensée de Walter Benjamin dans son ouvrage L’oeuvre d’art a l’heure de sa reproductibilité technique. En effet, en jouant et réalisant son film, il court-circuite « l’intervention d’un comité de spécialistes » dans son jeu d’acteur. Il contrôle la production de son film a plusieurs niveaux, il est conscient en tant qu’acteur des contraintes techniques reliées à la mise en scène, et il peut, en tant que réalisateur, penser la mise en scène en lien intime avec le jeu d’acteur. Cette maitrise lui permet placer l’humain au coeur de son oeuvre : la réalisation est mise au service du jeu d’acteur et surtout du personnage. Chaplin peut alors livrer une interprétation tout en maitrise et en distance, interprétation proche de celle d’un acteur de théâtre. L’oeuvre est certes reproductible, mais elle conserve son aura parce que l’acteur n’y est pas un accessoire.

Ainsi, Chaplin met la technique au service de son propos : ne pas nier la reproductibilité, l’industrialisation, mais en redonnant une légitimité à la singularité.