Archives pour l'étiquette De Saussure

Elephant, Hunger, Le Fils de Saul : vers un cinéma du signifiant

Une forme particulière de mise en scène est apparue, nous semble-t-il, au début des années 2000. Nous pensons à des films comme Elephant (Gus Van Sant, 2003), Hunger (Steve McQueen, 2008), et dernièrement Saul Fia, (Laszlo Nemes, 2015). Ces trois films ont des traits (des signes) communs dans la mise en scène : peu de dialogues, longs plans séquences, approche clinique de la violence, recours à des longues focales afin d’isoler le sujet de l’environnement dans lequel il évolue (excepté le personnage principal, tout est flou), espace clos (le lycée dans Elephant, la prison dans Hunger, le camp d’extermination dans Le Fils de Saul).

Ces films ont également une même ambition formelle : la description méticuleuse et objective d’une situation extrême dans laquelle est plongé un être humain (une fusillade dans un lycée aux Etats Unis, une grève de la faim dans une prison en Irlande, le travail dans un camp d’extermination en Pologne).

La focalisation sur le signifiant, selon la conception linguistique de Ferdinand De Saussure, nous paraît définir adéquatement le projet esthétique des films que nous venons d’évoquer. Focalisation sur le signifiant et évacuation du signifié. En effet, il nous apparaît que ces films, très formels, portent un intérêt tout particulier aux signes, aux détails formels, aux actions et à la manière dont sont exécutées ces actions. Le metteur en scène met ici un point d’honneur à filmer des actions non spectaculaires en temps réel : nous songeons à cet adolescent qui développe un film dans Elephant, au surveillant qui nettoie le couloir de la prison dans Hunger, au Sonderkommando qui déplace les cadavres dans Le Fils de Saul. C’est le geste, la forme, le signe, le signifiant qui intéressent ce genre de cinéma. Le sens, le signifié, le propos, et peut-être le point de vue, sont évacués, et cela d’une manière parfois préoccupante : devant la manifestation de la brutalité humaine, n’est-il pas lâche et tentant de préférer l’évidence des signes à la recherche complexe du sens ?

De Saussure et du n’importe quoi dans toute les langues

Ferdinand de Saussure (1857-1913) est un linguiste suisse qui a entre autre travaillé sur le signifiant et le signifié ainsi que que sur la sémiologie c’est a dire l’étude des signes en tant que science sociale. Dans cet article nous nous intéresserons plus précisément a ses travaux sur la distinction entre la parole, le langage et la langue. Continuer la lecture de De Saussure et du n’importe quoi dans toute les langues

LA LANGUE COMME SIGNE DU LANGAGE


      On écrit, on parle, on s’exprime, on écoute, on comprend : on communique.

Atelier-Ecriture

 

 

 

 

 

     L’art de la langue fait parti de nous depuis notre naissance. On se forme avant même d’apprendre à marcher en écoutant les bruits ambiants, on grandit avec la voix de nos parents, on évolue en apprenant des mots, on les assimile en construisant nos premières phrases, en découvrant l’écriture.

     Si pour tous, apprendre à parler s’acquiert de la même manière, selon les cultures, les langues divergent, se transforment au fil du temps, évoluent, font l’objet d’apprentissage de manière à les maîtriser. C’est ce qui fait la complexité du langage, sa richesse même. Cet art a attiré Ferdinand de Saussure, linguiste du XXème siècle qui s’est intéressé à cette question de construction du langage, en particulier la langue comme signe du langage.

     Langue et langage s’opposent. Si cette notion n’est pas innée, elle est pourtant facile à comprendre. En effet, la langue regroupe une culture qui va se retrouver entre-elle, qui se comprend et communique. Tandis que le langage, lui, a une institution commune à un groupe. Si la communication peut s’établir entre tous, les langues divergent et donc éloignent certaines cultures entre elles. Le langage est un système de signes qui a pour fonction de transmettre un message. Cette distinction peut être comprise lorsque la notion de signe et de signal est éclaircie.

     Les animaux communiquent sous forme de signaux. Leur instinct va leur permettre de se comprendre entre eux pour transmettre des informations, mais ces informations seront limitées.

6_Sn86WzZSb38IigpyETjAs3P-E

     Le signe, lui, est une intention volontaire, c’est un signal intentionnel. Prenons l’exemple de la langue des signes française (LSF) ; la personne sourd ou muet, à travers des signes va communiquer, va vouloir se faire comprendre. Il est dans l’incapacité de parler, et à travers un autre intermédiaire il va pouvoir discuter, dialoguer avec un autre sujet que lui même.

language-des-signes-pour-bbs

     C’est entre autre ce qui fait la richesse du langage. La langue est un signe du langage. Grâce à la langue, qu’elle soit verbale ou gestuelle, grâce aux signes intentionnels, les hommes parlent entre eux, communiquent et ainsi se transmettent des informations.

La sémiologie et la signification

« La sémiologie c’est la science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » selon Ferdinand de Saussure dans l’ouvrage « Cour de la linguistique générale de 1906 à 1911 ». Autrement dit c’est un système de signe destiné à la communication.

La sémiologie se trouve partout. Au cinéma par exemple, cette discipline est utilisée dans l’analyse de film. Cependant il ne faut pas se tenir à la définition de base car « la signification », objet même du cinéma, déborde le domaine du signe et de la communication. Cette discipline est encore jeune et elle doit à la linguistique autant ses notions que ses méthodes. Cependant la sémiologie cinématographique a des limites, et ces limites sont d’autant plus gênante qu’elles sont liées à « la signification » : perçue comme un des fondements même du cinéma.

Le sémiologue cinématographique le plus important est Christian Metz avec « Essais sur la signification au cinéma » dans lequel on peut trouver l’article « Trucage et cinéma » qui nous permet de saisir les racines linguistiques et les développements psychanalytiques au cinéma.

 

Voici une vidéo qui reprend cet article présenté par Marc Vernet :

Christian Metz, “Trucage et cinéma”, 1973… par forumdesimages

 

De Saussure : Du structuralisme à la sémiologie

Linguiste suisse, Ferdinand De Saussure est reconnu comme le fondateur d’un courant transdisciplinaire et majoritaire en sciences sociales : le structuralisme. Comme son nom l’indique, le structuralisme analyse ses objets d’études comme des structures, des systèmes, il s’intéresse davantage aux relations qu’ont les unités constituantes de cette structure qu’aux unités elles-mêmes.

De Saussure analyse la langue comme unité d’un système qui est le langage. Ce dernier est à entendre comme toute forme de communication humaine, qu’elle soit verbale ou non verbale. C’est à l’intérieur de la structure du langage que se trouve la langue, unité de signes permettant de communiquer verbalement tel que la langue française, anglaise ou arabe. Cette langue est mise en avant vis à vis de l’écriture par De Saussure dans sa structure du langage, en effet il estime que nous sommes davantage dans une société du parlé qu’une société de l’écrit.

ferdinand_de_saussure_3

De Saussure sera également un précurseur dans une discipline encore récente, la sémiologie. Dans une même logique structuraliste, la sémiologie est vu en tant qu’étude du système des signes. En effet, le langage que ce soient les langues, les écrits ou les images est remplis de signes interprétable qui apporte à la communication. Ces divers signes rassemblés forment un système dont on peut analyser la structure ainsi que les liens y existant.

Ainsi, nous pouvons voir l’importance de Ferdinand De Saussure pour les sciences sociales, il est à la fois à l’origine d’un grand courant de pensée, le structuralisme, et précurseur d’une nouvelle discipline, la sémiologie. Ces travaux influenceront nombre d’auteurs tels que Claude Lévi-Strauss, Michel Foucault ou Roland Barthes.

Le langage, un bien social

A la fin du XIXème nait une envie d’approfondir le savoir au sujet des vertus de la langue.


 

Comment pouvons nous communiquer sans support ?

Comment pouvons nous faire passer un message sans paroles ou gestes ?

 


 

Ce sont les questions abordées par Ferdinand de Saussure pour proposer ses cours de linguistique générale.  Pour lui la morphologie de la langue structure le langage, par catégories de mots (verbes, noms, adjectifs, etc …) régies par différentes formes de flexion (conjugaisons, déclinaisons), ceci permettant l’universalité de la langue et donc sa compréhension. À côté du langage oral, il y a aussi le langage visuel, une science des signes plus communément appelée la sémiologie, permettant d’étudier la vie des signes au sein de la vie sociale.

Le  langage, multiforme et hétéroclite, est lié au social, il est aussi personnel. L’un ne peut fonctionner sans l’autre. Il ne faut pas confondre le langage avec la langue, qui elle, est une convention attribuée à un groupe. Étant moins personnelle, elle prend part au social du langage : l’un à besoin de l’autre. Ferdinand montre à quel point la langue permet d’exprimer des idées par un système de signes.

L’art pour résister

Ferdinand de Saussure est le fondateur de la linguistique française. a beaucoup apporté à la linguistique contemporaine. Il tend à expliquer la différence entre le signifié (qui désigne le concept, la représentation mentale de la chose) et le signifiant ( qui désigne l’acoustique d’un mot) et qui pour lui sont indissociables. Notre perception des choses (nos signifiants) varie selon notre culture, notre éducation, notre personnalité, notre sensibilité.

Aujourd’hui, par l’intermédiaire des expositions, les artistes peuvent confronter leurs différents concepts, idées autour d’un même signifiant.


 

Dans l’exposition « Créer c’est résister » (actuellement à la bibliothèque municipale de Lyon et ce jusqu’au 9 Janvier 2016), les artistes, à travers différentes techniques plastiques, différents point de vue (idées personnelles, localisations géographiques) tendent à exprimer la manière dont les mots « créer » et « résister » résonnent en eux.

Continuer la lecture de L’art pour résister

La vidéo comme langue universelle

video-tv2-ss-1920

Si, de nos jours, parler « d’explosion d’Internet » me parait un peu inapproprié, car cette « explosion » a eu lieu il y a déjà des années, et qu’aujourd’hui cette plateforme est plus qu’ancrée dans notre société, nous pouvons tout de même revenir sur un des aspects de cette croissance incessante : celle des diffusions de vidéos.

En effet, parmi les différentes facettes du réseau mondial du web, celle des vidéos reflette plus que jamais le caractère universel de ce média. Internet, à travers ses différentes plateforme de visionnage en ligne (YouTube, Viméo, Dailymotion, Wat.tv, …) a permis une croissance exponentielle des visionnages de ces dernières, à titre de rappel : en 2015, 4 milliards de vidéos YouTube étaient regardées quotidiennement.

Cette croissance peut s’expliquer en appliquant les travaux de Ferdinand de Saussure à ces plateformes : si le langage est la capacité, propre à l’espèce humaine, de communiquer au moyen d’un système de signes vocaux et la langue est le langage utilisé par une communauté linguistique. Alors la vidéo est une langue universelle, faisant appel au langage de chacun. Certe, dans chaque vidéo, les personnages visibles s’expriment en une langue bien précise (le Français, l’Anglais, …) les images elles, sont universelles, et les mêmes pour tout le monde. De plus les plateformes de visionnage en ligne proposent d’ajouter des sous-titres pour chaque vidéo, afin d’élargir le public visé par chaque vidéo, comme pour le cinéma.

Ainsi, il semble logique que le média de la vidéo soit en constante croissance, en profitant de l’essor d’Internet, et étant un média universel, franchissant, au même titre que les images, la barrière de la langue, ce support semble avoir de beaux jours devant lui encore.

Pourquoi Internet Explose ?

Internet est le média contemporain qui explose.

   Que ce soit les réseaux-sociaux, les plateformes de diffusion de vidéos, d’images, de musiques, ou les sites web, les créations de données numériques augmentent de manière exponentielle.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon un article tiré du blog du modérateur paru le 5 Janvier 2015, le temps global passé sur internet a été multiplié par 56 depuis 2000. En fait, chaque seconde, il existe 8 nouveaux utilisateurs, et chaque jour, 822 240 nouveaux sites internet sont mis en ligne.

Mais alors, que penser de tels flots d’informations ? Comment se fait-il que ce média connaisse une telle effervescence ?

Certes, les nouveaux moyens mis à dispositions afin de capter le réseau internet (les installations Wi-Fi, la 4G), et afin de l’utiliser (téléphones, tablettes, consoles de jeux) permettent une plus grande utilisation d’internet. C’est une approche matérielle qui permet de répondre à ce questionnement. Mais ne peut-on pas y répondre par le biais d’une étude sociale, d’un examen basé sur des comportements humains ?

Ferdinand De Saussure, reconnu comme le fondateur du structuralisme dans la linguistique, a opposé, dans l’un de ses concepts, la langue au langage, En effet, dans son Cours de linguistique générale, publié en 1916, il explique que la langue correspond à l’abstrait, à des règles de conventions employées dans nos systèmes oraux et écrits, alors qu’en revanche, le langage, correspond à un phénomène individuel, à un acte de langage qui permet d’interagir avec d’autres individus.

Selon lui, la langue est le support complexe qui permet l’utilisation du langage, de la parole. Ainsi sans la langue, il n’y aurait pas de langage, car lorsque l’on parle, on utilise des lois et des règles propres à celle-ci.

Mais quand-est-il d’internet ? Comment relier les observations de De Saussure à notre situation contemporaine ?

En fait, peut-être qu’internet connait son essor car ses utilisateurs connaissent mal sa langue mais pratique bien son langage…

En effet, cette métaphore est révélatrice : si la langue correspond au support informatique, très complexe, que seuls les informaticiens connaissent, et si le langage correspond aux échanges que connaissent les utilisateurs du web, alors nous comprenons qu’à l’échelle d’un individu, le langage peut ainsi être employé sans la connaissance de la langue.

De nos jours, les utilisateurs d’internet sont très peu nombreux à comprendre le langage de programmation d’internet, à assimiler le fonctionnement de ses plateformes virtuelles. En revanche, ils sont très nombreux à être implantés dans des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat) et sur des plateformes du web (Youtube, Dailymotion, Viméo, Deezer), à s’envoyer des quantités d’informations numériques.

En conséquence, Internet connait donc un tel essor grâce à sa facilité d’utilisation, grâce à son côté pratique : se doute-on lorsque que l’on publie une vidéo sur Youtube, que des tas de commandes numériques s’activent dans un système complexe basé autour d’une simple adresse IP ?

Cela dépasse l’entendement, même celui des informaticiens qualifiés, tant internet est un média novateur qui, par sa densité, semble dépasser le champ de vision de l’homme.

 

Sources et références :

De Saussure, F. (1916). Cours de linguistique générale. [Essai]. Paris : Payot.

(2015). Chiffres Internet – 2015. Dans Blog du Modérateur. Consulté le 12/11/2015 sur http://www.blogdumoderateur.com/chiffres-internet/

Photographie : La Matrice de Matrix.

Wachowsky, L. Wachowsky, A. (1999). Matrix. [Film]. Etats-Unis : Warner Bros, Village Roadshow Pictures, Silver Pictures.