Archives pour l'étiquette edward scissorhands

Cinéma expressionniste, vecteur de pensées d’une société

Afin de mieux comprendre le lien entre le cinéma expressionniste et l’état de pensée d’une société, il est nécessaire de s’intéresser à Siegfried Kracauer.

Ce dernier était un journaliste, sociologue et critique de films allemand de confession juive. Il se réfugia aux Etats-Unis et  réfléchit sur la culture de masse par le prisme du cinéma.

Il écrit pendant les années 20 et publia en 1927, « L’ornement de la masse », un essais sur la modernité weimarienne. Ce dernier développe les même préoccupations que son ami W.Benjamin, influencé par le marxisme, la psychanalyse et l’industrie culturelle. Dans cet ouvrage, il réalise une réflection sur la culture de masse.

En 1947, il publie « De Caligari à Hitler, une histoire psychologique du film allemand« . Son constat est il qu’à partir des films de 1933 à 1937, il décelait les prédispositions psychologiques du nazisme à l’avenir au sein des films.

L’expressionnisme est un « courant » né d’un contexte d’après guerre et de révolution industrielle ou l’Homme moderne s’interroge sur sa condition et est emporté par ses angoisses existentielles. Il parait difficile de codifier ce style dans un courant puisqu’il s’intéresse d’avantage à l’état d’âme de l’artiste lorsqu’il pratique son art. Ce dernier adopte donc une posture très subjective.
Il vise aussi à créer une distorsion de la réalité, cela afin de produire une réaction émotionnelle forte et de faire ressentir ses propres angoisses, sa « Subjectivité » à son spectateur.

De plus, la vision pessimiste de l’époque par les artistes caractérise ce style. Cela se ressent fortement dans l’oeuvre de Franz Kafka avec notamment « métamorphose » une nouvelle allégorique traitant de l’incompréhension et du rejet de la différence, mais aussi de l’isolement social. L’expressionnisme a aussi été fortement influencé par la psychanalyse et les symboles. Nous pouvons rappeler que Sigmund Freud, père de la psychanalyse – science qui s’intéresse au déterminisme psychique et au rôle que joue l’inconscient sur le « moi » conscient – est contemporain de cette période et que les symboles ont un place importante dans ses théories.

Le contexte social des années 30 en Allemagne peut ainsi se refléter à travers le médium du cinéma et par le biais de l’expressionnisme. Ce nouvel exutoire permet à ce média de masse de satisfaire les foules et de faire véhiculer des idées dont l’identité nationale du pays. Les propos de Kracauer sont très intéressants puisque qu’un type de cinéma correspondrait à un contexte social, politique et économique en particuliers.

La réutilisation de certains codes (certains sont tout de même admis) permet de dénoncer ou faire la critique d’une société pourtant plus contemporaine. Tim Burton dans Edward scissorhands (1990) dénonce les préjugés et ragots rapidement colportés ainsi que le rejet de l’autre « différent ».

Ce dernier inspiré de l’expressionnisme, il reprend sont esthétique pour le personnage d’Edward (costume noir, teint blafard, gestuelle saccadée) et son château (gothique, délabré, poussière), une confusion s’opère entre le personnage et le décor traduisant l’état de pensée du personnage isolé et renfermé à l’image de sa maison. edward-aux-mains-d-argent A l’inverse, la ville est retranscrite par des tons pastels et doux (rose, bleu et jaune) et la population propre à ce lieu est superficielle, les rumeurs sont le mot d’ordre et le jugement de l’autre une des première occupation. Cette harmonie des couleurs donne un aspect terne et insignifiant à l’image de ces habitants. Tim Burton a ainsi joué avec les codes expressionnistes en diminuant les contrastes et en standardisant les gens et leurs vies sans intérêt. Ce contraste permet au réalisateur de faire la critique d’une société ainsi qu’un ode à la tolérance.