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êtes vous consommateur ou auditeur ?

Theodor W. Adorno est un philosophe, sociologue et compositeur allemand. Il écrit en 1944 avec Max Horkheimer  l’ouvrage La dialectique de la raison dans lequel ils vont briser les valeurs, les concepts dont la société occidentale a hérité depuis le siècle des lumières, pour comprendre si l’homme d’aujourd’hui est réellement libre dans la société actuelle. Pour eux la réponse est non, ils justifient ce constat pessimiste en évoquant la mystification (manipulation) des masses et l’uniformisation des contenus culturels. Ils soutiennent l’idée que l’industrie culturelle est au service du système capitaliste. Ce témoignage philosophique s’inscrit  parfaitement dans la théorie critique engagée par l’école de Francfort qu’ils ont eux même fondée.

Quand Adorno parle d’uniformisation de la culture, il explique que le l’Homme est emprisonné dans une expérience culturelle restreinte. Cela  empêche de se confronter à d’autres cultures variés, ce qui créer un appauvrissement de l’esthétique et de la  diversité  culturelle  et par conséquent une réduction de possibilité de changer d’horizon. Ce phénomène empêche le consommateur de  « devenir autre ».

En revanche la diversité culturelle offre une ouverture sensible au monde et aux autres. L’inverse crée une rationalisation des goûts, une norme dans laquelle tout peut être standardisé et calculé. Cette régression de la culture est étroitement lié à la valorisation économique.

On peut appliquer ce constat à l’industrie musicale. Elle s’inscrit dans une logique économique, l’auditeur qu’on peut finalement appeler consommateur est sollicité dans une écoute normalisée. Ce phénomène est bien évidemment lié à l’avènement des techniques de reproductibilité qui sont ici l’invention du disque et de la radio à l’époque d’Adorno. L’auditeur est de plus en plus soumis à une musique légère qui n’exige aucune concentration, on l’enferme dans une formalisation esthétique l’empêchant de voir ailleurs. Ce cercle vicieux ne se rompt pas tant que le consommateur n’en prend pas conscience.