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Aux origines de la prison

Charles Foucault publie en 1975 Surveiller et punir. Il est alors déjà un penseur influent et omniprésent du XXème siècle, et il s’attaque alors à ce sujet de pensée longtemps négligé. Par une analyse historique des derniers siècles, il va démontrer que la prison n’a, dans les faits, plus vraiment de rôle éducatif ou de réinsertion, et qu’elle est plutôt une manière pour la société de se venger du mal qu’on fait à certains de ses membres, en le faisant payer par un mal au moins aussi important.

Difficile de donner tort à ce livre, quarante ans plus tard. Aujourd’hui la prison comme on la connait en France ou aux Etats-Unis est devenu une preuve permanente de son propre échec : désargenté, l’Etat est incapable de fournir des conditions décentes et d’assurer l’ordre qui est censé y régner. De nos jours, la prison, au lieu de donner envie à des prisonniers repentis de changer de vie, va plutôt faire de la petite frappe un grand bandit, ou transformer un jeune illettré désœuvré en fanatique. Des exemples de réussite existent, notamment dans les pays nordiques, justement dans des systèmes carcéraux où la prison n’est pas un lieu de punition mais un lieu de retrait social qui encourage au changement : les prisons norvégiennes en sont l’exemple brillant.

Comment une société en arrive à créer des lieux comme les prisons ?
Lors d’un long débat en voiture avec des amis, nous avions parlé de prison. J’avais imaginé, pour démontrer mon point de vue, revenir aux origines de notre espèce.

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Où était-il ?

« Appartenant à la génération des intellectuels juifs contraints d’émigrer lors de la montée  du nazisme, Siegfried Kracauer aura vécu sa vie dans un exil permanent tant du point de vue théorique que géographique. »

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« Les figures de l’exil ou, du moins, celles de l’étrangeté, de la non-appartenance apparaissent dans l’œuvre de Kracauer dès les années 1920. » En effet, pendant les années 30, Siegfried Kracauer semble s’être tenu à l’écart des polémiques politiques et symboliques qui agitent les exilés, et ne pas avoir participé à la grande mobilisation anti-fasciste, dont Paris est à l’époque l’épicentre.

Ceci peut paraître étonnant, puisque Kracauer s’était beaucoup exposé au monde sous la République de Weimar et avait suscité des réactions violentes.

Plusieurs raisons peuvent expliquées cette absence.

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Tout d’abord, le sociologue avait encore de la famille proche en Allemagne -comme sa mère ou sa tante- dont il ne voulait pas mettre la vie en danger. De plus, les autorités françaises demandaient expressément aux exilés de ne pas s’engager contre leur pays d’origine. A cette époque, Kracauer souhait s’intégrer en France. Par ailleurs, on peut penser qu’il n’a pas été beaucoup sollicité. Enfin, il dit avoir eu lui même l’impression de subir la vengeance des victimes qu’il avait autrefois offensées. Il est dit que Kracauer a considéré son exil comme définitive, qu’il s’est installé dans cet exil, et n’a pas envisagé le retour dans une « bonne » Allemagne. Toutes ces raisons politiques expliquent en partie la discrétion politique du critique Kracauer dans les années trente.

Mais si Kracauer s’est si bien installé dans l’exil, c’est finalement que cette situation faisait écho à sa pensée intellectuelle : en effet, « Kracauer était existentiellement un exilé avant de connaître matériellement la situation de l’exil ».

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