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Quand l’Homme entretient une relation avec ce qu’il a créé

     De nouvelles formes artistiques, images de synthèse, dispositifs interactifs, multi et hypermédia, art en réseau, rejoignent les arts contemporains comme la photo, le cinéma, la vidéo ou même des spectacles vivants qui se transforment à leur contact. Edmond Couchot et Norbert Hillaire expliquent dans L’Art Numérique : Comment la technologie vient au monde de l’art  (2009), comment l’art peut se lier aux technologies, permettant des expériences plus que surprenantes et sensorielles pour le spectateur.

Depuis quelques années, avec les évolutions technologiques, nombreux sont les artistes qui commencent à mêler le multimédia à leurs spectacles. Le son, la lumière etc. : tous les moyens sont bons pour permettre une diversité sensorielle au spectateur. Et ça fonctionne : Couchot et Hillaire expliquent une représentation aquatique où les sens du spectateurs sont tellement touchés par une expérience inédite que le spectateur lui-même oublie que c’est grâce à toute une technologie qu’il vit une expérience comme celle-ci.

Ils évoquent, au court d’un extrait de L’Art Numérique, différentes expériences comme des danses entre une danseuse humaine et une danseuse virtuelle. Ce qui est intéressant, c’est que la danseuse réelle apprend les mouvements à celle virtuelle et les deux finissent par interagir concrètement et adaptent leur chorégraphie en fonction de l’autre, comme deux vraies danseuses en improvisation.

    L’interactivité est un principe dynamique sans fin qui pousse à obtenir de I’ordinateur des réponses de plus en plus subtiles et immédiates. En effet, cela pousse à une recherche constante de faire évoluer la machine. Des progrès énormes ont été faits quant à l’amélioration de l’autonomie de la machine : on évoquait l’intelligence artificielle, on parle maintenant de « connexionnisme ».

Nous sommes rentrés dans une ère où l’on peut toujours faire mieux technologiquement parlant : la recherche permet d’incroyables évolutions en très peu de temps (vous noterez, par exemple, la différence des téléphones cellulaires entre 2006 et 2016). Cependant, à force d’habituer l’Homme à avoir « toujours mieux », ne risque-t-il pas de considérer le corps humain comme obsolète ?

     Personnellement, je reste fascinée par ce que l’homme est capable de créer, tant au niveau de la technologie à proprement parler que de ce qu’elle est capable de produire avec (spectacles interactifs etc.). Cependant, je reste tout de même craintive face à toute cette euphorie. Je crains que le spectateur, si on l’habitue à voir des spectacles extraordinaires (à proprement parler), ne sache plus apprécier les oeuvres de l’humain seul et simplement.

Pourrons-nous toujours être stupéfaits par une ballerine dansant sur du Stravinski, sans espérer secrètement qu’intervienne un robot doté d’une intelligence particulièrement (trop) développée ?

Ressentirons-nous toujours des frissons quand nous entendrons un ténor monter dans les aigües, grâce à la seule force et technique de sa voix ?

Machines et humains en co-actions

Le numérique s’est rapidement immiscé dans l’art et en particulier dans les arts du spectacle. En effet, de nombreuses œuvres multimédias vont apparaître dans les années 90 avec l’avènement de l’informatique. Ces diverses œuvres, en plus d’être associées au numérique, étaient le plus souvent interactives. C’est à dire que le public contribue à l’œuvre d’art en elle-même en interagissant directement avec elle. Des informations sont envoyés à un ordinateur qui les analyses avant d’y répondre. Avec ces œuvres, la notion d’intelligence artificiel va apparaître dans l’art. L’ordinateur se rapproche alors encore plus de son créateur, l’humain. La question du rapport entre l’humain et la machine existe dans l’art depuis la révolution industrielle ainsi que la notion de modernité théorisé par Baudelaire. Avec l’ordinateur et l’intelligence artificielle, ce questionnement est encore plus poussé. Les œuvres présentées dans le texte allient l’humain et la machine dont l’interaction devient œuvre d’art. Des algorithmes sont créé pour recevoir des informations de la part des humains en fonction de leur corps, leur sens, leur position et même leurs émotions. La machine envoi alors une réponse aux humains qui peut lui même s’adapter à la machine par la suite, créant ainsi de l’interaction. La machine et l’humain deviennent alors co-auteurs de l’œuvre d’art. Derrière la machine se cache l’artiste et le public joue son rôle d’humain. La technologie vient s’immiscer dans des arts traditionnelles créant ainsi une hybridation, les arts numériques, quand même reliés aux médiums traditionnelles : peinture, photographie, vidéo, installation etc… Beaucoup de personnes voient la technologie de manière plutôt péjorative en insinuant que les machines nous déshumanisent. Ce n’est pas mon cas, la technologie fait partie du progrès et c’est ce qui fait avancer l’humanité, on ne peut pas l’arrêter ou c’est l’Histoire humaine que l’on stoppe. Ces machines supposément déshumanisantes sont fabriqués et possédés par d’autres êtres humains, c’est donc bel et bien la déshumanisation de l’Homme par l’Homme (et l’exploitation également mais c’est une autre histoire). Ce n’est pas l’arme qui tue mais la personne qui la tient, il en va de même pour la technologie, c’est l’utilisation qui en est faite qui peut être qualifié de bonne ou mauvaise, une machine n’a ni morale, ni éthique, ce n’est qu’une machine, c’est l’humain qui l’active qui lui donne ces notions. On peut trouver facilement des modèles d’humanisation des machines, comme les art numériques ou la musique électronique par exemple.