Archives pour l'étiquette individu

Ça ne fonctionnera que si ça vient de nous

Maintes et maintes techniques ont été testées dans le but de convaincre les masses d’une idée ou d’une autre: la force, la menace, la propagande. Peu importe, ça ne fonctionne pas. Ces moyens de persuasion effrayeront la population ; on remarquera donc un réel rapport de force. Mais la répression ne fonctionne pas, du moins, pas efficacement, ou seulement sur le court-terme.

Il faut faire mieux. Manuel Castells, professeur en sociologie, explique qu’il est plus judicieux de forger un esprit, plutôt que de le restreindre. C’est-à-dire, que toute pensée d’un individu doit sembler propre à celui-ci. S’il a l’impression qu’on lui a ‘bourré le crâne’, ses réelles positions seront toujours présentes dans son esprit et l’effet de persuasion désiré produira l’effet contraire.

Poussant cette théorie à l’extrême, Aldous Huxley écrit Le meilleur des mondes en 1932, un roman de science fiction montrant une société créée de toute pièce par un pouvoir dominant. En effet, dans ce livre est décrit comment ce pouvoir arrive à conditionner un esprit dès sa naissance, en lui inculquant des goûts, des désirs et des peurs par divers stratagèmes, sans que l’individu lui-même s’en rende compte. N’imaginant même pas que ces envies ne viennent originellement pas de lui, l’individu vivra heureux dans l’environnement dans lequel il réside. Et quoi de mieux qu’une société heureuse? Une société en accord avec elle-même ne se posera même pas la question d’un quelconque conditionnement.

Bien sûr, ce serait rabaisser l’Homme à l’état de simple animal de laboratoire que de penser qu’il est aussi facilement manipulable, sans oublier que ces dirigeants sont, eux aussi, des êtres humains. Cela relève d’une volonté, saine ou non, de pouvoir et d’emprise sur les autres.

Heureusement, tout cela relève de la fiction mais la mode est de plus en plus aux médias de masse individuels, notamment avec les technologies de communication (internet, téléphones mobiles etc.) et ses milliards d’utilisateurs quotidiens.

 

Est-on prisonnier de sa propre parole ?

Dans un précédent billet, De Saussure et l’accent du Ghetto, j’avais expliqué d’une part le concept de la parole, qui est la manière individuelle d’utiliser la langue, et d’autre part comment ce concept de parole pouvait être utilisée pour réduire l’importance d’une culture. Ainsi les media cherchaient à réduire le véritable langage développé par les jeunes de banlieue en en parlent comme d’un accent, concept qui se rattache à la parole et non au langage.

La pensée de Jacques Derrida peut nous aider à explorer cette piste de la parole comme expression individuelle du langage.

L’œuvre de Derrida a en partie consisté à déconstruire les grands textes de la pensée. Déconstruire ce n’est pas détruire, c’est décomposer le texte en lui-même, et surtout le procédé créatif latent de l’auteur. En effet selon Derrida personne ne peut se soustraire à sa propre subjectivité. Quoi que nous écrivions, nous le faisons toujours sous le joug de règles et de logiques que nous ne connaissons pas vraiment, dont nous ne sommes pas vraiment conscients.

« L’écrivain écrit dans une langue et dans une logique dont, par définition, son discours ne peut dominer absolument le système, les lois et la vie propres. Il ne s’en sert qu’en se laissant d’une certaine manière et jusqu’à un certain point gouverner par le système. »

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Marcuse et les Hippie

Herbert Marcusehippies

Les hippies étaient principalement des jeunes du « baby boom » d’après-guerre. Ces derniers souhaitaient s’opposer à certaines normes et valeurs de la société occidentale, en contestant et refusant l’ordre établi. C’est dans le but d’aller à l’encontre de la société de consommation, le système capitaliste et le conformisme, que les communautés hippies se sont formées, urbaines ou rurales, et vivaient ainsi en marge de la société. Marcuse définissait les hippies de rebelles politiques et sociaux. Il désapprouvait le comportement excentrique les rendant peu crédibles aux yeux de l’opinion publique. En revanche, il restait convaincu que certains hippies pouvaient créer une société meilleure. Selon lui, les valeurs qu’ils défendaient, et en lesquelles Marcuse croyait, s’opposaient nettement à celles de l’ordre établi. De plus, l’individu et la liberté avaient une place de choix dans le vocabulaire hippie, ce qui ne pouvait que le satisfaire.

Voici un extrait de son ouvrage : Herbert Marcuse, Raison et révolution, Paris, Éditions de Minuit, 1969