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Good morning Adorno !

Aujourd’hui nous allons parler musique puisque j’ai décidé de développer les idées originaires de Theodor W. Adorno qui s’est illustré comme étant un des membres de l’école de Francfort et par ses études en sociologie et philosophie. Compositeur et musicologue influent, il est proche des thèses traitant de l’industrie culturelle, du capitalisme et du rapport à la musique avec Freud.

Pour mieux imager ces propos j’ai choisis de mettre en parallèle le film Good Morning England réalisé par Richard Curtis en 2009.

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Selon Adorno, le cinéma et la radio feraient évoluer le cinéma de façon négative. Ces derniers deviendraient de simples outils de manipulation sociale dictés par une société capitaliste.

Dans Good Morning England, on suit les aventures in et hors antennes de plusieurs DJ britanniques à bord d’un bateau « radio pirate » . Ces bateaux émettant de la musique sur les eaux avaient pour but d’échapper au monopole de l’état répressif dans les années 60.

Pour Adorno, en standardisant nos modes de vies, on peut par conséquent standardiser et matérialiser des principes abstraits comme le bonheur. Le divertissement qu’on nous délivre aurait pour but l’asservissement. Cet esclavagisme par le plaisir illusoire ne sert qu’à alimenter la machine industrielle. S’opère alors une uniformisation des bien culturels dépendants de cette logique marchande capitaliste.

Dans le film, l’état peut prendre le rôle de la société capitaliste. Ce dernier s’oppose à cette diffusion musicale populaire « nouvelle » s’éloignant complètement de la vieille Angleterre traditionnelle incarné par Dormandy, le représentant de la Chambre des Communes et M. Troudebal son exécutant.

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Durant tout le film ils essaieront de réduire à néant toute diffusion de Radio Rock au pré du public britannique.

Pour Adorno, cet embrigadement de pensée conduit à une perte d’émancipation et une perte des libertés de l’individu qui est traité comme une masse. Cette vision rappelle l’image de l’Angleterre terne de la fin des années 50: « Angry Young Men », une génération de jeunes gens en colère et en rupture avec son temps. Ce besoin de renouveau sociétal s’est vu opérer avec la culture populaire des années 60.

2010-01-19_3Les personnages créés dans Good Morning England incarnent la nouvelle génération en contradiction avec la dernière. Leurs fortes personnalités souvent déjantés semblent guider et être les portes paroles de toute la nation.

Ce principe d’Adorno est tenu par la reproductibilité des oeuvres d’arts. Selon lui, les mêmes oeuvres répondraient aux mêmes besoins. Cela pourrait donc renseigner sur la reconnaissance d’un art lors de son temps. Selon une époque et ses besoins répondrait des oeuvres en adéquation similaires. Se pose ensuite la question de l’authenticité de l’oeuvre d’art et donc de sa valeur?

Il est intéressant de rapprocher les propos d’Adorno sur l’industrie culturelle avec son style musical de prédilection.

La musique et tout particulèrement le classique est un art à priori réservé à une certaine élite. Ce dernier, produit par et destiné pour une certaine classe, il n’est pas adressée à la masse ou au simple demandeur. Il semble difficile de reprocher l’accès de l’art à tous par le bais de l’industrialisation. L’art « unique » bien que originel ne peut satisfaire plusieurs personnes.

Avant l’ère de Marconi, la musique était consommée de manière collective mais pour un groupe physique précis (opéra, théâtre). Avec la démocratisation des médias, on bénéficie d’une consommation massive mais qui demeure de l’expérience individuelle. Les moyens pour apprendre sont aujourd’hui illimités grâce à internet. Ce médium apparait comme le salut face à des disparités sociales préexistantes.

Cette véritable source de connaissances nous standardise ou nous « formate » tous au même seuil d’égalité. L’utilisation que nous en faisons demeure pour moi, le seul motif face à notre asservissement.

 

Comparons David Guetta et Jeff Mills (oui…)

Walter Benjamin a un avis très critique et très tranché sur la massification de la culture par l’industrie capitaliste. En effet, il estime que l’industrie culturelle amène à un nivellement vers le bas de la culture par le capitalisme et dont les masses sont victimes. Pour cela il accuse la reproduction des œuvres d’art (tableaux, photos, films…) qu’induit le système de production de l’infrastructure capitaliste. Ce discours peut paraître extrémiste et est à resituer dans son époque (les années 30), l’auteur ne pouvant pas prendre en compte la révolution culturelle des années 60 et la révolution numérique du XXIème siècle qui atténue son propos. Je vais tenter de montrer la véracité de son discours en prenant pour exemple l’effet de la superstructure de l’industrie culturelle sur la musique électronique.

En effet lorsque le phénomène électronique explose dans les grandes villes européennes dans les années 90, le capitalisme va vite s’intéresser à cette nouvelle musique populaire et urbaine. L’industrie culturelle veut massifier au maximum ce mouvement pour en tirer un maximum de revenue. De cette tentative de récupération naîtra un schisme entre d’un côté une scène techno-house underground et de l’autre l’EDM (Electronic Dance Music) très mainstream. Il y a clairement un nivellement culturelle par le bas avec l’EDM (que je symboliserai par le DJ français David Guetta) contrairement à une techno beaucoup plus recherché (que je représenterai par le DJ américain Jeff Mills)

David Guetta

La reproduction à son paroxysme des œuvres de Monsieur Guetta (vente de CD, diffusion de clip ou téléchargement internet) crée une musique stéréotypé et sans prétention artistique. Le DJ français se sert de l’industrie culturelle et des médias de masse pour maximiser ses recettes au dépend de toute authenticité ou aura musicale comme en témoigne ses soirées/marques déposées Fuck me I’m famous. A l’inverse, Sir Mills a toujours refusé l’intrusion du capitalisme dans son art par exemple en mixant masquer dans son groupe Underground Resistance pour se détacher du star-system de l’industrie culturelle. Il propose également de véritables œuvres artistiques, par exemple en réalisant un live avec l’orchestre philharmonique de Montpellier. On voit ici clairement un nivellement par le bas de la culture des masses par l’industrie culturelle.

Les masses sont nullement responsable dans ce nivellement par le bas de la culture. L’infrastructure capitaliste en est la seule responsable, au nom du profit, elle se sert de sa superstructure culturelle et dénigre les masses en leur proposant des œuvres culturelles faibles alors que la scène underground n’a jamais été aussi fourni et populaire. En effet, ces dernières années la scène électronique underground connaît une popularité fulgurante et (pour le moment) sans travestir ces œuvres pour les rendre accessible au plus grand nombre. Ici, les masses montrent clairement au capitalisme qu’elles peuvent accéder à un certain niveau culturel, à l’opposée de ce que l’industrie culturelle leur propose, des œuvres pré-mâchées, sans originalité, faible et affaiblissante.