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L’ère de la reproduction sonore

Peu nombreux sont les français écoutant de la musique sans utiliser d’enceintes, restituant plus ou moins fidèlement de la musique. Il fut un temps où la musique n’était pas reproduite, et où la performance des artistes avait beaucoup plus d’importance et de valeur.

Walter Benjamin disait que la reproductibilité technique a pour conséquence la perte de l’aura, parce que la copie acquiert une autonomie vis-à-vis de l’original par le fait que l’œuvre est placée dans de nouveaux contextes, qu’il devient possible de changer de point de vue, d’opérer des grossissements. En plus la copie va vers l’observateur, devient accessible dans des situations nouvelles et est sortie de tout contexte historique et spatial. Ainsi l’œuvre devient un objet commercial.

Écouter de la musique classique par le biais du médium des écouteurs dans les transports en communs n’est-il pas déplacé ?
L’art musical n’est pas seulement audible il est également visible et dans une moindre mesure kinesthésique. Je pense qu’il est plus intéressant d’observer un musicien à l’œuvre pour s’imprégner de la passion, de l’émotion qu’il transmet à travers son instrument. Jouer d’un instrument à haut niveau est d’autre part une véritable prouesse physique. Les écouteurs seraient alors un moyen de secours, une simulation dégradé d’un art sonore. L’aura de l’œuvre est par ce biais réduite à néant.

Good morning Adorno !

Aujourd’hui nous allons parler musique puisque j’ai décidé de développer les idées originaires de Theodor W. Adorno qui s’est illustré comme étant un des membres de l’école de Francfort et par ses études en sociologie et philosophie. Compositeur et musicologue influent, il est proche des thèses traitant de l’industrie culturelle, du capitalisme et du rapport à la musique avec Freud.

Pour mieux imager ces propos j’ai choisis de mettre en parallèle le film Good Morning England réalisé par Richard Curtis en 2009.

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Selon Adorno, le cinéma et la radio feraient évoluer le cinéma de façon négative. Ces derniers deviendraient de simples outils de manipulation sociale dictés par une société capitaliste.

Dans Good Morning England, on suit les aventures in et hors antennes de plusieurs DJ britanniques à bord d’un bateau « radio pirate » . Ces bateaux émettant de la musique sur les eaux avaient pour but d’échapper au monopole de l’état répressif dans les années 60.

Pour Adorno, en standardisant nos modes de vies, on peut par conséquent standardiser et matérialiser des principes abstraits comme le bonheur. Le divertissement qu’on nous délivre aurait pour but l’asservissement. Cet esclavagisme par le plaisir illusoire ne sert qu’à alimenter la machine industrielle. S’opère alors une uniformisation des bien culturels dépendants de cette logique marchande capitaliste.

Dans le film, l’état peut prendre le rôle de la société capitaliste. Ce dernier s’oppose à cette diffusion musicale populaire « nouvelle » s’éloignant complètement de la vieille Angleterre traditionnelle incarné par Dormandy, le représentant de la Chambre des Communes et M. Troudebal son exécutant.

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Durant tout le film ils essaieront de réduire à néant toute diffusion de Radio Rock au pré du public britannique.

Pour Adorno, cet embrigadement de pensée conduit à une perte d’émancipation et une perte des libertés de l’individu qui est traité comme une masse. Cette vision rappelle l’image de l’Angleterre terne de la fin des années 50: « Angry Young Men », une génération de jeunes gens en colère et en rupture avec son temps. Ce besoin de renouveau sociétal s’est vu opérer avec la culture populaire des années 60.

2010-01-19_3Les personnages créés dans Good Morning England incarnent la nouvelle génération en contradiction avec la dernière. Leurs fortes personnalités souvent déjantés semblent guider et être les portes paroles de toute la nation.

Ce principe d’Adorno est tenu par la reproductibilité des oeuvres d’arts. Selon lui, les mêmes oeuvres répondraient aux mêmes besoins. Cela pourrait donc renseigner sur la reconnaissance d’un art lors de son temps. Selon une époque et ses besoins répondrait des oeuvres en adéquation similaires. Se pose ensuite la question de l’authenticité de l’oeuvre d’art et donc de sa valeur?

Il est intéressant de rapprocher les propos d’Adorno sur l’industrie culturelle avec son style musical de prédilection.

La musique et tout particulèrement le classique est un art à priori réservé à une certaine élite. Ce dernier, produit par et destiné pour une certaine classe, il n’est pas adressée à la masse ou au simple demandeur. Il semble difficile de reprocher l’accès de l’art à tous par le bais de l’industrialisation. L’art « unique » bien que originel ne peut satisfaire plusieurs personnes.

Avant l’ère de Marconi, la musique était consommée de manière collective mais pour un groupe physique précis (opéra, théâtre). Avec la démocratisation des médias, on bénéficie d’une consommation massive mais qui demeure de l’expérience individuelle. Les moyens pour apprendre sont aujourd’hui illimités grâce à internet. Ce médium apparait comme le salut face à des disparités sociales préexistantes.

Cette véritable source de connaissances nous standardise ou nous « formate » tous au même seuil d’égalité. L’utilisation que nous en faisons demeure pour moi, le seul motif face à notre asservissement.

 

La musique que vous écoutez n’est pas originale

J’ose imaginer que vous avez, vous, lecteur, un quelconque moyen d’écouter de la musique, les exemples sont multiples : tourne-disque vinyl, radio, CD audio, MP3, ordinateur, smartphone, …
Les morceaux que vous écoutez, vous les connaissez par coeur, vous vous les êtes appropriés, pour vous, vous écoutez ces musiques tels quelles ont été crées, originellement. Et bien laissez moi vous dire que vous vous trompez. En effet, ce ne sont que des reproduction de ces dernières, sous la forme d’un enregistrement, ce qui, laissez moi vous le rappeler, n’est apparu qu’avec l’ère moderne et les premiers enregistrements sonores datent de la deuxième moitié du XIXème siècle.

Ainsi, nous nous retrouvons face à des reproductions de ces oeuvres, car nous n’allons pas voir le concert original, et cela rejoint la pensée de Walter Benjamin, penseur allemand du XXème siècle. Pour lui la possibilité de reproduire une oeuvre conduit à des copies qui n’ont ni l’aura ni la portée des originaux. Ainsi, toujours dans le domaine de la musique, nous pouvons prendre l’exemple des reprises et autres covers et peut être exposé un cas ou la reproduction d’une oeuvre permet d’apporter quelque chose de plus à cette dernière…

Collection de disques d'or d'un studio d'enregistrement.
Collection de disques d’or d’un studio d’enregistrement.

The Man Who Sold the World (Nirvana), Hallelujah (Jeff Buckley), Feeling Good (Muse), Somewhere Over the Rainbow (Iz), All by Myself (Céline Dion), I Will Always Love You (Whitney Houston), Can’t Take my Eyes Off You (Gloria Gaylor), Knocking on Heaven’s Door (Guns’n Roses), la liste est encore longue de morceau dont tout le monde pense connaitre le créateur, mais n’en connaissent en réalité qu’un interprète. En effet, ces morceaux ont été composés respectivement par David Bowie, Leonard Cohen, Nina Simone, Judy Garland, Eric Carmen, Dolly Parton, Franki Valli et enfin Bob Dylan.

En effet tous ces morceaux ne sont que des reprises, devenues plus connues que les originales, la question de l’aura de l’oeuvre se pose alors, est-il possible que ces oeuvres apportent quelque chose de plus que les originales, ou tout du moins quelque chose de différent ?

Mon portrait sonore : Jean-Paul nous raconte…

Interviewer Jean-Paul fut une expérience tout à fait enrichissante. Apprendre comment un aveugle vit, aborde son existence, est acteur et non spectateur fut captivant. J’ai néanmoins dû prendre le son avec mon portable, faute de matériels  disponibles (5 enregistreurs pour 32 étudiants). Le montage fut une partie de plaisir : re-situer les faits, découper, recoller, construire et trouver une continuité dans les propos est quelque chose qui m’enthousiaste.

Jean-Paul est ouvert d’esprit. Il fut donc facile de parler, de poser des questions tout en étant à l’aise. Ayant préparé mes questions en amont, Jean-Paul, dans le goût de bien faire, apportait toujours plus de détails à ses propos. L’interviewer fut captivant. Je peux maintenant comprendre et imaginer la vie que mène les malvoyants et les aveugles, les besoins qu’ils éprouvent, les moyens auxquels ils ont recours. Par ailleurs, le fait de réaliser un portrait sonore met à l’aise l’interviewé. C’est en effet moins intrusif du fait qu’on ne mette pas de visage sur sa personne et son comportement. Ceci rend ainsi les propos plus sincères.

 

Certains s’attendaient à mieux mais j’avais en tête de réaliser mon portrait sonore tel qu’il est et j’en suis très contente. Il existe cependant certains points faibles : le paysage sonore n’est pas assez riche, il n’y a pas assez de souffle. Cependant, terminer sur l’interprétation de la bande son de Nino Rota du Parrain par l’originale est une idée qui m’a séduite. De par le fait qu’il se peut que certains n’aient pas vu le film, qu’ils comprennent donc qu’ils s’agit non d’une création de Jean-Paul mais bel et bien d’un thème déjà existant ; mais également par le fait de terminer sur une belle note.

Cependant, ce portrait sonore a le point fort de nous relater l’engouement d’un aveugle pour le cinéma, chose peu courante. Il se livre et explique son handicap. Il resterait à améliorer la manière d’angler les questions pour pouvoir exploiter à fond le potentiel. Mais il serait intéressant d’avoir le point de vue d’un aveugle pour un webdoc portant sur la ville dans laquelle il vit et où il reconnait les sons propres à cette dernière.

Mon portrait sonore: Geoffrey Turpin, compositeur à l’image

Rencontre avec Geoffrey Turpin, compositeur diplomé d’un Master de Musique Appliquée aux Arts Visuels. Enseignant en musique d’un côté, compositeur à l’image de l’autre, Geoffrey Turpin fait de la musique depuis maintenant 10 ans.

Je vais vous faire découvrir cette personne, son travail, ses projets et sa façon de percevoir la musique et de la composer.

Mon angle d’interview permettra de découvrir qui est cette personne au travers d’un portrait sonore basé sur trois points. A savoir, ce qu’il fait aujourd’hui au moment de l’interview, comment il en est arrivé à composé pour l’image et quels sont ses projets à venir.

Mr. Mojo Risin’, icône du mouvement hippie malgré lui

William John Thomas Mitchell est un théoricien états-unien né en 1942. Dans son essai Que veulent les images ? Une critique de la culture visuelle publié en 2005 aux Etats-Unis et en 2014 en France, le professeur d’histoire et de littérature développe l’idée du médium national. A savoir, un artiste qui, au sein de son œuvre, rend compte d’une culture ou d’une société à une certaine époque.

Cette idée de médium national est très intéressante, d’autant plus qu’un artiste ne cherche pas forcément à devenir un de ces médiums. Prenons l’exemple d’un certain poète maudit…

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La musique en tant que langue universelle

L’homme a su se créer un langage, c’est à dire, d’après Ferdinand de Saussure, un système de communication qui passe par des signes vocaux ou encore graphiques. Approprement dit, le langage est le propre de l’homme qu’il a su exploiter sous tous ses angles.

Du coup, si l’on définit la langue en tant qu’unité de langage, on peut affirmer que la musique est une langue universelle. En effet, bien que présentant des paroles de langues différentes, la musique a toujours eu pour faculté de rassembler les gens, mais aussi de faire passer des messages dans le monde entier. Si nous prenons pour exemple l’artiste Bob Marley, la musique devient une langue à part entière. En effet, celui-ci fait passer des messages de paix et de révolution dans le monde entier. Aujourd’hui il apparait pour certains comme un Dieu porteur d’une voix sainte.

De plus, une association prouve bien cette théorie. Son nom? Playing for Change. Elle est une organisation à but non lucratif destinée au développement d’écoles de musique à travers le monde entier. Sa particularité? Enregistrer des artistes du monde entier pour ensuite mixer toutes ces voix et instruments afin d’en faire un titre. Ces vidéos permettent alors de faire le lien entre les pays du monde entier, grâce à la musique. 

Cette organisation permet alors à chacun de s’unir pour une cause, malgré notre langue qui nous différencie, le langage, lui, est universel, et permet la création de liens et de mouvements diverses et variés.

La musique, un moyen de communication ?

En 1960 Roman Jakobson publie Essais de linguistique générale  dans lequel il présente un modèle linguistique pour définir six fonctions du langage. Le schéma de Jakobson permet d’étudier la dimension pratique du langage et donc de savoir comment le langage permet à l’homme de communiquer.

J’ai ici choisis d’appliquer une des fonctions du langage à un morceau de musique  électronique: Pachanga Boys – Time.téléchargement

Si vous avez la patience d’écouter ce morceau vous aurez l’occasion d’entendre « Lost track of time » qui signifie en français perde la notion du temps. Ces paroles nous renvoient évidemment à une des fonctions du langage qui est la fonction conative. L’émetteur qui est ici la musique, suggère à l’auditeur de modifier sa perception et donc à se contraindre à faire quelque chose.

J’aurais pu prendre une musique beaucoup plus dense en terme de parole pour illustrer mon exemple cependant j’ai choisis  ce morceau car selon moi cette phrase permet de décrire  à elle toute seule l’influence de ce morceau sur l’auditeur.

Cela nous renvoi à la sémiologie de l’image de Roland Barthes, ici le message linguistique « Lost track of time » sert de béquille à l’interprétation du morceau: le morceau en lui même suggère de perdre la notion du temps. (Constat purement personnel)

On constate alors  que le schéma de Jakobson  s’applique au nombreux domaines de la communication mais aussi au domaine musicale qui à première vu n’apparaît pas comme un moyen de communication.

Des effets néfastes de la culture sur un jeune homme naïf

C’est le dernier article, et pour finir j’aimerais penser les notions abordées par rapport à notre environnement et ses nouveaux déterminismes numériques qui ont accentuées certaines notions de évoquées de la communication de masse. Par exemple la consommation devient un critère majeur d’identification individuelle. Sur facebook, la personne se décrit à travers les livres, la musique, les films et les séries qu’elle consomme. La culture devient « à la fois le résultat et le projet du mode de vie existant », souligne Guy Debord. Nous devenons chacun nos propres entreprises culturelles individuelles, faisait son auto promotion et vouant son propre culte. Chacun gère son blog et son compte facebook pour devenir son propre capitaliste, en croyant devenir sa propre star, son propre héros mais surtout son propre unique fan.

Désormais, même le temps libre doit se soumettre à la logique marchande. La culture, les loisirs, les divertissements, le sport, la télévision participent à l’aliénation dans la vie quotidienne. Par exemple la promotion de la culture pop valorise la forme et les postures au détriment du contenu, le style prime sur la vraie réflexion. On attache plus d’importance aux vêtements, aux accessoires. Il suffit de regarder brièvement le top 50 des charts musicales,  ce sont des chansons superficiels, dénuées de toutes recherches ou complexités et qui se ressemblent beaucoup pour la plupart, qui sont les plus rentables. On ne recherche que l’efficacité.

On valorise aussi souvent  le postmodernisme et la pop culture qui se contentent de transgressions formelles, comme les films de Quentin Tarrantino qui adoptés par le plus grand nombre grâce à l’habile recette qui mêle référence, hyper-violence et dialogues léchées pour en faire des œuvres dites cultes. Mais en soi ses films sont devenu des objets complètement conformes au standards du capitalisme, il n’y a plus vraiment d’âme, ni de contenu profond dans ces films.

Le constat global que j’en tire est assez négatif,  jusqu’ici mais n’étant pas quelqu’un de fataliste  je désire finir cette année sur une note légère mais tout en réfléchissant sur la modifications de nos comportements par rapport au capitalisme et aux médias :

Un petite dédicace aux séances décibels

 

Bon qu’on se le dise, cela fait quand même plaisir d’écouter du son au cinéma.

Visualisez la chose, fermez les yeux. Installez vous confortablement dans votre siège. Le silence et le noir se font en même temps dans la salle et la un gros son bien grave vous fait rouvrir les yeux illico pour voir un sublime clip de Gesaffelstein ! Oui oui quand je vous disais que c’était intense.

Et bien sûr cela ne s’arrete pas la puisque par la suite s’enchaînent plusieurs clips aussi créatifs et intéressants les uns que les autres.

Allez un petit dernier pour la route qui vous permettra de vous échapper un petit peu !

CD.