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Debord : pour changer

Guy Debord était un artiste et un penseur qui vécut de 1931 à 1994. Il a mené une existence comme Albert Camus la concevait : par la lutte et la révolte. L’un de ses mots d’ordre était : « Ne travaillez jamais ! ».

Il est le fondateur de l’Internationale Situationniste, une organisation révolutionnaire qui souhaitait purement et simplement annihiler la société capitaliste issue de l’après-seconde guerre mondiale. Il l’appelle la Société du spectacle, l’un de ses livres clés. Sa rébellion n’était pas gratuite, il espérait pouvoir enclencher un changement.

L’un des piliers du situationnisme est la réappropriation de l’espace public. Les situationnistes la prônaient par le graffiti notamment, ou les performances artistiques.

L’héritage de Guy Debord se fait encore sentir aujourd’hui : la réappropriation de l’espace public, c’est l’un des termes qu’utilisent le plus les partisans de la Nuit Debout. L’enjeu est là : dans une société de plus en plus dépolitisé et où les citoyens n’ont pas l’impression de s’exprimer véritablement dans les urnes, occuper l’espace public comme Guy Debord aurait pu le faire peut apparaître comme une alternative.

Ecole de Francfort et Nuit Debout

Dans les années 30, des auteurs comme Théodore Adorno ou Marx Horkheimer ont adopté une philosophie et un mode de pensée radicale. Le pessimisme de leur époque (crise économique, misère sociale, montée du fascisme…) les a poussé à cette radicalisation et force est de constater que notre époque a tout de ce pessimisme des années 30. Après ce postulat, on peut donc se demander si une pensée comme celle de l’école de Francfort pourrait réémerger de nos jours.

Parce que si la colère gronde en France, elle a du mal à se structurer autour d’une pensée. Le meilleur exemple est le récent « Nuit debout ». Ce dernier est le résultat de l’éclatement d’une colère généralisée dont la loi travail a été l’allumette. Ce mouvement propose de libérer la parole et il est vrai que le peuple en a grandement besoin en ces temps peu démocratique. Mais les perspectives apparaissent floues, si ce n’est inexistantes.

En effet, le mouvement ne veut pas se structuré craignant de tomber dans les vices de la politique, mais il tombe ainsi dans les vices du gauchisme. Un certain immobilisme a atteint le mouvement, se contentant de discuter sans proposer de réel action commune en dehors de passer une nuit dans le froid sur une grande place parisienne. Il aurait pourtant pu analyser « Los Indignados » ou « Occupy Wall Street » pour deviner ce qu’il l’attend si il ne se structure pas davantage en avançant des propositions et des actions concrètes.

La réponse a mon questionnement est donc malheureusement « non ». Une pensée comme celle de l’école de Francfort aurait du mal à réapparaître de nos jours. La dépolitisation est tellement intense que le mot d’ordre est « discuter » et non « décider » ou « agir ». Parallèlement, on peut remarquer que les banlieues et les campagnes, pourtant les plus aptes à une colère, ne participent pas à ce mouvement, exclusivement urbain intra-muros. De là à dire que Nuit Debout est constitué principalement de bobos parisiens se contentant de gentiment discuter car ne ressentant pas l’urgence contrairement aux populations banlieusardes et rurales qui ont plus que besoin de propositions et d’actions concrètes clairement lisible… Non je n’oserais pas aller jusque là…