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L’esthétisation de la vie politique

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Walter Benjamin fait parti de ces grands penseurs allemands du XXème siècle. Ses principaux propos s’articulent autour de la question de l’authenticité notamment dans le monde de l’art ; « l’aspect fondamental de l’oeuvre d’art est son authenticité ». Cette notion est très importante à notre époque parce que la reproduction commence à prendre énormément de place pour diverses raisons (protection de l’oeuvre originale, fabrication massive d’objets tels que les films, les photographies, etc…). Mais Benjamin, toujours dans le domaine de l’art, a également écrit sur le sujet de l’esthétisation de la vie politique qui s’assimile à la propagande.

Au XXème siècle c’est le temps des grandes guerres. La seconde guerre mondiale prend place, le communisme s’installe, le nazisme, trois grands pays sont dominés par une dictature (Allemagne, URSS, Italie), trois personnages majeures s’occupent de ces pays : Hitler, Staline, Mussolini. Leurs idéologies sont controversées, contredites, ils doivent faire face à des pays en crises, à des peuples soumis qui tentent à se rebeller. L’un de leur principe est de communiquer, est de montrer que leurs idées politiques sont justes, valent la peine d’être écoutées, appliquées. Leur seul moyen est de tenter de mater le peuple ; c’est ainsi que la propagande atteint son apogée.

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Affiche de propagande soviŽtique reprŽsentant Staline devant la foule ˆ Moscou. Les manifestants brandissent les photos de Staline et LŽnine. 1949.

L’esthétisation de la vie politique : c’est ainsi qu’on l’appelle, c’est en utilisant l’art qu’on va tenter de communiquer dans un pays ; l’art cinématographique, l’art de l’affiche, l’art de la photographie etc…

Les dictateurs jouent sur des codes couleurs (rouge principalement comme nous pouvons le voir ci-dessus), ils se mettent en avant, majestueux, face ou guidant le peuple. L’art de la peinture et de l’imprimante est totalement maitrisé, l’affiche est belle, parle d’elle-même.

Y a-t-il donc un moyen de lutter contre cette esthétisation de la vie politique ? Une théorie est lancée : avec une politisation de l’esthétique ou de manière plus générale, de l’art.

« C’est des trucs qu’on se passe entre bardes ça ! »

Si je vous dit Kaamelott, nombreux d’entres vous penseront à la bande de bras cassés d’Alexandre Astier dans sa quête du fameux graal.
Dans l’épisode « Des Nouvelles du Monde » du livre 1, un barde partage la table du roi et offre ses services de musicien et de chanteur en échange de victuailles.
Piètre chanteur et encore moins bon musicien, le barde fait allusion aux chansons transmises entre artistes et autres conteurs, réadaptées ou imitées.

Voilà ou mon raisonnement, ma comparaison se poursuit.  Dans « La Poétique » du philosophe grec Aristote, celui-ci donne une définition de cet art poétique comme une imitation. Il entend par la que celle-ci, est le fruit d’une imitation, d’une imitation, d’un objet ou d’un instant présent de la Nature, une pâle copie de son essence (l’idée ou la forme). L’art en lui même est donc reproductible et de piètre valeur puisque très éloigné de la vérité.
Il reprend notamment le concept de mimesis développé par Platon  dans la République (arts de l’imitation, formes et littérature pour représenter le réel). Il fait allusion à Ion, un rhapsode, un artiste voyageant de ville en ville et contant des poèmes épiques écrits par d’autres aux populations.

Walter Benjamin, penseur et sociolgue allemand du vingtième siècle va de même s’appuyer sur la question de reproductibilité d’une oeuvre d’art et la notion d’aura. Il donne pour exemple l’observateur qui admire une chaîne de montagnes, la sensation qu’il ressentira à ce moment donné ne peut pas se reproduire. L’oeuvre d’art est donc le produit d’une sensation qui perd son aura propre.

Ainsi l’oeuvre devient un objet commercial. Le barde chante en fonction de l’argent qu’il pense gagner, à son propre profit.
De mon point de vue, je trouve ces idées limitées et contestables. L’oeuvre d’art dans sa définition se construit en idées et prend vie en forme grâce à l’action de l’homme, certes l’inspiration émane souvent de la Nature, mais la beauté de l’acte reste unique.
L’impressionnisme est un mouvement artistique du XIXème siècle que je trouve intéressant de confronter avec ces idées. Un renouveau veut se créer, s’éloignant de l’art moderne et académique, un renouveau de la peinture plus fluide, libre, qui se construit davantage sur des instants présents, des scènes de la Nature, des impressions fugitives.
L’art se renouvelle sans cesse dans ses techniques et avec les avancées technologiques, de nouvelles questions se posent. Notamment celle de la possibilité de peinture ou de graff en réalité virtuelle par exemple.

La notion de la copie d’une oeuvre d’art est certes petite dans l’exemple présenté plus haut. Mais l’idée de faire partager un épisode d’une série drôlement plaisante m’as prise d’avance sur un billet plus conventionnel ou un exemple plus marqué.
Et « Au roi Loth mort dans son lit ! »

http://streamay.com/series/kaamelott/saison-1/episode-7/des-nouvelles-du-monde

 

La Joconde, un bien culturel?

Walter Benjamin nait en 1982 à Berlin. Il est l’un des grands penseurs européens du XXIème siècle, spécialiste d’auteurs littéraires mais aussi grand connaisseur de la culture française. Il est l’un des premiers auteur à penser ce qu’est la modernité mais aussi les principes fondamentaux et les caractéristiques culturelles de notre société industrialisée.

Dans ses oeuvres, Benjamin cherche à questionner et à faire avancer la notion de l’oeuvre d’art et donc de création pour nous faire prendre conscience que dès les années 30, la notion d’oeuvre d’art à muté pour aller vers celle de « bien culturel ».

Il explique que ce qui caractérise l’oeuvre d’art est « l’authenticité », c’est à dire sont statut original d’oeuvre d’art. C’est à la fois un objet physique unique situé en un lieu (« hic ») et un temps (« nunc »), mais également un objet inscrit dans une culture spécifique reconnue et entretenue par cette dernière.

Du coup, la reproduction d’oeuvres d’art et donc ses conditions techniques  vont dévaluer son aura et « détacher l’objet reproduit du domaine de la tradition ».

Illustrons cela avec un exemple: La Joconde de Leonard de Vinci. Cette oeuvre est unique, elle n’est disponible qu’au Louvre à Paris et nulle part d’autre. De ce fait, l’aura de l’oeuvre reste alors intact et inscrit dans son époque. 

Malheureusement, la société d’aujourd’hui est devenue tellement consommatrice que cette oeuvre est reproduite pour être vendue à des milliers de personnes qui souhaitent pouvoir l’avoir chez eux. Le système de reproduction a alors détruit la notion d’aura et l’oeuvre d’art devient un objet de masse culture. Elle devient un bien culturel que toute personne peut avoir chez elle.

Cela nous amène à nous demander s’il reste des oeuvre d’art unique, et non reproduite? La culture de masse à-t-elle tout « détruit » sur son passage?

L’art doit « élever mais pas flatter » in Big Eyes de Tim Burton

« Big Eyes » de Tim Burton sort sur les écrans cette semaine. C’est une histoire vraie et étrange, notamment sur l’essence de l’oeuvre d’art. Nous pouvons ainsi rapprocher la réflexion de Tim Burton avec les théories de Walter Benjamin : « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique »

The First Grail by Margaret Keane, Courtesy Keane Eyes, San Francisco.

 

 

Les Keane ont un petit succès avec les « Big Eyes ». Cependant ils choisissent d’étendre leur réputation en faisant toutes sortes de copies qu’ils vendent de partout. Walter Benjamin explique que l’oeuvre d’art perd son « aura ». Dans le film plus la toile (ci-dessus) est promue et reproduite plus l’artiste se sent dépossédé et perdu. Les œuvres de Keane deviennent des divertissements. Les gens achètent les affiches, qui font la promotion de la galerie d’exposition, plutôt que de s’intéresser aux œuvres de Keane en elles-mêmes. Burton, comme Benjamin, partage les spectateurs entre critiques : « L’art doit élever mais pas flatter » ; et spectateurs soumis. Le succès des Keane est partiellement dû au fait de cette promotion à échelle industrielle (imprimerie, presse, télévision). Es-ce-que les Big Eyes de Keane sont encore des œuvres d’arts ? Walter Benjamin expliquerait que leur reproductibilité a provoqué la perte de leur « aura » et de leur « hic et nunc » : ici et maintenant.

W.Benjamin : « une bombe lancée sur le spectateur »

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Pour Benjamin, la « reproductibilité technique » est le concept clé d’une compréhension de l’art moderne. De la fonte des bronzes antiques à la lithographie, en passant par les diverses formes de gravures et l’imprimerie, l’histoire de l’art est jalonnée par le développement de la reproduction.

Mais, la modernité voit s’accomplir une double rupture : la lithographie fait entrer l’image dans l’actualité quotidienne des journaux et la photographie décharge la main de la tâche artistique au profit de « l’oeil fixé sur l’objectif ». La technique introduit à la fois une transformation de notre regard et un changement de notre rapport au temps. A l’éternité, elle substitue l’actualité, à la durée, l’instant ; le rythme accéléré de la reproduction des images, que le cinéma ne fait qu’amplifier, suit la cadence des paroles. Si l’image traditionnelle se caractérisait par l’unicité et la durée, la reproduction est fugacité et répétition.

Le phénomène de reproductibilité prend un double sens : les techniques de reproduction modifient la réception des oeuvres du passé, mais surtout les nouvelles techniques de production d’images et de sons s’imposent comme des formes nouvelles d’art : la photographie et le cinéma sont, si l’on peut dire, reproductibles par essence et non par accident. La technique entraîne à la fois la suppression de l’unicité de l’oeuvre d’art et la perte par l’individu de son unicité identifiable dans l’ère de la masse. La technique de la caméra rend possible la destruction de l’espace intérieur et de la faculté subjective de perception spatio-temporelle de l’individu.

La reproduction technique ruine l’idée même d’authenticité, c’est-à-dire l’ici et le maintenant de l’oeuvre, l’unicité de sa présence. Mais il faut souligner l’aspect récent d’une telle valeur que la science historique et les analyses physico-chimiques ont contribué à renforcer. Benjamin convient lui-même que, pour l’homme du Moyen Age, une vierge peinte ou sculptée n’est pas « authentique ». C’est le XIXe siècle qui inventera le culte de l’attribution. Mais la dévaluation de l’authenticité de l’oeuvre d’art est essentiellement l’effet d’une transformation du regard et de la réception.

Par de nouveaux procédés, angles de vues, agrandissements, ralentis, la technique de la caméra surpasse la vision naturelle et introduit un progrès de connaissance. La reproduction transporte l’oeuvre à domicile ; elle rapproche l’oeuvre du spectateur ; elle confère à l’oeuvre une actualité qui menace son pouvoir de témoignage historique et la détache du domaine de la tradition. La reproductibilité est la technique de l’âge des masses.