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Ici et maintenant !

Le monde de l’art est passé dans une autre dimension avec l’ère de la reproductibilité technique. La photographie est l’un des medium  les plus représentatifs de cette reproductibilité : elle permet de reproduire le regard indéfiniment. Nous pouvons grâce à elle potentiellement tout voir, toute les parcelles du globe nous sont accessibles, mais aussi et surtout toutes les œuvres d’art. La photographie en elle-même est un art reproductible, mais elle permet aussi de reproduire les autres arts.

Walter Benjamin en tirera les conséquences dans L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. Après avoir développé le concept d’aura dans Petite histoire de la photographie, il y introduit la notion d' »hic et nunc« . Cette locution latine veut dire « ici et maintenant ».  Le hic et nunc est ce qui est à l’origine de l’aura. A la base, une œuvre d’art est unique et visible en un seul lieu. Selon Benjamin c’est ce qui la rendait sacrée.

A l’ère de la photographie, du cinéma, et de nos jours d’internet, qui rend accessible un nombre d’images quasi infini depuis un simple smartphone, tout ce qui sacralisait l’art est parti à vau-l’eau. Une œuvre ne serait plus sacré, et, en extrapolant tout pourrait devenir œuvre d’art. Le pop art explorera cette problématique.

Mais cette vision me semble limitée. On retrouve de la sacralité dans certaines œuvres aujourd’hui. Le cinéma par exemple, recrée une forme de messe. Le film est disponible durant quelques semaines, parfois une seule pour des films rares. Surtout, il est diffusé à certaines heures. Nous sommes obligés de nous y rendre en même temps que le reste des spectateurs. Surtout, nous communions avec l’assemblée en étant tous présents au même moment devant l’écran, ici et maintenant. Il y a donc une forme de sacralité dans le fait de se rendre dans les salles noires.

La salle de cinéma, une nouvelle église ?

Une autre forme d’hic et nunc actuelle se retrouve avec les séries TV. Nous en avons peu conscience en Europe car la plupart des séries que nous regardons proviennent des Etats-Unis. Leur diffusion en prime-time a donc lieu à des heures très tardives en Europe, et nous regardons souvent les épisodes en différé. Mais aux Etats-Unis, la diffusion du nouvel épisode d’une série peut être un événement. C’est le cas pour Game of Thrones par exemple. On a là aussi une forme d’hic et nunc de par la volonté de découvrir l’épisode dès sa sortie, et de vivre le moment où l’intrigue va se dérouler au même moment que tout le monde,dans une forme de communion. L’épisode est en général un des sujets les plus commentés sur twitter dans le même temps. Enfin, il y a même des bars qui proposent des soirées Game of Thrones le soir de la diffusion de l’épisode ; on se rassemble alors comme au cinéma, ou comme pour regarder un match de football, tous au même endroit, au même moment.