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Le Spectacle de la Vie

Le scandale de la projection du film Traité de bave et d’éternité d’Isidore Isou au festival de Cannes (avril 1951) marque le jeune Debord et lui ouvre le champ de création qu’est le cinéma, le poussant à participer aux activités du mouvement lettriste, participation qui prendra fin en novembre 1952 à la suite d’un autre scandale, le « scandale Chaplin ».

Les « internationaux » lettristes incarnent une sorte de Saint-Germain des Prés souterrain, loin des projecteurs braqués sur le Tabou et Les Deux Magots, vivant de façon clandestine leur refus de la norme sociale dans un Paris de l’après-guerre.

Les urbanistes pour lequel ces lettristes se passionnent, y voyant le décor possible, à condition de l’étendre et de l’aménager, pour une future civilisation du jeu qui semble à même de se réaliser dans l’avenir.

Le bar Chez Moineau, rue du Four à Paris, devient leur quartier général. Plusieurs livres témoignent de cette période, notamment écrits, comme ceux de Jean-Michel Mensiondans Le Temps-gage ou de Patrick Straram dans Les bouteilles se couchent, ou de photos, comme celui du Hollandais Ed van der Elsken Love on the left bank. Debord.

« Le concept de dérive est indissolublement lié à la reconnaissance d’effets de nature psychogéographique, et à l’affirmation d’un comportement ludique-constructif, ce qui l’oppose en tous points aux notions classiques de voyage et de promenade. »

 

 

Sources et références :

Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Debord

Entretien avec Lucien Virag, comme un bilan sur les études médiatiques.

Certains élèves de la formation ont eu la chance de croiser Lucien Virag, penseur quasi-anonyme, mais unanimement reconnu comme un auteur révolutionnaire. Cet émigré Hongrois, qui réside aujourd’hui à Lyon, s’applique à déconstruire avec fougue cette ère de l’internet, du mass-média. Il fût l’auteur d’un livre prémonitoire, malheureusement très peu connu, L’Aube du Réseau, aux Éditions Ousia (1979), dans lequel il faisait état de l’obsolescence des études linguistique face à l’avènement d’un monde du texte sans la pensée.

J’ai pu obtenir un court échange avec lui, ce qui explique le retard dans la publication de cet article. Virag a pourtant l’habitude de se refuser à utiliser les réseaux sociaux, ou d’avoir une quelconque existence à travers un ordinateur, il s’agit donc d’un genre d’exclusivité, profitez en, chers lecteurs.

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Lucien Virag dans son appartement lyonnais, prenant une pause avec second degré.


Bonjour monsieur Virag, je suis étudiant en Communication et Création Numérique, à l’Institut Marc Perrot, et les auteurs de linguistique et de sémiologie sont au cœur du programme de ce premier semestre. Quelle réaction à cela ?

*rire* Eh oui, oui. Il est tout à fait normal et concevable que ces études soient nécessaire à un tel cursus, vous qui allez vous donné corps et âmes dans un travail numérique et, il faut bien le dire, de manipulation. Vous êtes sur le deuxième plan, celui où vous avez besoin d’avoir conscience de votre langage pour mieux le tourner, et lui donner. Votre public, qui n’a jamais étudié ces fonctionnements du langage, reste dans un plan premier, primaire, il se contente de l’outil qui lui ai proposé, ce qui le rend si malléable.

Ma réaction est que vous découvrez là un outil utile et dangereux ; la conscience de sa propre langue est, entre de mauvaises mains, un fléau.

Rassurez vous, j’étudie ça plus par ambition créative que par inspiration machiavélique. Dans votre livre, vous parlez d’un 3ème plan dans L’Aube du Réseau, décrivez le moi.

Vous savez ce qui est plus fort que la conscience du langage ?

Dites le moi.

La conscience des consciences du langage : vous savez que l’homme a réfléchi sur lui et sur ses outils essentiels, substantiels même. De ce constat, vous pouvez tirer une étude très poussée, des conclusions magistrales ! L’Homme théorise ses signes en utilisant ces mêmes signes… il se plonge dans une abysse terrible, terrible oui ! Si je claque des doigts *il le fait*, et que j’utilise un claquement de doigts pour décrire mon même geste, je circule, je tourne, autour d’un sujet sans jamais atteindre sa fondamentale. Je peux re-claquer avec une précision et une lenteur extrême de manière à ce que la technique du premier claquement, celui-ci naturel, soit totalement dévoilé. Celui qui m’a observé saura alors claqué des doigts avec contrôle et maîtrise. Mais saura t’il pourquoi il claque des doigts ? Non ! Aura t’il idée des raisons qui le pousse à utiliser le claquement de doigts à tel ou tel moment ? Non plus. C’est passionnant non ? Cette maîtrise de la technique, bloquée dans un circuit, sans jamais pouvoir sortir de la route.

Je pense commencer à comprendre… Être au troisième plan, c’est étudier les premiers et deuxièmes plans avec une vision d’ensemble, pour voir quels sont les finalités de ces études, et de ces usages ?

Précisément ! Les méta-sciences ont cela de beau qu’elles touchent à l’essence des essences. Et, comme il apparaît à la césure de l’atome, les découvertes libèrent une formidable quantité d’énergie, qui nourrit l’intellect et son cosmos. J’éprouve une jouissance intellectuelle extrême à chaque fois que je dévoile un nouveau pan de mes études, mais j’ai bien conscience que ma science n’attirera jamais ni les écoles ni les foules. Vous savez pourquoi, vous qui étudiez déjà le second plan ?

Je vous serais gré de me l’expliquer.

Parce qu’il y a un sentiment, qui est aussi une réalité, qui émane de l’étude du langage, au second plan… Connaître les mots, et leurs usages, les fonctionnements sémantiques, sémiologiques, … Tout cela confère au porteur du savoir un pouvoir immense, gargantuesque ! En comprenant comment une phrase est perçue dans une conversation, via le schéma de Jakobson, par exemple, vous pouvez orienter la rédaction de votre slogan, et lui donner un impact fou ! Le second plan et l’étude du premier, c’est l’assurance d’une puissance. Et l’Homme, l’élève, tout un chacun, vibre pour cette puissance, pour accéder à cette force de rédaction et de lecture. Quand on arrive à comprendre ce qui nous entoure, c’est à dire à le prendre en nous, on devient comme un héros dans notre propre livre. Mais on ne devient pas libre de ces signes, on en devient maître, mais nous sommes toujours rattachés à eux, de même que le maître n’est pas maître sans son esclave.

Le troisième plan n’assure pas la place du maître, il n’assure pas non plus l’existence de l’esclave. Non. Le troisième plan, ce que je propose dans tout mes écrits, c’est simplement l’assurance d’une jouissance dans la compréhension de l’autre, et de la volonté qu’il porte. C’est uniquement une recherche de liberté, et au vue du comportement des hommes ces derniers temps, la liberté n’est qu’une maigre valeur face à un pouvoir intransigeant sur le verbe.

Comment expliquez vous le lien que vous faites entre liberté et troisième plan ?

Et bien en fait c’est assez clair : vous avez la conscience du pouvoir, de qui le possède, qui le détient, il n’y a qu’à étudier les signes de connaissances, les symboles de force que sont les phrases et les théories. Qui connaît ces schémas, qui les applique, qui sait penser le verbe ? Si vous pouvez répondre à ces questions, c’est en adoptant le regard totalement extérieur du troisième plan. Et en ayant la connaissance de la location de ces pouvoirs érudits, vous créez en votre fort intérieur le choix de suivre ou non ces têtes pensantes. L’homme qui peut choisir son outillage est à la fois maître et esclave, et en même temps ni maître, ni esclave : il est son propre artisan, et sélectionne ce qu’il veut réellement.

Je vois, avec le troisième plan, en étudiant l’utilisation de la sémiologie, on peut voir les rouages. Mais dernière question : quel rapport avec le réseau ?

C’est une très belle question pour conclure… Et bien voyez-vous, j’ai fait un choix en utilisant ma place au troisième plan : j’ai lu maint et maint ouvrages sur ces réseaux sociaux et j’ai eu la liberté jouissive de les refuser, en voyant l’utilisation malhonnête qu’ils ont fait de leur connaissance des mots. Ils opèrent à une transformation abusive de l’ontologie même des termes qu’ils emploient : accueil, amis, tout ces éléments de vocabulaire perdent leur valeur. On peut clairement distinguer l’usage d’un simplisme que Barthes théorise, ils font une utilisation foncièrement mauvaise d’un outil, pourtant neutre, du second plan. Ils font ça au nez et à la barbe des usager, qui sont toujours au premier plan. Je n’impose pas ma vision, mais j’apprécie cette force que mon écriture, et que ce troisième plan m’offre : je peux faire le choix de refuser une vie numérique, car j’en vois les rouages, et croyez moi, ils sont très semblables à ceux d’un ascenseur qui plongerait follement vers les entrailles de la bêtise…

Voilà qui est peu rassurant. Merci pour cette entretien, monsieur Virag, et bonne continuation dans vos écrits !

Sexualité vendeuse

herbert-marcuseHerbert Marcuse (1898-1979) est un philosophe sociologue marxiste. Sa pensée est grandement inspirée de Marx et Freud. L’auteur se concentrera sur deux termes précis : repression et sur-répression. La repression est l’action d’exercer des contraintes graves, des violences sur un individu ou un groupe d’individus dans le but d’empêcher le développement d’un désordre. La sur-répression quand elle est le terme qui désigne le contrôle additionnel par-dessus ceux qui sont indispensables à toute association humaine civilisée.

Dans Eros et Civilisations (1955), Marcuse s’arrête sur de nouvelles formes de domination, et donc au rapport qu’à l’homme avec la sexualité. L’auteur clame que l’individu n’est pas libérerais qu’il est conditionné dans sa sexualité par la société. En effet, la sexualité est un très bon investissement de vente qui fait durer la domination. Dans la publicité télévisée Shweppes, Uma Thurman se sert de ses pouvoirs de séduction pour porter le spectateur à confusion et lui donner envie d’acheter la boisson. Dans le spot, l’actrice (à l’aise et confortable) domine le journaliste (crispé et inconfortable), dans ses propos comme dans sa posture. La publicité prend donc le dessus sur le consommateur, l’invitant à se soumettre au produit en lui donnant envie de l’acheter.

https://www.youtube.com/watch?v=qdrzsot_lYY

Petit pas pour l’homme, grand pas pour l’humanité

arrendtProfesseur de philosophie et non philosophe, telle se définissait Hannah Arendt (1906-1975). Honorée par plusieurs prix et notamment celui de l’université de Copenhague en 1975, l’auteur voit son oeuvre être récompensée pour sa contribution au développement de la civilisation européenne. Se focalisant sur la crise de la culture et de l’éducation, ainsi que l’avènement du mensonge en politique, elle publie en 1954 La crise de la culture, essai théorique politique dans lequel elle tente de clarifier les problèmes qu’elle avance sans pour autant y apporter de solutions abouties. Hannah Arendt s’intéresse notamment dan cet ouvrage à la conquête de l’espace, susceptible d’accroitre la dimension de l’homme.

L’homme est au summum de sa puissance lorsque en 1961, le programme Apollo permet aux premiers astronautes de poser le pied sur la Lune. L’événement est médiatisé au plus au point par les médias : la télévision diffuse les premiers pas de Neil Armstrong, des affiches de propagandes placardées aux murs en recouvre chaque parcelle de leur surface, des articles illustrés de photographies font la une des journaux.

 

CepenRTEmagicC_7069_herge-on-a-marche-sur-la-lune_txdam18770_9dd4e4dant, quinze ans avant les exploits spatiales de l’homme, Hergé envoyait déjà ses héros conquérir la Lune avec la parution de la bade dessinée On a marché sur la Lune (1954), album qui relate les péripétie du personnage Tintin. Rêve également pensé par Jules Verne dans De la Terre à la Lune (1865) ou Alexandre Ananoff dans LAéronautique (1950) ; cette prouesse représente pour beaucoup une motivation hors pair qui permettrait à l’homme d’accéder au rang des plus puissants. La conquête de l’espace contribue par conséquent à l’accroissement de la dimension de l’homme, consciemment comme inconsciemment.

La peur de l’idéologie : signe d’un manque d’idéologie ?

L’idéologie, un mot qui fait peur

Le sens actuel du mot idéologie est très négativement connoté, tantôt associé à l’extrémisme religieux, tantôt à des mouvances politiques discutées et discutables. Mais l’idéologie se résume-telle vraiment à une association d’idées dans un but précis ?

Cette aversion envers le terme d’idéologie pourrait être symptomatique du changement que connaît le champ politique de la société actuelle : la politique n’est maintenant portée que par des figures professionnelles affairées à l’administratif et au législatif uniquement. Le politicien est vu comme un outil intelligent, un moyen de faire tourner la boutique, plutôt que comme un défenseur d’idéaux, singulier et remarquable. Les figures intellectuelles ont pour la plupart déserté ce milieu. Si l’intellectuel et sont écrit, se désintéressent du milieu, c’est peut-être parce que l’idée devient trop politique. On rapproche une idée à un parti, à sa famille, sans l’analyser seule, unique, comme elle est. L’idéologie qui fait peur, c’est la marque de la peur des idées, qui deviennent propriété de groupes de personnes : penser, c’est appartenir à un groupe. C’est d’ailleurs de là que les partis politiques tirent leur force : il propose des ensembles d’idées auxquels s’identifier. Alors que faire, si l’idée appartient à des groupes distincts ? On s’attache à une mouvance, on adhère à priori à la totalité de ses idées, la nuance disparait, et on se retrouve volontiers rattaché à une certaine « idéologie », comme on se plait à dire aujourd’hui.

Mais le philosophe du XXème siècle Althusser dévoile un autre sens de l’idéologie, plus ancien, il s’agit pour lui de l’étude des idées dans leur forme, leur sens, leur nature et leur visée. On pourrait reprocher au système politique actuel son absence d’idéologie, soit d’étude des idéologies : on distingue plusieurs familles d’idées, et s’engager, c’est adhérer à ces idées, non les étudier. Hors, l’engagement pourrait se faire dans l’étude, et l’approbation, ou la désapprobation de certaines idées appartenant à une même mouvance.

Billy & Butler

Judith-ButlerJudith Butler est une philosophe féministe américaine, connue pour ses positions audacieuses. Ses raisonnements exprimés à travers des mots ardus mais soigneusement choisis empruntent parfois des sentiers inhabituels.

Dans son dernier livreVers la cohabitation: Judéité et critique du sionisme la philosophe précise la distinction entre le sexe (naturel, biologique) et le genre (social, construit) et enfin le désir (ou la sexualité).

La philosophe montre qu’il n’y a pas de lien nécessaire entre ces trois pôles : on peut-être femme au niveau biologique, mais s’inventer un genre d’homme et ressentir un désir homo, hétéro, bi ou même asexuel. Pour elle, si notre identité sexuelle est un rôle social, libre à nous de l’interpréter à notre guise. Continuer la lecture de Billy & Butler