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L’homme euphorique dans son malheur

phedre-cabanel

 

Dans son ouvrage L’homme unidimensionnel, Herbert Marcuse interprète la société capitaliste (la « société industrielle avancée ») comme une société totalitaire, dans le sens ou elle absorbe toutes formes d’opposition et ne laisse rien en dehors d’elle. Cette absorption créerait une société unidimensionnelle parce qu’elle ne permettrait pas à l’homme d’accéder à une existence autre que celle qu’on lui propose.
Marcuse donne pour exemple la large distribution des ouvrages classiques, qui certes permet leur accessibilité au plus grand nombre, mais leur ferait perdre leur singularité et leur force d’opposition.
Il est alors intéressant de s’intéresser à la réinterprétation de certains ouvrages classiques. J’ai choisi de prendre pour exemple L’amour de Phèdre de Sarah Kane. Dans cette pièce, Hippolyte est mis en scène comme un enfant gâté qui passe ses journées devant la télévision et n’a plus d’intérêt pour sa propre existence. On pourrait voir ici une critique des médias de masse et de la société industrielle avancée décrite par Marcuse. Cependant, il me semble que Sarah Kane nous invite à voir plus loin : ce malaise vient du personnage, pas de la télévision. Il est inhérent à la nature humaine, et le personnage d’Hippolyte qu’elle met en scène n’est pas différent de celui de Racine.
Il me semble que lorsque Marcuse qualifie d’ »euphorique dans son malheur » l’homme contemporain, il accuse la société industrielle avancée d’un comportement inhérent à la nature humaine. Il ne ferait que réitérer les tentatives de tous les artistes et auteurs avant lui : trouver une cause « aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair » (acte III scène 1,Hamlet, Shakespeare).

Il me semblerait plus juste d’accuser cette société de fournir une distraction qui lui permettrait d’être seulement d’être euphorique.