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L’aura de Jr

Jr artist est un artiste contemporain qui a fait disparaitre le musée du Louvre à Paris ce 29 mai. Il a créé une oeuvre sur la pyramide de l’entrée du musée qui permet par un trompe l’oeil de rendre la devanture du musée en noir et blanc :

On comprend ici qu’il s’agit de faire de l’art, pour l’art.

Mais peut-on vraiment parler d’Aura pour cet oeuvre ?

Ce terme utilisé par Walter Benjamin signifie la spécificté d’une oeuvre d’art à s’inscrire à un endroit précis dans l’histoire. Cependant, certes cette oeuvre d’art répond à ces critères, mais peut -on parler de sentiment ? Le sentiment que chaque personne ressentira en voyant cette oeuvre sera unique, mais il durera qu’un court instant et ne sera reproductible.

Cepedant, on constate la présence de l’aura sur cette photo :

Photo de Jr devant son oeuvre avec la foule

On le voit prendre un selfie avec la foule devant son oeuvre, et c’est à ce moment, unique dans le temps et dans l’espace, qu’on peut parler du terme de « l’aura », car cet instant ne peut pas être reproduit. De plus, cette photo ne peut pas être copiée, c’est l’originale qui ne peut rester qu’originale.

Et avant les perches, c’était comment ?

Marcuse est un pilosophe, sociologue marxiste. Américain il est né en Allemagne. Il est l’un des trois membres de l’école de Francfort.

Il pense que la société occidental contemporaine empêche de manière volontaire tout changement social car elle veut assurer la pérennité de sa logique capitaliste. La société crée de faux besoins en uniformisant les pensées et les modes de vie qui vont être véhiculé par la culture de masse. Ses besoins font marcher la machine économique capitaliste.  La pub et les phénomènes de sociétés vont pousser les consommateurs à acheter des services, des produits dont ils n’ont pas besoin.

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Je vais prendre l’exemple des perches à selfies. Ils en existent de toutes sortes (perches wifi, bluetueeth, à bouton télécommandé etc…)  alors qu’elles servent toutes exactement à la même chose. Se prendre en photo. Dans une société où la population est de plus en plus individualiste, où l’image de soi est primordial ce gadget a réussi à faire le tour du monde.

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Les Stars aussi s’y mettent, le selfie le plus célèbre est celui pris par Bradley Cooper pendant la cérémonie des Oscars.. Le mot selfie est même rentré dans le dictionnaire. Les compagnies ont profité de cette mode pour créer des perches. La population mondiale arrivaient à faire des selfies avant l’arriver des perches, alors pourquoi en acheter ?

La selfieaddiction ou la perte de personnalité

Elu mot de l’année en 2013, selfie (ou égoportrait au Québec) est le fait de se prendre sois même en photo généralement avec son portable. Cette pratique a explosé depuis cette année là et des millions de selfies sont postés chaque jour sur des réseaux sociaux tels qu’Instagram, Snapchat, Facebook …Plus souvent utilisé par les jeunes, il fait l’objet de nombreuses critiques et s’est révélé plus meurtrier en 2015 que les requins.

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Roland Barthes (1915-1980), un sémiologue français, a, dans son livre La Chambre claire, fait une critique du portrait. Il évoque le fait que: lorsqu’on se sait pris en photo, notre image est faussée puisque nous posons. Le portrait n’est donc réaliste que lorsqu’il est pris furtivement, sans que la personne ne s’en rend compte. S’il avait connu le selfie, il l’aurait alors critiqué car nous sommes en effet conscient d’être pris en photo car nous en sommes à l’origine.  Le selfie est donc un lieu ou nous pouvons nous transformer à notre guise, nous mettre en scène et devenir qui l’on veut. Si cela peut être amusant cela peut aussi provoqué un certain mal être chez d’autres. En effet, surtout pour les jeunes filles, les photos parfaites des autres sur les réseaux sociaux sont facteurs de dévalorisation. Ces photos posées, figées, à un moment ou la personne semble sans défaut sont la plupart du temps peu ou pas représentatives.

Essena O’Neill se coupe des réseaux sociaux

Récemment, une jeune Australienne qui était une star sur Instagram (500 000 followers) a fermé ses comptes et a révélé les dessous de son compte. En plus d’être payée par des marques pour porter des vêtements qu’elle n’appréciait pas forcément, elle devait faire des dizaines de photos pour apparaitre comme elle l’entendait. Cela s’appuie bien les propos de Barthes, le fait que le portrait est une mise en scène où nous n’existons plus vraiment, nous inventons une nouvelle personne. Certaines personnes tombent dans l’excès et ont alors besoin d’exister à travers ces faux semblants, ces mises en scènes qui au contact du monde réel disparaissent et laissent un vide chez elles.  On retrouve dans le selfie ce en quoi Barthes nous mettait en garde : nous ne sommes plus nous mais l’image que les autres attendent de nousles selfies privent de la vie