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La peur de l’idéologie : signe d’un manque d’idéologie ?

L’idéologie, un mot qui fait peur

Le sens actuel du mot idéologie est très négativement connoté, tantôt associé à l’extrémisme religieux, tantôt à des mouvances politiques discutées et discutables. Mais l’idéologie se résume-telle vraiment à une association d’idées dans un but précis ?

Cette aversion envers le terme d’idéologie pourrait être symptomatique du changement que connaît le champ politique de la société actuelle : la politique n’est maintenant portée que par des figures professionnelles affairées à l’administratif et au législatif uniquement. Le politicien est vu comme un outil intelligent, un moyen de faire tourner la boutique, plutôt que comme un défenseur d’idéaux, singulier et remarquable. Les figures intellectuelles ont pour la plupart déserté ce milieu. Si l’intellectuel et sont écrit, se désintéressent du milieu, c’est peut-être parce que l’idée devient trop politique. On rapproche une idée à un parti, à sa famille, sans l’analyser seule, unique, comme elle est. L’idéologie qui fait peur, c’est la marque de la peur des idées, qui deviennent propriété de groupes de personnes : penser, c’est appartenir à un groupe. C’est d’ailleurs de là que les partis politiques tirent leur force : il propose des ensembles d’idées auxquels s’identifier. Alors que faire, si l’idée appartient à des groupes distincts ? On s’attache à une mouvance, on adhère à priori à la totalité de ses idées, la nuance disparait, et on se retrouve volontiers rattaché à une certaine « idéologie », comme on se plait à dire aujourd’hui.

Mais le philosophe du XXème siècle Althusser dévoile un autre sens de l’idéologie, plus ancien, il s’agit pour lui de l’étude des idées dans leur forme, leur sens, leur nature et leur visée. On pourrait reprocher au système politique actuel son absence d’idéologie, soit d’étude des idéologies : on distingue plusieurs familles d’idées, et s’engager, c’est adhérer à ces idées, non les étudier. Hors, l’engagement pourrait se faire dans l’étude, et l’approbation, ou la désapprobation de certaines idées appartenant à une même mouvance.