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L’esthétique du scrolling

Siegfried Kracauer était convaincu que l’on pouvait comprendre une époque en étudiant les films qu’elle produit.

Notre époque semble être celle du tactile (cf. les analyses de McLuhan et Baudrillard sur notre époque digitale/tactile), et même celle du scrolling.

Le scrolling, c’est la pratique consistant à faire glisser sous ses doigts ce qui s’affiche sur un écran tactile.

Pour « faire glisser » quelque chose du bout des doigts, il faut que les surfaces en contact soient lisses, homogènes, évidentes, formatées. Le complexe, l’irrégulier, l’ambigu, ce qui ne se réduit pas à 1 et 0, ça glisse mal.

Les films d’Alejandro Inarritu, en particulier ses plus récents, Birdman et The Revenant, sont des produits parfaitement adaptés au scrolling : de longs plans-séquence portés par une steady-cam « glissante », une image sans défaut, un scénario limpide, une symbolique évidente…

The Revenant (Alejandro Gonzalez Inarritu, 2015)
The Revenant (Alejandro Gonzalez Inarritu, 2015)

« Les surfaces les plus lisses sont celles qui prennent le mieux la peinture… » écrivait Louis-Ferdinand Céline à propos des « peoples » de la télévision.

Cinéma expressionniste, vecteur de pensées d’une société

Afin de mieux comprendre le lien entre le cinéma expressionniste et l’état de pensée d’une société, il est nécessaire de s’intéresser à Siegfried Kracauer.

Ce dernier était un journaliste, sociologue et critique de films allemand de confession juive. Il se réfugia aux Etats-Unis et  réfléchit sur la culture de masse par le prisme du cinéma.

Il écrit pendant les années 20 et publia en 1927, « L’ornement de la masse », un essais sur la modernité weimarienne. Ce dernier développe les même préoccupations que son ami W.Benjamin, influencé par le marxisme, la psychanalyse et l’industrie culturelle. Dans cet ouvrage, il réalise une réflection sur la culture de masse.

En 1947, il publie « De Caligari à Hitler, une histoire psychologique du film allemand« . Son constat est il qu’à partir des films de 1933 à 1937, il décelait les prédispositions psychologiques du nazisme à l’avenir au sein des films.

L’expressionnisme est un « courant » né d’un contexte d’après guerre et de révolution industrielle ou l’Homme moderne s’interroge sur sa condition et est emporté par ses angoisses existentielles. Il parait difficile de codifier ce style dans un courant puisqu’il s’intéresse d’avantage à l’état d’âme de l’artiste lorsqu’il pratique son art. Ce dernier adopte donc une posture très subjective.
Il vise aussi à créer une distorsion de la réalité, cela afin de produire une réaction émotionnelle forte et de faire ressentir ses propres angoisses, sa « Subjectivité » à son spectateur.

De plus, la vision pessimiste de l’époque par les artistes caractérise ce style. Cela se ressent fortement dans l’oeuvre de Franz Kafka avec notamment « métamorphose » une nouvelle allégorique traitant de l’incompréhension et du rejet de la différence, mais aussi de l’isolement social. L’expressionnisme a aussi été fortement influencé par la psychanalyse et les symboles. Nous pouvons rappeler que Sigmund Freud, père de la psychanalyse – science qui s’intéresse au déterminisme psychique et au rôle que joue l’inconscient sur le « moi » conscient – est contemporain de cette période et que les symboles ont un place importante dans ses théories.

Le contexte social des années 30 en Allemagne peut ainsi se refléter à travers le médium du cinéma et par le biais de l’expressionnisme. Ce nouvel exutoire permet à ce média de masse de satisfaire les foules et de faire véhiculer des idées dont l’identité nationale du pays. Les propos de Kracauer sont très intéressants puisque qu’un type de cinéma correspondrait à un contexte social, politique et économique en particuliers.

La réutilisation de certains codes (certains sont tout de même admis) permet de dénoncer ou faire la critique d’une société pourtant plus contemporaine. Tim Burton dans Edward scissorhands (1990) dénonce les préjugés et ragots rapidement colportés ainsi que le rejet de l’autre « différent ».

Ce dernier inspiré de l’expressionnisme, il reprend sont esthétique pour le personnage d’Edward (costume noir, teint blafard, gestuelle saccadée) et son château (gothique, délabré, poussière), une confusion s’opère entre le personnage et le décor traduisant l’état de pensée du personnage isolé et renfermé à l’image de sa maison. edward-aux-mains-d-argent A l’inverse, la ville est retranscrite par des tons pastels et doux (rose, bleu et jaune) et la population propre à ce lieu est superficielle, les rumeurs sont le mot d’ordre et le jugement de l’autre une des première occupation. Cette harmonie des couleurs donne un aspect terne et insignifiant à l’image de ces habitants. Tim Burton a ainsi joué avec les codes expressionnistes en diminuant les contrastes et en standardisant les gens et leurs vies sans intérêt. Ce contraste permet au réalisateur de faire la critique d’une société ainsi qu’un ode à la tolérance.

Culture de masse et cinéma : Weimar / Iran

Siegfried Kracauer (De Caligari à Hitler, 1947) interprète le cinéma de la république de Weimar comme l’expression des attentes inconscientes de la société allemande. C’est-à-dire que les réalisateurs comme Fritz Lang ont essayé de faire ressortir de leur film la souffrance et la volonté de la population allemande.

Mais encore, aujourd’hui nous pouvons appliquer l’analyse de Kracauer sur le cinéma de Weimar au cinéma iranien. Prenons par exemple Asghar Farhadi né en Iran en 1972 à Isfahan. Son cinéma est dans la même ligné que celui de Fritz Lang.

Leur cinéma rend compte du problème des masses. Il est un média qui peut influencer la culture de masse. Voici le passage d’une interview de Farhadi consacré au Monde :

Depuis 2009, votre pays semble plongé dans une sorte de dépression…

Je ne dirais pas que l’Iran souffre d’une plus grande dépression que d’autres pays. Cependant, si je compare l’Iran d’aujourd’hui à celui d’il y a quelques années, il me semble que les Iraniens vont mal. Mais ils ne sont pas résignés. Il y a encore beaucoup de gens qui continuent de se battre dans l’espoir de jours meilleurs. Je n’aime pas ce cliché qui présente les Iraniens comme des gens désemparés et passifs, qui acceptent tout ce qu’on leur inflige. Ce que nous traversons aujourd’hui est un passage obligé. Mais toute cette énergie ne sera pas perdue.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2013/05/17/asghar-farhadi-je-veux-vivre-en-iran_3285983_766360.html#k6ZywEpCQRTmIoIe.99

 

C’est en partant des « manifestations discrètes de surface » qu’il devient selon lui possible de déterminer le « lieu qu’une époque occupe dans le processus historique » explique Kracauer. Peut-être que le cinéma de Farhadi est une manifestation discrète de surface…

 

 

 

Siegfried Kracauer

Re-bonjour !

Dans cet article nous parlerons de Siegfried Kracauer.

Siegfried Kracauer est un journaliste, sociologue et critique de films allemand.  Il est né à Francfort le 8 février 1889 et est mort le 26 novembre 1966 à New York à l’âge de 77 ans. AVT_Kracauer-Siegfried_2246

En 1947, il publie De Caligari à Hitler, une histoire de psychologie allemande.  Cet ouvrage fondamental ouvre une porte entre le cinéma et les états psychologiques qui bouleversent la société allemande. Ces éléments en font un texte majeur sur la sociologie allemande.

Kracauer ne s’intéresse pas au films pour leur esthétisme mais pour leurs partis pris stylistiques. En effet, grâce à cela, il montre aux grand jour les problèmes sociaux et psychologiques que subit l’Allemagne de l’époque de façon symptomatique.  Le but du livre de Kracauer n’est pas de faire une recherche esthétique mais une recherche politique qui s’explique par le « dégoût » du peuple allemand suite à la défaite de la première guerre mondiale et du traité de Versailles.

Mercibeaucoup et à bientôt !