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L’ère du temps, la déchéance de l’hypermodernité selon Lipovetsky

Depuis « L’ère du vide », publié en 1983, Gilles Lipovetsky s’est imposé comme un observateur incontournable de la société contemporaine. Son travail consiste à expliciter “l’ère du temps”, l’évolution des mentalités, des pratiques et des mœurs, et à restituer le sens de ces phénomènes sociaux. Contemporain de l’explosion de la société de consommation et de l’éloignement des grandes utopies politiques, l’individu postmoderne s’occupe d’abord de lui, de son plaisir, de sa santé, de ses loisirs et autres expériences qui lui permettent de rendre sa vie plus agréable.

Ce que l’auteur appelle la société hypermoderne est la radicalisation de cette logique individualiste par l’extension du modèle de la consommation à l’ensemble du corps social. Désormais, tout se consomme : les biens de consommation, bien sûr, mais aussi, la culture, le temps, les vacances, la famille, l’éthique, la religion et autres spiritualités. L’individu veut maintenant se construire un capital plaisir au plus vite, consommer sa vie dans une temporalité urgentiste où le « toujours-plus » est désormais l’impératif fondamental qui dérègle les comportements. Il s’agit d’un individualisme, selon lequel la rentabilité (des plaisirs, des investissements, des expériences en tout genre) doit être immédiate. Cette hypermodernité n’est pas le retour du modernisme d’antan (futurisme optimiste, avenir prometteur et progrès nécessaire de l’Histoire) : désormais, l’avenir est incertain et source d’inquiétudes — le chômage, la précarité, les retraites, etc. Et pourtant, le présent de l’hypermodernité n’est plus le carpe diem tranquille de la postmodernité. C’est un présent tendu vers le futur immédiat de la rentabilité, un présent sous le signe de l’urgence, de la consommation frénétique et de l’investissement.