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La consommation sociétale

Pour Baudrillard, la consommation est le trait majeur des sociétés occidentales, la “réponse globale sur laquelle se fonde tout notre système culturel“. La thèse de Baudrillard est simple : la consommation est devenue un moyen de différenciation, et non de satisfaction. L’homme vit dans et à travers les objets qu’il consomme. Mieux même, ce sont les objets qui nous consomment. En corollaire de cette thèse fondamentale, Baudrillard argue que l’objectivation des relations sociales, celle du corps et des individus, ont pris le pas sur le sujet. Le monde réel a disparu selon lui, remplacé par des signes du réel, venant donner l’illusion du vrai monde.

Caption=Baudrillard. Liberation columnist among those accused of obscure jargon Description=A picture file of Jean Baudrillard, philosopher and journalist. Exact date not known. Description=Used for his obituary 08.03.2007

Manipulation publicitaire

Herbert Marcuse est un homme qui va axer sa réflexion sur la société contemporaine, sur la société de masse et la culture de masse. 

Il nous dit que la société occidental contemporaine empêche de manière volontaire tout changement social à l’échelle collective et individuelle (cf L’homme Unidimensionnel). Pour lui cette société va assimiler en elle-même toutes les forces contraires ; elle va donner l’illusion d’une liberté de pensée, d’action mais en fait fait taire la critique. 

Il part du principe que la société crée de faux besoin en uniformisant et en standardisant les pensées et les modes de vie véhiculés par la culture de masse. Ces faux besoin sont des besoins qui font marcher la machine économique (donc capitaliste), dont la pub en premier lieu va pousser les consommateurs à acheter des objets dont ils n’ont pas besoin.99-francs-3621032

L’art de la publicité l’a bien compris. Quand on parle de manipulation et de publicité en même temps, le livre 99 francs de F. Beigbeder me vient automatiquement à l’esprit. Ce livre dénonce totalement ce monde, il est cru, parfois violent dans ses propos mais il nous illustre cette société qui nous connait, qui nous manipule, comment nous allons nous faire tomber dans le panneau ? comment nous allons consommer ?

Le livre, adapté en 2007 est un gros impact également sur notre société. Après les mots qui nous confrontent à la réalité, nous sommes face à des images qui peuvent avoir plus de répercussions.

Ces deux oeuvres nous expliquent en fait l’art de nous manipuler, l’art de nous faire consommer, l’art de tout photoshoper, l’art de nous donner envie, de nous faire jalouser pour quelque chose que nous n’avons pas, que nous pouvons avoir, mais dans le but d’un idéal que nous n’atteindrons jamais.

Exploration de la communication de masse

Rédiger ses billets de blog m’a permis de développer mes connaissances dans la culture de masse et la société. Découvrir de nouveaux sociologues, philosophes m’a ouvert à un nouvelle univers. Cette culture général me serviras plus tard dans de nouvelles créations. Avoir des références tel de Baudrillard, Deleuze ou encore Morin est un atout non négligable. Ma vision critique du monde s’est vu développé à force de recherches et d’analyse.

Le petit blouson en daim d’Herbert Marcuse

Herbert Marcuse (1898-1979) est un philosophe américain et allemand. Il a théorisé l’idée de l’homme unidimensionnel et dénonce la « société industrielle avancée » qui crée le besoin chez l’individu pour l’intégrer à la société de consommation. Dénonciation bien ancrée dans l’univers du groupe Stupeflip.

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Fiat, Mini et consors: ces voitures vintage qui servent le conformisme

Guy Debord (1931 – 1994) est un essayiste français qui définit la notion de « société du spectacle » dans son livre éponyme, publié en 1967. Il dénonce le rôle des médias dans l’uniformisation de la pensée. La publicité, notamment, joue un rôle prépondérant en faisant croire à l’individu que ses goûts sont uniques, alors que ceux-ci entrent dans un moule commun à tous. Si le monde de la téléphonie mobile est très fort dans cette démarche marketing (Apple en tête), l’automobile n’est pas en reste.

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On veut que ça brille

Dans une société où tout se vend et tout s’achète, l’objectif est de réussir à vendre. Le problème ? Le pouvoir d’achat. Beaucoup d’individus ont un faible pouvoir d’achat et se préoccupent d’abord des produits de première nécessité avant de dépenser dans des activités ou des produits secondaires. Les publicitaires l’ont bien compris. C’est pour cela que nous retrouvons des publicités dans lesquelles, par exemple, manger un yaourt nature sans sucre est une chose fantastique. Pas besoin de sucre, le yaourt se suffit à lui-même.

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Une société en colère

Bourdieu_01Pierre Bourdieu (1930-2002) est un sociologue français qui s’intéresse particulièrement à l’ethnologie. Son oeuvre est dominée par l’étude des mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales. Il souligne notamment l’importance des facteurs culturels et symboliques dans les actes de la vie sociale.

A cet égard, nous pouvons constater qu’avec la nouvelle loi du travail, la société est non seulement actrice de ses actes, mais également spectatrices par ce qu’ils lisent dans les journaux, ce qu’ils voient aux infos et sur les panneaux. Les médias relatent des faits sans réelle vérité, la société lit ces articles, et les interprètent mal. Pierre Bourdieu a donc raison en voulant souligner l’importance des facteurs culturels et symboliques dans les actes de la vie sociale.

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« La vie, c’est comme une boîte de chocolat : on sait jamais sur quoi on va tomber. »

 

Quel est le rapport entre le futur et le passé, entre l’historique / le reporté et le « à venir » / l’imprédictible ?

 

C’est la question que se pose Hannah Arendt, qui, en sortant indemne des camps de la Seconde Guerre Mondiale, se rend compte de la faille existante entre la tradition et le futur.

Car Hannah Arendt remarque que personne n’avait, ni prédit cette guerre, ni prédit la situation dans laquelle les hommes allaient s’en sortir. Ce n’est pas la « tradition » qui avait alors décréter que des familles seraient dévastées mais que d’autres s’en sortiraient indemnes, ou que des hommes se prendraient pour des politiques durant l’essor de la Libération.

 

« Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. »

Voici l’ouverture de La Crise de la Culture, où Arendt cite René Char dans sa préface.

 

René Char fut un poète résistant qui écrivit durant la Résistance que l’après-guerre serait terrible pour lui. Il dit qu’il serait sûrement confronté à son ancienne vie publique et à des polémiques politiques liées à la Résistance alors qu’il vécut la peur, le combat et l’aventure, au nom de la France et de la Liberté.

Il dit en outre : « Si je survis, je sais que j’aurais à oublier l’arôme de ces dernières essentielles années et silencieusement à m’écarter de mes trésors. »

Il avait prédit la situation de nombreux résistants de l’après-guerre, qui furent émus par leur combat et leur souffrance au nom de la liberté, mais outrés d’entendre des propos polémiques sur la Résistance menés par des « combattants de la dernière heure ».

 

Hannah Arendt reprend le terme de « trésor » dans son essai philosophique, montrant que la Résistance fut l’un des trésors de l’Histoire, car une véritable mine d’or pour les intellectuels et autres hommes de l’époque qui surent profiter de l’occasion et faire l’expérience de la Liberté plutôt que de se préoccuper de leurs propres occupations personnelles.

C’est paradoxal, qu’une chose aussi grave que la guerre soit un trésor, et qu’elle amène tant de nostalgies alors qu’on ne la souhaiterait pas sur l’occasion, privé de ses libertés et de son humanité. Mais c’est le cas de toutes les aventures, qui amènent toujours de fortes expériences (si on réussit à en voir la fin).

 

Seulement les trésors apparaissent et disparaissent, comme c’est aussi le cas des révolutions de 1776 aux Etats-Unis, de celles de 1789 en France ou encore de celles de 1956 à Budapest.

Arendt se demande pourquoi les trésors sont éphémères, si imprédictibles. Elle conclue que ceux-ci ne durent pas et ne sont pas prévisibles, non pas parce qu’ils relèvent de la chance et du hasard, mais car les hommes et leurs traditions n’ont pu prévoir leurs apparences. Les hommes n’ont pu annoncer ce qui allait arriver alors que les traditions, selon Arendt, sélectionnent et nomment, préservent et relaient : elles indiquent où sont les trésors et quelles peuvent-être leurs valeurs.

Mais durant l’époque d’Hannah Arendt, les anciens testaments sont oubliés devant les nouvelles préoccupations mondiales (la paix et la fortune). Ainsi la tradition se perd progressivement alors qu’un nouveau monde en vue se dresse sur le chemin des hommes. Voilà pourquoi les hommes sont perturbés durant l’après-guerre : accablés et émus du passé mais peu préparés à affronter l’avenir et à lui écrire de nouvelles traditions.

 

La préface d’Arendt illustre bien son livre où elle s’évertue à étudier l’histoire de la philosophie et des idées du XXème siècle autour des thèmes liés de la tradition, de la liberté et de l’autorité.

 

Mais qu’en penserait Forrest Gump ?

Que penserait-il de la prévision, de la tradition, de l’éphémère et du contingent ? Lui, qui est passé de Charybde en Sylla, surfant sur son odyssée de manière complètement incontrôlée.

Forrest Gump reprend toujours les propos de sa mère qui l’aimait tant malgré son handicap mental : « La vie c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber ».

 

Elle lui disait surement cela afin de le protéger de la frustration de n’être pas satisfait des résultats des courses. Or, lorsque l’on voit son indifférence naïve et innocente tout au long du film, on assimile bien qu’il a compris la leçon.

Car dans ce conte réalisé par Zemeckis, Forrest enchaîne les opportunités et les aventures. Sa vie se porte ainsi même fidèlement garante de l’histoire des Etats-Unis des années 50 aux années 80.

Sous le regard tendre et enfantin de Forrest, on comprend que ce ne sont pas les traditions mais bel et bien le fruit du hasard qui amène à ce que les événements les plus plus graves et importants aboutissent.

Inconsciemment, Forrest invente la danse d’Elvis, crée le Smiley, finance Apple, inspire Imagine à Lennon et dénonce le Watergate. Il rencontre par la même occasion de nombreuses personnalisées et écrit l’histoire presque sans s’en rendre compte.

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Mais même si Forrest Gump ne se rend pas forcément compte de tout ce qui arrive autour de lui, il fait l’expérience d’une chance inouïe dans son parcours, lui permettant notamment de s’en sortir avec une balle dans la fesse.

Son parcours montre bien que le monde moderne est en rupture après la Seconde Guerre Mondiale.  En ces temps là, les traditions ne furent plus respectées et commencèrent à être oubliées tandis que les hommes reforgeaient le monde à leur manière.

 

Si Hannah Arendt voyait le film, peut-être consentirait-elle à penser que lorsque la tradition s’affaisse, il ne reste plus que bonne fortune afin de dicter les actions des hommes et de leur faire participer à des « trésors » qu’ils ne peuvent prédire.

 

 

Sources et références :

Zemeckis, R. (1994). Forrest Gump. [Enregistrement vidéo]. Etats-Unis : Paramount Pictures.

Arendt, H. (1972). La Crise de la culture. Paris : Gallimard.

Arebdt, H. (1961). Between Past and Future. New York City : Viking Press.

Char, R. (1943-1944). Feuillets d’Hypnos.

Photographie : images extraites du film

La réussite ou poursuite de pulsions inassouvies

Qu’est-ce que réussir dans la vie dans notre jargon quotidien ?

Est-ce devenir riche et être reconnu(e) de tous ?

Atteindre les sommets de la gloire dans une société où l’individualisme pousse à la concurrence et aux débauches populairement envieuses ?

L’usage, dans le milieu économique, est de mener son entreprise au sommet, d’avoir de bonnes idées et de gagner beaucoup d’argent, ou plutôt, que son entreprise ait beaucoup de rentabilités. Tout cela en soi n’a rien de critiquable, d’un point de vue purement moral.

Mais le constat est que l’homme a trop tendance à ne pas séparer ses ambitions professionnelles de ses passions et désirs personnels : combien d’articles de journaux ont jusqu’à présent révélé des faits scandaleux de ce genre ?

La prise de risque est telle que le concerné peut se retrouver pris au piège dans son jeu de l’assouvissement inassouvissable, au point de faire du mal aux concurrents de son travail et à ses propres proches.

 

Jordan Belfort alias le loup de Wall Street s’efforce à résoudre ses problèmes passionnels, non pas ceux-là liés à la passion d’amour mais ceux-là avidement épicuriens.

Tout au long du film, il mijote, détruit les autres, que ce soit de manière économique (il arnaque sans scrupules des clients naïfs car miséreux), ou sentimentale (il trompe sa femme et mène ses collègues à faire de même). Jordan est très fort car fait intelligemment ce qu’il fait de mal et y réussit : il devient millionnaire.

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Malgré le fait que le film soit assimilé à une banalisation du sexe, de la drogue et de la violence par le succès qu’il eut auprès des jeunes, il est en réalité une critique acérée du comportement de Jordan.

Leonardo Dicaprio, interprète de Jordan, affirme cela lors de la promotion du film :

« Le film pourrait ne pas être compris par certains. J’espère que le public comprend que nous ne tolérons pas ce comportement, que nous le condamnons. Le livre était une mise en garde et si vous restez jusqu’à la fin du film, vous comprendrez ce que nous affirmons à propos de ces gens et de ce monde, car ce dernier est toxique. »

Toxique car complètement illusionné. Un monde où la libido se confond avec le travail de manière follement décadente.

 

Le comportement de Jordan peut être mis en relation avec ce qu’écrivit Marcuse dans Eros et Civilisation.

Car c’est un philosophe dont certains de ses travaux se proposèrent à traiter de la relation possible entre la libido sexuelle et le travail dans la société.

Mais il est difficile de penser, comme l’affirme Marcuse, qu’il serait préférable de lier, voire de confondre raison et instinct afin de permettre à l’individu une liberté d’action nouvelle, plus en accord avec ses réelles envies, lorsque Scorsese révèle à quel point les actes de Jordan prennent à la moutarde.

 

Heureusement pour les jeunes, la morale du film est bonne, même si de nombreuses scènes du film n’y portent pas. Jordan Belfort s’engage, après avoir trahi ses amis et anciens collègues à la police et avoir tout perdu, vers la rédemption et enseigne l’économie à des étudiants.

 

Constat final :

Il n’a pas « « réussi sa vie », mais a « réussi dans la vie », en étant riche, distingué, respecté de ses collègues de travail et bien accompagnée par la séduisante Naomi.

Soupçonnez l’ironie.

 

 

Sources et références :

Marcuse, H. (1955). Eros and Civilization. Boston : Beacon Press.

Scorsese, M. (2012). The Wolf of Wall Streetsexe [Enregistrement Vidéo]. Etats-Unis : Red Granite Pictures, Appian Way Productions, Sikelia Productions.

Allociné. Après les critiques, Leonardo DiCaprio prend la défense du « Loup de Wall Street ». Consulté le 13/01/2016 sur http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18629761.html.

Photographie : deux images issues du film