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Lucien Virag, prophète de l’avènement d’Internet

Dans le vieux Lyon et chez les bouquinistes des quais de Saone, il arrive qu’on fasse des découvertes incroyables… Tenez : un livre rouge et noir, avec un titre improbable sur la couverture – L’Aube du Réseau. Son auteur ? Lucien Virag, philosophe né en Hongrie en 1957. Jamais entendu parlé ? Rien non plus sur Google ? Curieux, non ? Le fait est que Virag a une dent contre internet : l’intellectuel veille à ne laisser aucune trace sur la toile. Incroyable, non ? Attendez la suite, car ce que l’oeuvre de Virag met à jour est encore plus ahurissant…

Lucien Virag
Lucien Virag

A la fin des années 1970, Lucien Virag va développer la théorie de la méta-sémiologie : la sémiologie, le structuralisme, champs de recherche ayant connu un essor particulier au XXème siècle, peuvent à leur tour être analysés comme signe.

L’Aube du Réseau débute par ces quelques lignes aux accents Nitzschéens : « La sémiologie est devenue le cœur même de l’obsolescence probable de nos écoles. Le signe est maîtrisé, maîtrisable. Les disciples de tout bord plongent dans l’étude avide de ces prophètes du langage, sans questionner la vérité qui se cache dans leurs propos, hors, il conviendrait de faire table rase des propos. Nous avons lu le roman, il faut désormais lire sa post-face, encore mystérieuse. »1

Les conclusions de Virag sont troublantes : le morcellement de la pensée, l’éclatement des institutions par les penseurs du structuralisme (Barthes, Lacan, Levi-Strauss, Derrida, Foucault, Althusser…), la déconstruction de notre perception du monde et l’explosion de la pensée traditionnelle occidentale n’auraient eu d’autre but que la préparation des esprits à l’avènement du « Réseau » (Virag écrit cela en 1979), c’est-à-dire à la mise en place d’une « interaction psycho-électrique exponentielle d’esprits déconstruits, éclatés, morcelés et à la dérive comme autant de sites (sic!) intellectuellement gelés et dans l’attente désespérée de la connexion nouvelle. »2

Une œuvre à découvrir pour tout ceux que l’ère numérique passionne, une œuvre indispensable pour ceux que l’ère d’internet inquiète.

1- L’Aube du Réseau, Lucien Virag, Les Editions Ousia, collection Séisme, 1979.

2- Ibid.

Lucien Virag prend un virag très serré

Afin de synthétiser l’ensemble de ce que nous a apporté notre cours en matière de connaissance à propos du structuralisme et donc de la sémiologie, il est indispensable de mentionner Virag, personnage aussi intéressant qu’imprévisible.

Virag est un sémiologue hors du commun, d’origine Hongroise et né à Budapest en 1957. Il va à l’encontre des nouveaux modes de communications tel qu’internet et donc implicitement les réseau sociaux. Selon lui, l’étude des signes peut s’apparenter à un signe en lui même pour lui-même qu’il définit comme évident. Sa théorie portant sur la sémiologie moderne stipule que la sémiologie « antique » (qui connait un essor au XXème siècle), aujourd’hui démocratisée, est paradoxale. Ainsi, la méta-sémiologie est l’étude des signes de la sémiologie. Son principal essai « l’Aube du réseau » (1979) débouche finalement sur une critique de la pensée structuraliste (Barthes, Foucault, Althusser…), qu’il juge trop réductrice. Il voue une réelle haine quant au réseau mondial internet, je cite :

« Internet, ou la subsistance irrationnelle de l’absurdité théorique des relations imagées, immatérielles, plaza virtuelle où la communication perd de son sens éthique et morale »

Cette critique est destinée à l’image, qu’il juge comme castratrice du langage écrit, le remplaçant par la force.

Un penseur incontournable, sur lequel je pense, il ne faut pas faire d’impasse, ne serait-ce que pour sa pensée atypique, unique en son genre.

Sources : L’Aube du réseau (1979) – édition Ousia, collection Séisme

Esquisses de Mitchell

 

Qu’est-ce que les « visual studies » ?

 

W.J.T. Mitchell, professeur d’art à l’université de Chicago fut une figure du « tournant pictural » : expression selon laquelle l’analyse de l’image marque une avancée dans la compréhension du monde et de ses formes.

Car Mitchell fait le constat dans son époque (années 80-90) de l’importance des images dans une société où les écrans sont prolifiques avec l’éveil de la technologie et son utilisation de plus en plus accessible.

Il traite de l’iconologie dans ses écrits tels qu’Iconologie, texte et idéologie, et Que veulent les images ? en cherchant à étudier les images tout en tenant compte de leurs implications techniques, sociales et politiques par rapport au visuel.

 

Que ce serait-il passé si Mitchell avait analysé par ses méthodes picturales des œuvres d’Henri de Toulouse-Lautrec, le célèbre peintre dessinateur lithographe qui arpenta Montmartre à la fin du XIXème siècle ?

Le fait est que son Œuvre serait intéressante à analyser pour Mitchell car lui permettrait d’illustrer ses propos théoriques sur le visuel.

Celle-ci est très riche et montre parfaitement les conditions de vie de l’époque sous un réalisme certain et un trait de crayon reconnaissable.

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Au Moulin Rouge, la Danse (1890) est une huile sur toile dépeignant la grande salle principale du cabaret le Moulin Rouge en pleine soirée dansante.

 

Mitchell analyserait d’abord la source de l’œuvre, puis sa forme et son fond et terminerait par traiter de sa puissance : de ses influences et aboutissements.

Par son travail analytique, il conclurait que le réalisme de retranscription du réel est certain, car effectué par un postimpressioniste habitué du Moulin Rouge, et donc qu’elle est une excellente représentation de ce qui se faisait à l’époque.

Il se servirait de la véracité de cette œuvre afin de parler au niveau social de la relation existante entre la bourgeoisie et la prostitution durant la révolution bohémienne.

Et enfin il chercherait à connaitre les influences qu’eut ce style de vie au près des générations suivantes par rapport à son contexte historique et chercherait à savoir quels en sont les restes de nos jours.

 

Théories très contemporaines : après tous les travaux menés par les structuralistes sur le langage, on aura bien compris que Mitchell, lui, se propose à déstructurer l’image.

Un auteur à lire, sans aucun doute, pour toute personne qui appréhende l’étude des comportements sociaux et de la communication.

Sa dernière traduction française date de 2014, Que veulent les images. Une critique de la culture visuelle : à voir de près pour les intéressés.

 

 

Sources et références :

Mitchell, W. (2009). Iconologie. Image, texte, idéologie. Paris : Les Prairies ordinaires.

Mitchell, W. (2014). Que veulent les images. Une critique de la culture visuelle. Paris : Presses du réel.

Toulouse-Lautrec, H. (1890). At the Moulin Rouge, The Dance. [Huile sur toile]. Philadelphie : Philadelphia Museum of Art.

Frustration de l’indécision

Comme à votre fidèle habitude, l’ennui vous ronge en ce dimanche après midi, lorsque soudain le téléphone sonne… Votre meilleur ami vous propose une excellente idée permettant de briser cette pauvre vie monotone mélancolique ! Aller visiter le centre Pompidou; quel plaisir de pouvoir enfin découvrir des artistes connus, reconnus et farfelus, pour la première fois, de manière concrète et non dénaturée par l’amas de pixels de votre écran couvert de traces de doigts. A votre arrivée, l’architecture excentrique du centre vous invite à arpenter ses entrailles, que d’œuvres à découvrir ! Vous voilà confronté à cet ensemble d’œuvres qui vous interpellent et vous questionnent. Le mystérieux message de chaque création vous pousse à la réflexion. Tous ces messages vous abordent, mais que signifient-ils ? Soudain, une œuvre vous bouscule, quel toupet ce mamelon, vous vous apprêtez à le toucher (quel sans gêne vous êtes) quand vous apparait le sigle « prière de toucher » – Marcel Duchamp

Que faire face à cette description provocatrice, l’éthique du musée m’interdit tout contact mais le créateur de… cette chose m’y autorise. Est-ce une manière de me pousser à avoir des problèmes si je m’en approche ?

Roland Barthes, sémiologue français et critique littéraire, fut un des principaux animateurs concernant la sémiologie et le structuralisme. Il aborde non seulement le signifié/signifiant mais également le connoté/dénoté. Le connoté serait dans ce cas le sigle et le dénoté serait la représentation que l’on a de ce message et donc le processus intellectuel mis en place par l’Homme à la compréhension du message. C’est sur ce procédé que s’appuie l’œuvre de Marcel Duchamps, la frustration de l’incompréhension. Selon Barthes et ses travaux sur le structuralisme, cacher, masquer, interdire quelque pousse l’Homme à faire l’inverse, sans doute dans le but d’assouvir sa curiosité. Duchamp repense ici l’interdiction de toucher l’œuvre inhérente à tout musée.

 

 

Michel Foucault n’est pas Faux-Cul

Homme brillant hors du commun, Michel Foucault (1926-1984) remplit les fonctions croisés de philosophe, d’historien et de psychologue après avoir réussi ses études à l’Ecole Normale Supérieur en littérature.

Son œuvre se compose de livres aux contenus analytiques où il se propose à critiquer les éléments sociaux-politiques de son époque par le biais de l’étude de leurs passés respectifs dans le temps (notamment la prison, la sexualité, le pouvoir de l’état, et la psychologie).

Foucault interroge, bouleverse mais nuance aussi, car, même si ses propos historiques ne sont pas forcément véridiques, son contenu critique soulève de graves questions vis-à-vis du gouvernement et de son pouvoir, vis-à-vis des enjeux des minorités sociales et raciales qui luttent pour leur identité contre l’enfermement.

Symbole de la liberté de penser et du structuralisme, Foucault est aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, une icône de la France du XXIème siècle.

Donc Michel Foucault n’est pas faux-cul.

Mais quels sont les véritables faux-culs de la pensée française ?

Jetons plutôt un coup d’œil du côté des nombreux penseurs en vogue issu de l’intellectualisme parisien contemporain. Car c’est d’eux qu’il est ici question. En évoquant la grandeur de Foucault, je me propose ici à suggérer la piètre production française à l’œuvre aujourd’hui.

Comme le dit  Sudhir Hazareesingh dans son article issu du site des Crises et disponible sur https://www.les-crises.fr/le-declin-des-intellectuels-francais-par-sudhir-hazareesingh/ : les intellectuels français sont dans leur ensemble actuellement en déclin.

De nombreux penseurs comme Bernard-Henry Lévy, comme Alain Finkielkraut ou encore comme Éric Zemmour propagent par leurs écrits des messages nostalgiques aux penchants pessimistes et réducteurs où il n’est nullement question de solutions et du futur.

La France a perdu ses repères, piégée entre un système politique individualiste et des médias manipulateurs, sa course ralentit, et n’est malheureusement pas aidée par la majeure partie de sa force intellectuelle qui la fait freiner davantage.

 

Alors le seul remède est peut-être de se replonger dans les écrits des grands penseurs structuralistes comme Foucault, Sartre, Barthes ou encore Derrida, et de s’imprégner de leur recherche au niveau du savoir et de la vérité, et ce, afin de s’élancer vers le futur avec les bonnes armes, ou plutôt les bonnes plumes, en mains.

 

Sources et références :

Hazareesingh, S. (2015). Le déclin des intellectuels français. Consulté le 26/11/2015 sur https://www.les-crises.fr/le-declin-des-intellectuels-francais-par-sudhir-hazareesingh/

Photographie : Portrait de Michel Foucault

Le structuralisme

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Louis Althusser est un penseur lié au structuralisme, il a écrit un court texte intitulé Idéologie et Appareil Idéologique d’Etat (AIE) paru en 1970, publié dans La pensée à Paris.

Dans ce texte Althusser évoque trois choses essentielles :

-L’idéologie aurait une existence matérielle, elle existe par la pratique dans un appareil. Elle aurait besoin de l’illusion de la liberté du sujet car elle s’adresse au sujet pour lui-même et pour contribuer à se diffuser. La thèse centrale d’Althusser est qu’il n’est idéologique que pour des sujets que par des sujets. L’analyse des idées n’est donc pas importante se serait plutôt l’analyse des pratiques, rituels qui permettent aux sujets de propager ses idées. Cela permet ainsi de propager les idées d’une tel façon qu’elles sont transmise inconsciemment et donc font corps avec le sujet.

-Les idéologies ne seraient pas le reflet du pouvoir d’une classe mais plutôt un lieu de combat entre plusieurs points de vue. A ce titre la religion, ou l’école peuvent être des outils des dominés comme des dominants.

-Dans notre société moderne, l’appareil qui serait le plus puissant pour la reproduction de l’idéologie n’est pas la religion mais l’école.

De Saussure : Du structuralisme à la sémiologie

Linguiste suisse, Ferdinand De Saussure est reconnu comme le fondateur d’un courant transdisciplinaire et majoritaire en sciences sociales : le structuralisme. Comme son nom l’indique, le structuralisme analyse ses objets d’études comme des structures, des systèmes, il s’intéresse davantage aux relations qu’ont les unités constituantes de cette structure qu’aux unités elles-mêmes.

De Saussure analyse la langue comme unité d’un système qui est le langage. Ce dernier est à entendre comme toute forme de communication humaine, qu’elle soit verbale ou non verbale. C’est à l’intérieur de la structure du langage que se trouve la langue, unité de signes permettant de communiquer verbalement tel que la langue française, anglaise ou arabe. Cette langue est mise en avant vis à vis de l’écriture par De Saussure dans sa structure du langage, en effet il estime que nous sommes davantage dans une société du parlé qu’une société de l’écrit.

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De Saussure sera également un précurseur dans une discipline encore récente, la sémiologie. Dans une même logique structuraliste, la sémiologie est vu en tant qu’étude du système des signes. En effet, le langage que ce soient les langues, les écrits ou les images est remplis de signes interprétable qui apporte à la communication. Ces divers signes rassemblés forment un système dont on peut analyser la structure ainsi que les liens y existant.

Ainsi, nous pouvons voir l’importance de Ferdinand De Saussure pour les sciences sociales, il est à la fois à l’origine d’un grand courant de pensée, le structuralisme, et précurseur d’une nouvelle discipline, la sémiologie. Ces travaux influenceront nombre d’auteurs tels que Claude Lévi-Strauss, Michel Foucault ou Roland Barthes.