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La Passion de l’Image

Walter Benjamin, dans son ouvrage L’oeuvre d’art à l’ère de la reproductibilité technique, observait que la véritable œuvre d’art était caractérisée par son rapport avec le divin, le sacré. Avant les techniques de reproduction des œuvres (imprimerie, phonographe, cinématographe, numérique), l’oeuvre d’art renfermait un mystère.

La tradition chrétienne orthodoxe a toujours considéré que l’image pouvait être la manifestation du divin : c’est selon cette tradition le cas des Icônes, qu’il est permis d’adorer et de prier. Les grecs orthodoxes parlent d’images acheiropoïète, c’est-à-dire une image « non faite de main d’homme ».

Comment ne pas songer au Suaire de Turin, à cette image énigmatique qui a littéralement été mise à l’épreuve des machines de « l’ère de la reproductibilité technique » dont parle Benjamin ? Il s’agirait de l’image d’un homme ayant subi des tortures épouvantables.

Le Suaire de Turin
Le Suaire de Turin

Une chose est certaine, cette image a aujourd’hui enduré patiemment les épreuves de notre époque : photographiée, scannée, passée au laser et aux tests chimiques, adorée par certains, méprisée par d’autres, traitée de faux… Car aujourd’hui on ne crucifie plus les hommes, on crucifie les images.

Ici et maintenant !

Le monde de l’art est passé dans une autre dimension avec l’ère de la reproductibilité technique. La photographie est l’un des medium  les plus représentatifs de cette reproductibilité : elle permet de reproduire le regard indéfiniment. Nous pouvons grâce à elle potentiellement tout voir, toute les parcelles du globe nous sont accessibles, mais aussi et surtout toutes les œuvres d’art. La photographie en elle-même est un art reproductible, mais elle permet aussi de reproduire les autres arts.

Walter Benjamin en tirera les conséquences dans L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. Après avoir développé le concept d’aura dans Petite histoire de la photographie, il y introduit la notion d' »hic et nunc« . Cette locution latine veut dire « ici et maintenant ».  Le hic et nunc est ce qui est à l’origine de l’aura. A la base, une œuvre d’art est unique et visible en un seul lieu. Selon Benjamin c’est ce qui la rendait sacrée.

A l’ère de la photographie, du cinéma, et de nos jours d’internet, qui rend accessible un nombre d’images quasi infini depuis un simple smartphone, tout ce qui sacralisait l’art est parti à vau-l’eau. Une œuvre ne serait plus sacré, et, en extrapolant tout pourrait devenir œuvre d’art. Le pop art explorera cette problématique.

Mais cette vision me semble limitée. On retrouve de la sacralité dans certaines œuvres aujourd’hui. Le cinéma par exemple, recrée une forme de messe. Le film est disponible durant quelques semaines, parfois une seule pour des films rares. Surtout, il est diffusé à certaines heures. Nous sommes obligés de nous y rendre en même temps que le reste des spectateurs. Surtout, nous communions avec l’assemblée en étant tous présents au même moment devant l’écran, ici et maintenant. Il y a donc une forme de sacralité dans le fait de se rendre dans les salles noires.

La salle de cinéma, une nouvelle église ?

Une autre forme d’hic et nunc actuelle se retrouve avec les séries TV. Nous en avons peu conscience en Europe car la plupart des séries que nous regardons proviennent des Etats-Unis. Leur diffusion en prime-time a donc lieu à des heures très tardives en Europe, et nous regardons souvent les épisodes en différé. Mais aux Etats-Unis, la diffusion du nouvel épisode d’une série peut être un événement. C’est le cas pour Game of Thrones par exemple. On a là aussi une forme d’hic et nunc de par la volonté de découvrir l’épisode dès sa sortie, et de vivre le moment où l’intrigue va se dérouler au même moment que tout le monde,dans une forme de communion. L’épisode est en général un des sujets les plus commentés sur twitter dans le même temps. Enfin, il y a même des bars qui proposent des soirées Game of Thrones le soir de la diffusion de l’épisode ; on se rassemble alors comme au cinéma, ou comme pour regarder un match de football, tous au même endroit, au même moment.

L’unicité

Dans la multitudes des œuvres d’art passez à la postérité, nous en avons des centaines qui valent des milliard. Mais qu’est ce qui les diffèrent d’une de leur copie bien faite ? Le souvenir de l’auteur ? L’usure du temps ?

Selon Walter Benjamin c’est le HIC & NUNC qui place une œuvre dans la casse unique, selon son lieu et son espace de création. Selon W. Benjamin, une œuvre d’art est unique et se détériore avec la duplicité du fait de son emplacement dans l’espace et le temps. Ça la rend authentique parce qu’aucune copie ne pourrait être cet œuvre, créée à cet instant précis, à ce lieu donné, aussi bonne soit elle.

Une chanson ou une peinture ne sera jamais la même. Même si elle est reproduite par le même artiste. Parce qu’elle n’auront pas le même HIC&NUNC, elles n’auront pas la même authenticité.

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Les Hach Winik et la perte d’aura

Hach Winik signifie « vrais hommes » en maya.

chiapasCe peuple, d’indien Lacadon, vit dans le la forêt du Chiapas. Leur culture provient des mayas en particulier leur religion. A l’origine, ils vénèrent Hach Ak Yum (leur créateur) ainsi que  de multiples dieux et déesses en rapport avec la nature. Mais lorsqu’un indien ne veut plus honorer ses dieux il doit alors aller l’enterrer dans la forêt pour qu’il repose en paix. Cependant dans les années 1930, des pasteurs sont venus pour les convertir au catholicisme, ce qui n’a pas toujours été accepté mais petit à petit les Hach Winik ont changé de religion. Certains pasteurs forçaient les indiens à bruler leurs encensoirs et statuettes ce qui était contraire à leur religion. Une minorité de jeunes aujourd’hui ai malgré tout , encore inspirée par les dieux de leurs ancêtres mais la plupart de leurs statuettes ont été détruites ou enterrées.HachWinik08_bigthumb Continuer la lecture de Les Hach Winik et la perte d’aura

Walter déterre la photographie

La photographie permet de prendre des clichés d’un moment figé et ainsi de capter presque à l’identique la réalité. D’abord utilisée à des fins sociales pour remplacer le portrait dans la peinture, elle deviendra ensuite une forme d’art à part entière mais aussi un moyen de communication de masse très privilégié.

Pourquoi la photographie serait-elle diffusée en masse ? Quels sont ces avantages ?

La question tombe sous le sens. Elle permet simplement de retranscrire la réalité et illustre donc visuellement directement des scènes importantes politiques ou sociales par exemple dont la masse, le peuple dans son hétérogénéité s’intéresse.

C’est l’un des sujets auquel s’intéresse Walter Benjamin dans Petite Histoire de la Photographie. Il s’interroge sur la réception de la photographie par rapport au public. L’auteur avant-gardiste philosophe et historien de l’art visualise l’importance que tiendra la photographie dans la société.

Dans un passage de son livre, à partir d’un cliché de la vie de tous les jours d’une jeune femme, il montre l’intérêt que prend la vie qui se cache derrière le moment figé éteint.

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« Mais la photographie nous confronte à quelque chose de nouveau et de singulier : dans cette marchande de poisson de Newhaven, qui baisse les yeux au sol avec une pudeur si nonchalante, si séduisante, il reste quelque chose qui ne se réduit pas au témoignage de l’art de Hill, quelque chose qu’on ne soumettra pas au silence, qui réclame insolemment le nom de celle qui a vécu là, mais aussi de celle qui est encore vraiment là et ne se laissera jamais complètement absorber dans l’“art. »  – Walter Benjamin

La photographie capture un instant présent net car instantané (avec la bonne vitesse d’obturation), seulement la vision qu’on en a est flou car on n’a pas réellement vécu la scène de la photographie. Il faut avoir la curiosité d’imaginer, de contextualiser la photographie pour qu’elle prenne son sens, c’est tout son intérêt et c’est ce qui en fait d’elle un médium très subtil. Une photographie touche ceux qui se lie à elle , ceux qui eux-même la touchent des yeux et de l’âme.

« Le spectateur ressent le besoin irrésistible de chercher dans une telle image la plus petite étincelle de hasard, d’ici et maintenant, grâce à quoi la réalité a pour ainsi dire brûlé de part en part le caractère d’image – le besoin de trouver l’endroit invisible où, dans l’apparence de cette minute depuis longtemps écoulée, niche aujourd’hui encore l’avenir, et si éloquemment que, regardant en arrière, nous pouvons le découvrir. » – Walter Benjamin

La photographie peut ainsi être utilisée par sa subtilité pour faire passer des messages. Et dès lors qu’elle sera industrialisée et rendu accessible au début du XXème siècle, c’est l’usage qui se fera d’elle, en tant que vecteur de diffusion d’idées et d’informations.

La photographie sera employée en pleine effervescence d’actualités amis aussi en tant qu’archive historique.

« Ce que la photographie reproduit à l’infini n’a lieu qu’une fois » – Roland Barthes

Le rapport au réel passé ; cette envie de montrer le passé véritable ; cela se retrouve dans le néo-réalisme italien au cinéma. Même si les scènes sont issues de la fiction, elles sont tournées dans l’idée de présenter le passé en état, d’adopté une position nouvelle réaliste entre scénario, réalité et documentaire.

Cela s’illustre merveilleusement bien dans cette scène de Stromboli de Rossellini où l’on assiste à une pêche au thon qui n’a pas grand intérêt par rapport à la trame de l’histoire mais qui retranscrit les usages et mœurs de l’époque en tant que trace historique.

https://www.youtube.com/watch?v=9897YVabeI8

On peut finalement se questionner sur le rapport du beau, de l’art et de l’utile, de l’information transmise au sein des photographies. Serait-ce plutôt le beau ou l’utile qui permit à la photographie d’être utilisée en tant que support dans la culture de masse ?

 

Sources et références :

Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Benjamin

Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9or%C3%A9alisme_(cin%C3%A9ma)

Benjamin, W. (1931). Petite Histoire de la Photographie. Die literarische Welt

Rossellini, R. (1950). Stromboli. Italie : Berit Film, RKO.

« Ceci n’est pas une pipe »

L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique est un des textes majeurs de l’histoire de l’art, souvent utilisé comme référence. Dans son ouvrage, Walter Benjamin effectue sa réflexion autour de trois axes, dont la reproduction technique et ses conséquences sur l’art.

Ce qui se dégage de la réflexion de Benjamin, c’est que le développement des techniques de reproduction a modifié la perception du spectateur, qui paradoxalement a l’impression que l’art lui est plus accessible (il peut avoir accès à des images en permanence), alors qu’en même temps ces images lui révèlent leur absence. De plus, l’apparition de la photographie et du cinéma ont permis de révéler le sens politique et social de l’art, jusqu’alors négligé au profit d’une valeur cultuelle : c’est l’essor de l’exposition comme lien social et pouvoir politique.

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L’ère de la reproduction sonore

Peu nombreux sont les français écoutant de la musique sans utiliser d’enceintes, restituant plus ou moins fidèlement de la musique. Il fut un temps où la musique n’était pas reproduite, et où la performance des artistes avait beaucoup plus d’importance et de valeur.

Walter Benjamin disait que la reproductibilité technique a pour conséquence la perte de l’aura, parce que la copie acquiert une autonomie vis-à-vis de l’original par le fait que l’œuvre est placée dans de nouveaux contextes, qu’il devient possible de changer de point de vue, d’opérer des grossissements. En plus la copie va vers l’observateur, devient accessible dans des situations nouvelles et est sortie de tout contexte historique et spatial. Ainsi l’œuvre devient un objet commercial.

Écouter de la musique classique par le biais du médium des écouteurs dans les transports en communs n’est-il pas déplacé ?
L’art musical n’est pas seulement audible il est également visible et dans une moindre mesure kinesthésique. Je pense qu’il est plus intéressant d’observer un musicien à l’œuvre pour s’imprégner de la passion, de l’émotion qu’il transmet à travers son instrument. Jouer d’un instrument à haut niveau est d’autre part une véritable prouesse physique. Les écouteurs seraient alors un moyen de secours, une simulation dégradé d’un art sonore. L’aura de l’œuvre est par ce biais réduite à néant.

Ce moment divin

Walter Benjamin est un historien d’art, philosophe ainsi que critique d’art et littéraire allemand attaché à l’école de Francfort. Il introduisit le terme d’aura dans les années 1931 dans un essai “Petite histoire de la photographie”. Selon lui, l’aspect fondamental de l’oeuvre d’art est son authenticité, il parle alors de Hic et Nunc.

Pour illustrer ses propos je vais prendre l’exemple d’une photographie que j’ai prises lors de mon voyage au Vietnam l’été dernier. Le sentiment que j’ai ressenti au moment précis où j’ai pris cette photo ne pourra pas être reproduit parce qu’il est impossible de reproduire cet instant. L’inaccessibilité de cette photographie s’explique pour moi parce qu’une histoire en découle. La reproductibilité technique a pour conséquence la perte de l’aura parce que la copie de cette photo par une tierce personne perdrait l’histoire qui va avec. Elle la désacraliserait.

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Le fait qu’une oeuvre d’art soit reproductible affaiblirai le rapport qu’on l’on peut avoir avec l’original. “Une trame singulière d’espace de de temps : l’unique apparition d’un lointain si proche soit t-il” W.Benjamin

Je suis entièrement les propos de Benjamin en disant que la rareté d’une oeuvre lui confère un aura, de la valeur marchande et sentimental.

La musique que vous écoutez n’est pas originale

J’ose imaginer que vous avez, vous, lecteur, un quelconque moyen d’écouter de la musique, les exemples sont multiples : tourne-disque vinyl, radio, CD audio, MP3, ordinateur, smartphone, …
Les morceaux que vous écoutez, vous les connaissez par coeur, vous vous les êtes appropriés, pour vous, vous écoutez ces musiques tels quelles ont été crées, originellement. Et bien laissez moi vous dire que vous vous trompez. En effet, ce ne sont que des reproduction de ces dernières, sous la forme d’un enregistrement, ce qui, laissez moi vous le rappeler, n’est apparu qu’avec l’ère moderne et les premiers enregistrements sonores datent de la deuxième moitié du XIXème siècle.

Ainsi, nous nous retrouvons face à des reproductions de ces oeuvres, car nous n’allons pas voir le concert original, et cela rejoint la pensée de Walter Benjamin, penseur allemand du XXème siècle. Pour lui la possibilité de reproduire une oeuvre conduit à des copies qui n’ont ni l’aura ni la portée des originaux. Ainsi, toujours dans le domaine de la musique, nous pouvons prendre l’exemple des reprises et autres covers et peut être exposé un cas ou la reproduction d’une oeuvre permet d’apporter quelque chose de plus à cette dernière…

Collection de disques d'or d'un studio d'enregistrement.
Collection de disques d’or d’un studio d’enregistrement.

The Man Who Sold the World (Nirvana), Hallelujah (Jeff Buckley), Feeling Good (Muse), Somewhere Over the Rainbow (Iz), All by Myself (Céline Dion), I Will Always Love You (Whitney Houston), Can’t Take my Eyes Off You (Gloria Gaylor), Knocking on Heaven’s Door (Guns’n Roses), la liste est encore longue de morceau dont tout le monde pense connaitre le créateur, mais n’en connaissent en réalité qu’un interprète. En effet, ces morceaux ont été composés respectivement par David Bowie, Leonard Cohen, Nina Simone, Judy Garland, Eric Carmen, Dolly Parton, Franki Valli et enfin Bob Dylan.

En effet tous ces morceaux ne sont que des reprises, devenues plus connues que les originales, la question de l’aura de l’oeuvre se pose alors, est-il possible que ces oeuvres apportent quelque chose de plus que les originales, ou tout du moins quelque chose de différent ?